Archive | 2 novembre 2019

Terrible vertu d’Ellen Feldman

Présentation de l’éditeur :

« Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Merci aux éditions Le cherche-midi et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Question piège pour commencer  : si Margaret Sanger avait été un homme, se serait-il intéressé à ce combat ? Je ne parle pas d’un médecin, d’un infirmier (encore que, je ne pense pas que la profession ait été vraiment masculine à cette époque) mais d’un homme issu d’une famille nombreuse, pauvre, qui aurait certainement dû travailler très jeune pour aider sa famille ? Sans doute pas. La contraception, même si on n’en parlait pas, même si on ne la nommait pas, restait une affaire de femmes, quand, éventuellement, il était envisagé de ne pas, de ne plus avoir d’enfants. Oui, il était des médecins qui déjà, à l’époque, prévenaient qu’une nouvelle grossesse, un nouvel accouchement, mettait la femme en danger de morts, mais concrètement, que faisaient-ils pour prévenir ce risque ?

Margaret, elle, a vu avec ses frères, ses soeurs, sa mère mourir quasiment d’épuisement – les enfants, une fois nés, il faut bien s’en occuper, les nourrir, les vêtir, les soigner. Margaret veut changer les choses, elle veut que les femmes puissent choisir quand devenir mère, combien de fois elles deviendront mères, et elle ne cessera de mener ce combat.

Maintenant, une nouvelle question piège : si Margaret avait été un homme, lui aurait-on reprocher la vie qu’elle a menée ? La réponse est non, j’en suis sûre : un homme peut laisser femme et enfants pour vivre ses passions (le sport, notamment), personne ou presque ne le lui reprochera, et madame restera à la maison pour prendre soin du foyer et de leur progéniture. Mais quand c’est le contraire, alors là, tollé général – ou presque.

Terrible vertu est, j’en ai l’impression, un livre qui fait parler autant si ce n’est plus pour la personne dont elle raconte la vie, pour ses choix de vie, si bien que l’on en oublie que c’est avant tout un objet littéraire, qui choisit de raconter la vie de Margaret de manière non linéaire, marquant une ellipse sur l’un des événements les plus importants de sa vie d’adulte – événement que le lecteur peut comprendre, cependant. Margaret nous est racontée par elle-même, bien sûr, mais aussi par les hommes qui l’ont aimés, par ses fils, ses amies, sa soeur, en contrepoint avec son propre ressenti. Rien n’est caché de la dureté de son combat, dans lequel elle n’a pas été seule – sa sœur Ethel a aussi payé le prix fort. Rien n’est caché non plus de certains choix, sujets à caution, comme tous choix qui entraînent des conséquences sur les autres.

Et si le rêve de Margaret, au fond, avait été de transmettre ce qu’elle n’avait pas eu, ce qu’elle avait crée ? Bien sûr, nous sommes dans un roman, mais la transmission, de génération en génération, de son prénom à ses descendantes n’est sans doute pas un hasard. Combattre pour les femmes avec les femmes – même si des femmes s’y opposent, la misogynie n’est pas l’apanage des hommes.

A mon avis, un livre qui divisera autant que la figure qu’il met en scène.

Sauvage de Jamey Bradbury

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Mon avis :

Livre idéal en cas de canicule.
Oui, je sais, c’était facile à dire.
C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai lu le livre, c’est vous dire le retard que j’ai pour rédiger mon avis définitif.
Et vous vous doutez bien que, si cela avait été un coup de coeur, je l’aurai rédigé depuis longtemps, cet avis !
Comme dans beaucoup de livres, le problème majeur de la famille de Tracy est le fait que l’on ne se parle pas. Ce n’est pas de l’incommunicabilité, c’est plutôt qu’ils sont une famille de taiseux, comme le père, ou une famille qui doit conserver un secret, comme la mère de Tracy. Elle aussi a un secret : sa mère lui a transmis son don, ou sa malédiction, au choix. Je pencherai presque pour la seconde proposition. Il faut dire que Tracy a beau tenté de respecter les préceptes de sa mère, elle n’a plus personne pour la guider, pour l’aider après sa mort sur laquelle elle ne cessera de se questionner. Vivre avec un tel « don » n’est pas facile. Certaines scènes sont d’ailleurs difficiles à lire, et m’ont donné envie de refermer le livre sans le terminer – autant pour mon insensibilité légendaire.
Pourtant, je suis bien allée au bout de ma lecture, et j’aurai même passé plus de temps avec Tracy – pour savoir ce qu’elle allait devenir. Parce que Tracy a commis une terrible erreur d’interprétation, et elle ne s’en rendra compte que bien trop tard.
Alors oui… Il y a l’Alaska, la rude vide là-bas, les courses de chien de traineaux, et des personnes qui apparaissent parfois, et ne sont pas celles que l’on croit.
A vous de lire et de me dire ce que vous en penser.