Archive | 18 octobre 2019

De cendre et d’os de John Harvey

édition Rivages/noir – 460 pages.

Présentation de l’éditeur :

Katherine, la fille de l’inspecteur Frank Elder, est toujours profondément traumatisée par le viol qu’elle a subi de la part d’un criminel que traquait son père. Ce dernier est toujours rongé par la culpabilité.
A Londres, le sergent Maddy Birch se remet difficilement d’une arrestation violente au cours de laquelle l’un de ses jeunes collègues a été tué. Depuis ce tragique épisode, elle a l’impression d’être épiée. Son cadavre sera découvert quelques semaines plus tard auprès d’une voie de chemin de fer désaffectée.
Frank Elder n’a jamais oublié Maddy. Ils avaient connu un bref moment de passion amoureuse, il y a seize ans. Alors Frank va accepter de collaborer à l’enquête sur sa mort et retrouver le chemin des souvenirs, aux côtés de deux femmes officiers de police, Karen et Vanessa.

Mon avis :

Nous avons tous, un jour ou l’autre, vu un épisode de séries télévisées dans lequel la fille/la soeur/la nièce du héros était victime d’un enlèvement/d’une violente agression/d’une tentative de meurtre et celle-ci s’en remet toujours très bien. Comme si rien ne s’était passé. A croire que les scénaristes ne savaient pas trop quoi faire de leur arc narratif une fois celui-ci abouti.
Nous sommes ici dans un roman de John Harvey, et même si j’aime moins Frank Elder que Charlie Resnick (il fera à nouveau une apparition dans ce tome 2), lui voit, un an après les événements tragiques de De chair et de sang ce qu’il est advenu de sa fille. Elle est vivante. Oui. C’est le seul fait positif auquel il a pu se raccrocher. Elle est vivante et c’est tout. Elle a été brisée physiquement, mentalement. Oui, elle a consulté un thérapeute, et cela n’a pas eu les merveilleux résultats que l’on peut observer en moins de cinquante-deux minutes à la télévision. Oui, elle fait un peu n’importe quoi de sa vie, elle rentre très tard, elle sort avec un garçon plus âgé, elle ne s’entend pas avec son beau-père, elle ne veut plus voir son père, et Joanne, sa mère, en sait plus quoi faire. Elder, lui, tente de renouer les liens.
Puis, un matin, un nom l’interpelle dans le journal. Maddy Birch. Il y a eu quelque chose de fort entre eux, seize ans plus tôt, fort et sans lendemain. Des regrets ? Oui, peut-être. Surtout, il a la certitude qu’il ne veut pas laisser cette mort impunie, et il enquête, lui le retraité, au côté de Karen, femme policière et déterminée, et de Vanessa, policière et meilleure amie, complice de toujours de la victime.
Nous sommes avant l’air metoo et autre Balance ton bidule, et pourtant, John Harvaey n’a pas attendu les réseaux sociaux pour dénoncer les violences faites aux femmes, la difficulté qu’elles ont pour faire reconnaître ce qu’elles ont subi, les séquelles physiques, psychologiques de ce qu’elles ont vécu, et qui peuvent encore les atteindre des années après. La violence, souvent, débute par pas grand chose, un geste, un mot, un « truc » en trop, quelque chose que l’on peut pardonner assez vite, parce que l’on aime, parce qu’il n’en a pas fait exprès, parce qu’il est tellement différente des autres. Certaines femmes ont suffisamment de ressources en elles pour rompre ou elles peuvent compter sur quelqu’un pour les aider : toutes n’ont pas cette force et cette chance. L’auteur montre aussi que la solidarité féminine, parfois, n’existe pas, et qu’il est des femmes, des mères, pour expliquer à leur fille qu’elles doivent obéir à leur conjoint, c’est tellement plus simple. Il est aussi usant, épuisant, d’être en permanence sur ses gardes : le prédateur peut faire des pauses, la proie doit être constamment vigilante.
Sombre, ce roman ? Oui, bien sûr. Mais il montre aussi qu’il ne faut jamais s’avouer vaincu, que la vérité peut finir par éclaté, et qu’il est bon, aussi, pour sa propre défense, de compter avant tout sur soi-même.