Archive | 17 octobre 2019

Hercule Poirot quitte la scène d’Agatha Christie

édition du Masque – 253 pages

Présentation de l’éditeur :

Ramolli, Hercule Poirot ? Allons donc ! Il a beau être cloué par l’arthrite dans une chaise roulante, son brillantissime cerveau n’en reste pas moins en pleine forme.
D’ailleurs, n’est-ce pas dans un fauteuil qu’il a l’habitude de mener l’enquête ? Et puis, les lieux lui sont familiers. Le manoir de Styles… Poirot s’est illustré ici même, naguère. Il pourrait presque s’y trouver en pèlerinage. Mais non. Il est venu affronter un meurtrier particulièrement coriace. Lié à cinq affaires criminelles, déjà – bigre, joli tableau de chasse ! – et déterminé à récidiver. C’est compter sans les increvables petites cellules grises.
Et la volonté de Poirot de quitter la scène sur un coup de maître…

Mon avis :

L’idée me vint pourtant, bien qu’elle ne parût pas venir à Poirot, que même un meurtrier peut prendre des jours de congé.

Revoici Hastings, Hastings que l’on avait quitté après Témoin muet, qui a vécu en Argentine avec sa belle Cendrillon, et qui a eu quatre enfants avec elle, tous adultes, tous indépendants. Hastings est veuf, il pense que les plus beaux jours de sa vie sont derrière lui, et voilà que son meilleur ami Hercule Poirot, le seul, l’unique, l’invite à le rejoindre au domaine de Styles, là où tout a commencé, là où ils sont partis en chasse ensemble pour la première fois.
C’est un choc pour Hastings. Pas de voir ce qu’est devenu le domaine, que son ami John Cavendish, divorcé de Mary, a vendu : il est devenu une pension de famille pour des personnes moyennement fortunés. Non : il ne peut que constater que son vieil ami n’est plus celui qu’il était. Ses petits cellules grises sont intactes, son corps ne suit plus : l’arthrite le condamne à la chaise roulante, le coeur ne suit plus, et le récent séjour en Egypte n’a pas apporté le mieux escompté. Pourtant, Hercule Poirot l’a fait venir pour une affaire d’importance : un meurtre va être commis, il en est sûr et il a besoin d’Hastings pour être ses yeux, ses oreilles, pour empêcher le mystérieux X d’agir. Oui, Poirot connaît l’identité de cette personne, liée  cinq affaires criminelles. Oui, cinq, c’est au moins trois de trop. Cinq affaires, qui ont eu lieu pas si loin que cela de la région où Poirot a invité Arthur Hastings à le rejoindre, cinq affaires très différentes, avec des mobiles très différents, avec cependant un point commun : le coupable n’a jamais fait aucun doute, une seule piste a été explorée.
Roman policier ? Oui, bien sûr, et Agatha Christie met en scène un personnage pas si fréquent que cela dans le roman policier de ces années-là : le pervers manipulateur. Cela fonctionna aussi au féminin, je vous rassure. Celui qui sait manipuler les autres, qui sait utiliser le pouvoir de la parole, qui sait écouter, observer, voir ce qui doit être vu, taire juste ce qu’il faut, doser ses effets. Oui, un personnage rare, qui remplit pourtant tous les critères pour être un adversaire intéressant – celui auquel on ne fait pas attention.
C’est une société en pleine mutation que nous montre Agatha Christie, où l’on s’interroge sur l’euthanasie, par exemple, où le divorce existe, mais certains ne veulent pourtant pas en entendre parler, alors qu’Hastings, qui a toujours été heureux en mariage, ne voit pas pourquoi le divorce ne serait pas possible. Il est des femmes qui ont fait des études, qui savent ce qu’elles veulent dans la vie, exemple de ses femmes fortes qui parcourent l’oeuvre d’Agatha Christie. Il est aussi des femmes qui attendent tout du mariage, surtout la position sociale et l’argent, qui n’hésitent pas à jouer non de leur charme, mais de leur faiblesse. Je disais bien que les femmes pouvaient être manipulatrices.
Hastings reste Hastings, pour le plus grand bonheur du lecteur, et c’est lui qui conclut cette ultime enquête : « Pourtant, il avait raison. J’aurais dû comprendre« .

chez les lectures d’Azilis