Archive | 25 octobre 2019

La crête des damnés de Joe Meno


Edition Agulo – 348 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Les compiles de Gretchen étaient comme ces chansons qui semblent nous parler de nos vies. La bande-son secrète de ce que je ressentais ou de ce que je pensais à propos de presque tout. « La Crête des damnés, c’est l’histoire d’un ado des quartiers sud de Chicago qui découvre le punk dans les années 1990. À travers les exploits et ruminations de Brian, ex-loser qui se rêve en star du rock, et de sa meilleure amie Gretchen, fan de punk et de bagarres aux poings, Meno décrit avec une grande justesse de ton les premiers émois amoureux, la recherche d’une identité entre désir d’appartenance et de singularité, les situations familiales complexes… et brosse au passage le tableau de ces quartiers et leurs démons : racisme, conformisme catholique, oppression de classe.

Merci à Babelio et aux éditions Agullo pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est ma première lecture d’une oeuvre de Joe Meno, un auteur que j’avais vraiment envie de découvrir, pour avoir croisé plusieurs fois ses précédents romans sur des blogs. J’ai lu ce roman presque d’une traite jusqu’à la page 180, et après, j’ai eu plus de mal, fractionnant ma lecture de quarante pages en quarante pages. Que s’est-il donc passé ? Et bien, rien de particulier. J’ai eu l’impression de tourner en rond dans la lecture, de ne pas voir de progression dans l’itinéraire du narrateur. Mais revenons plus en détails sur son parcours, justement.Nous sommes au début des années 90. Brian a un frère aîné, une petite soeur, il vit avec ses parents en banlieue de Chicago. Cette famille ordinaire est pourtant en train de dysfonctionner, sa mère semble indifférente, lointaine, et son père dort désormais sur le canapé, dans la cave : une séparation ordinaire, dans l’indifférence générale. Au lycée, Brian ne fait pas vraiment partie des élèves populaires, ses proches non plus. Il est amoureux de sa meilleure amie Gretchen, mais il est incapable de lui dire, de faire le premier pas, tant il craint d’être rejeté. Contrainte supplémentaire : il est élève dans un lycée catholique, et dans ces établissements, peu de choses changent. C’est pourtant après une punition supplémentaire qu’il rencontre Nick, et que cette rencontre le fait se singulariser encore plus, lui, le loser qui a viré au punk, sans vraiment savoir, finalement, pas plus que ceux qui l’entourent, ce que cela signifie vraiment d’être punk. Ce n’est pas désagréable à lire, attention. Cela nous questionne même sur cette Amérique de la classe moyenne, cette Amérique qui s’apprête à déclarer la guerre à l’Irak, cette Amérique où des mères n’en peuvent plus, et flanquent presque leur fils à la porte. Pas de racisme, non, pas vraiment, mais les élèves noirs sont ostracisés, ils ne se sentent pas formidablement intégrés, et ce sont toujours les blancs qui imposent leur choix, notamment pour le fameux bal de fin d’années. Une anecdote ? Pas vraiment, dans un pays où le bal est considéré comme une véritable institution. Oui, Brian se cherche, et il ne s’est pas trouvé à la fin du roman, lui le lycéen invisible sans véritable perspective d’avenir, lui l’amoureux de la musique qui apprécie véritablement les chansons qu’il écoute, qui les vit, devrai-je plutôt dire, lui qui se rêve musicien, et qui, en attendant, glandouille, se bagarre, cherche une fille avec qui sortir. Et se raccroche toujours à son amie amoureuse, Gretchen. J’ai apprécié le style de l’auteur : oui, le personnage est un ado, et il s’exprime comme un ado, non comme quelqu’un qui singe la manière de parler des ados. Son langage nous emporte et restitue ses années-là. Alors oui, il ne se passe pas grand chose d’important – pour nous – ce n’est pas forcément le cas pour Brian et les siens.