Archive | 10 novembre 2019

Moon brothers par Sarah Crossan

Présentation de l’éditeur :

Joe Moon a dix-sept ans. Il vient de quitter New York pour aller vivre un temps au Texas. Son frère aîné, Ed, est en prison là-bas. Jugé coupable du meurtre d’un policier, il attend son exécution dans le couloir de la mort. Or, la date approche. Alors Joe veut être là, aider son frère à affronter ces dernières semaines. Car sinon, Ed sera tout seul. Mais voilà qu’un nouvel avocat reprend la défense du condamné… et il a l’air d’y croire. Joe osera-t-il espérer encore ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Ce n’est pas que je baisse les bras, c’est que j’ai lu des avis tellement bons, tellement bien argumentés sur ce livre que je suis presque à deux doigts de baisser les bras : impossible de faire mieux.
Impossible aussi de distinguer le fond, la forme de ce livre, où pour une fois la traductrice, Clémentine Beauvais, est bien mise en valeur dès la couverture du roman. Ce roman est en effet un long poème en vers libre, la douceur de la forme contrastant avec la dureté du fond : le système judiciaire américain, la peine de mort.
Et là, dialogue avec certaines personnes : oui, mais la peine de mort n’existe plus en France. Oui, mais il ne faut pas oublier qu’il y a moins de quarante ans, elle existait, je le sais, je suis née alors que 60 % des personnes interrogées en France étaient pour la peine de mort. Et je vis à une époque où des adolescents me disent qu’ils sont pour le rétablissement de la peine de mort. A quoi je réponds que son abolition est écrite dans notre constitution, et que le combat continue dans d’autres pays.
Les États-Unis font rêver – encore. Mais la justice n’est pas rendue de la même manière d’un état à l’autre, la justice n’est pas rendue de la même manière selon la personnalité de la victime, la justice n’est pas rendue de la même manière selon la personnalité du coupable pas vraiment présumée. Bienvenue parmi les plus pauvres, parmi ceux qui ne maîtrisent pas les rouages du système judiciaire, parmi ceux qui survivent plus qu’ils ne vivent dans ce pays.
Joe a dix-sept ans, et dans quelques semaines, son frère ne sera plus, sauf si les derniers recours lui sauvent la vie. Au Texas, dans ce trou perdu, la prison génère une véritable économie locale – ou comment cette petite ville ne survivrait pas sans ses condamnés à mort, leur famille qui vient leur rendre visite. Joe doit faire face, quasiment seul, lui qui n’a que 17 ans, donc lui qui n’a pas encore le droit, puisque mineur, d’assister à l’exécution de son frère.
Ce livre, c’est montrer comment vivre avec – avec une enquête qui a été bâclée, jamais remise en cause, avec des proches qui se sont éloignés, qui reviennent parfois presque trop tard, avec ces personnes dont la vie quotidienne est rythmée par la prison. Ce livre, c’est montrer aussi comment vivre avec l’idée qu’après le mois d’août, il faudra peut-être vivre sans.
Ce n’est pas une lecture facile, vous vous en doutez, mais pourquoi la littérature jeunesse devrait-elle être facile ?