Terrible vertu d’Ellen Feldman

Présentation de l’éditeur :

« Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Merci aux éditions Le cherche-midi et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Question piège pour commencer  : si Margaret Sanger avait été un homme, se serait-il intéressé à ce combat ? Je ne parle pas d’un médecin, d’un infirmier (encore que, je ne pense pas que la profession ait été vraiment masculine à cette époque) mais d’un homme issu d’une famille nombreuse, pauvre, qui aurait certainement dû travailler très jeune pour aider sa famille ? Sans doute pas. La contraception, même si on n’en parlait pas, même si on ne la nommait pas, restait une affaire de femmes, quand, éventuellement, il était envisagé de ne pas, de ne plus avoir d’enfants. Oui, il était des médecins qui déjà, à l’époque, prévenaient qu’une nouvelle grossesse, un nouvel accouchement, mettait la femme en danger de morts, mais concrètement, que faisaient-ils pour prévenir ce risque ?

Margaret, elle, a vu avec ses frères, ses soeurs, sa mère mourir quasiment d’épuisement – les enfants, une fois nés, il faut bien s’en occuper, les nourrir, les vêtir, les soigner. Margaret veut changer les choses, elle veut que les femmes puissent choisir quand devenir mère, combien de fois elles deviendront mères, et elle ne cessera de mener ce combat.

Maintenant, une nouvelle question piège : si Margaret avait été un homme, lui aurait-on reprocher la vie qu’elle a menée ? La réponse est non, j’en suis sûre : un homme peut laisser femme et enfants pour vivre ses passions (le sport, notamment), personne ou presque ne le lui reprochera, et madame restera à la maison pour prendre soin du foyer et de leur progéniture. Mais quand c’est le contraire, alors là, tollé général – ou presque.

Terrible vertu est, j’en ai l’impression, un livre qui fait parler autant si ce n’est plus pour la personne dont elle raconte la vie, pour ses choix de vie, si bien que l’on en oublie que c’est avant tout un objet littéraire, qui choisit de raconter la vie de Margaret de manière non linéaire, marquant une ellipse sur l’un des événements les plus importants de sa vie d’adulte – événement que le lecteur peut comprendre, cependant. Margaret nous est racontée par elle-même, bien sûr, mais aussi par les hommes qui l’ont aimés, par ses fils, ses amies, sa soeur, en contrepoint avec son propre ressenti. Rien n’est caché de la dureté de son combat, dans lequel elle n’a pas été seule – sa sœur Ethel a aussi payé le prix fort. Rien n’est caché non plus de certains choix, sujets à caution, comme tous choix qui entraînent des conséquences sur les autres.

Et si le rêve de Margaret, au fond, avait été de transmettre ce qu’elle n’avait pas eu, ce qu’elle avait crée ? Bien sûr, nous sommes dans un roman, mais la transmission, de génération en génération, de son prénom à ses descendantes n’est sans doute pas un hasard. Combattre pour les femmes avec les femmes – même si des femmes s’y opposent, la misogynie n’est pas l’apanage des hommes.

A mon avis, un livre qui divisera autant que la figure qu’il met en scène.

6 réflexions sur “Terrible vertu d’Ellen Feldman

  1. Cette histoire existe en bédé, j’ai lu une chronique dans un blog (me demande plus où) et ça avait titillé ma curiosité. Autant savoir à qui il faut dire « merci ». J’étais contente ce que ce soit une femme, même si, comme tu dis, on nous reproche bien des choses, à nous, et jamais aux mecs.

    • Ce n’est pas tant le livre que la personnalité même de l’héroïne, qui est allée très loin pour défendre ses idées (je ne serai pas allée jusque là, c’est certain) et parce qu’elle fut, à un moment, partisane de l’eugénisme.

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