Archive | 5 octobre 2019

Toto Ninja chat et le grand braquage du fromage de Dermot O’Leary

édition Gallimard Jeunesse – 208 pages.

Présentation de l’éditeur :

Toto, son frère Silver et leur meilleur ami Facedechat sont appelés à la rescousse par Larry, le chat du premier ministre: la Conférence Mondiale de la Paix est menacée par la disparition subite de tous les fromages du monde ! Le duo de ninjas chats devra déployer tousses talents et faire appel à ses amis pour mettre la patte sur le voleur à l’origine de ce terrible complot.

Mon avis :

Le fromage, c’est bon pour la santé, et c’est une normande qui vous le dis !
Pardon, ce n’est pas le sujet du livre ? Mais bien sûr que si ! Tous les fromages du beau royaume d’Angleterre ont disparu, tout, et si c’est un drame personnel pour Silver, le frère et guide de Toto, s’en est un à plus grande échelle encore, puisque le fromage est indispensable dans les grands repas officiels. Voici donc Toto, ninja chat, chargée de sa première mission officielle, par Larry, son chef, et présentement locataire du 10 Downing street – être un chat entraîne de grandes responsabilités.
Pas facile pour Toto, non parce qu’elle est presque aveugle, mais parce qu’elle sait le poids qui pèse sur ses épaules – on peut être l’héroïne d’un roman de littérature jeunesse et avoir beaucoup de responsabilités !
Que vous dire de plus, si ce n’est que ce roman est drôle, enlevé, rempli de rebondissements et de posture de ninja. Toto, qui m’a forcément fait penser à Annunziata avant ses opérations (elle aussi ne distinguait que des ombres) est très attachante, tout comme Facedechat, leur meilleur ami si différent des autres, toujours prêt à les soutenir, à les aider, quels que soient les conséquences pour lui. Silver est un contrepoint comique, presque toujours gaffeur, mais rempli de bonne volonté, et ne reculant pas pour aider sa soeur – il suffit pour cela de le voir à l’entraînement. Leurs ennemis ne manquent pas de personnalité et de ressources. Les alliés de Titi et Silver non plus !
Un livre que j’ai envie de lire et de partager, un livre qui ne serait pas tout à fait le même sans les illustrations de Nick East et la traduction de Marion Roman.

Gardien du temple d’Hervé Mestron

Présentation de l’éditeur :

Nous retrouvons Ziz, le jeune dealer entreprenant de Cendres de Marbella, à sa sortie de prison.
Physiquement amoché, moralement changé, Ziz retourne dans sa cité, où plus rien n’est vraiment comme avant : le cannabis a été légalisé, bouleversant les habitudes et l’économie locale. Pour continuer son chemin dans ce monde sans pitié, Ziz va devoir trouver autre chose…

Merci aux éditions Antidata pour l’envoi de ce livre.

Mon avis :

Quelle surprise ! Dans Gardien du temple, nous retrouvons Ziz, l’anti-héros de Cendres de Marbella. Il a passé dix ans en prison, et ça y est, c’est l’heure de la sortie, l’heure aussi de découvrir un monde qui a continué sans lui, et qui a bien changé. Oui, le cannabis a été légalisé, et c’est toute une économie souterraine qui s’est effondrée. La tolérance envers ceux qui ont fait de la prison est devenue, me semble-t-il, plus élevée : aidons-les à se réinsérer, eux qui ne peuvent plus reprendre leur ancien travail, eux qui connaissent bien toutes les failles qui peuvent exister dans un système de sécurité, puisqu’ils les ont exploitées à fond. Ou comment, aussi, voire l’envers du décor, regarder ses agents de sécurité condamnés à se fondre dans le décor afin de mener à bien leur travail, protéger des objets qui valent plus que leur salaire mensuel, ou prendre soin de personnes pour lesquelles ils sont invisibles.

Ce pourrait n’être que ce sujet, et ce serait déjà beaucoup pour ce récit de 64 pages. C’est aussi le retour à la vie, cette vie en dehors de cette formation, de ce travail. Ceux qui dix ans plus tôt se voyaient avec un destin flamboyant ne l’ont pas eu non plus. Les gamines ? Elles ont mal grandi, victimes de la violence des leurs, et ne trouvant que des solutions extrêmes pour obtenir une autonomie. Disons plutôt que la solution tient en un mot : l’argent. « si la fille gagne sa vie, le mec, il ne peut plus la réduire à l’état d’esclave. La fille elle prend son MacBook sous le bras et elle se tire. Et en plus elle va porter plainte pour coups et blessures. Mais une fille qui n’a pas de blé, c’est la misère pour elle, et les mecs, ils n’ont plus de limite » p. 46.

C’est à un Ziz touchant et blasé parfois que nous avons à faire : il constate que la violence, encore elle, est toujours là, comme elle était bien présente à l’intérieure de la prison. Est-il vraiment besoin de préciser que le système judiciaire, tel qu’il est dépeint dans ce livre ne sort pas grandi ? Qui pourrait croire que tout est pour le mieux dans le meilleur système pénitentiaire du monde ? Ziz pense à son avenir, aussi, en une fin ouverte qui n’est pas forcément des plus optimistes. Qui sait ? Peut-être retrouverons-nous Ziz une troisième fois ?