Archive | 28 septembre 2019

Kisanga d’Emmanuel Grand

Mon avis :

Quel désordre est-ce là ! Oui, nous sommes dans un polar politico-judiciaire excellent – dit ainsi, c’est plus simple que de se lancer dans une étude comparative entre roman policier français et roman policier américain, ce ne serait pas rendre justice à Kisanga – et la situation qui y est décrite est tristement réaliste.

Nous sommes au Congo. Tout va bien. La société Carmin, fleuron minier français, a signé un contrat avec une société chinoise pour exploiter un gisement de cuivre magnifique. Si comme moi vous vous posez la question : « mais pourquoi ce ne sont pas les habitants de la RDC qui exploitent eux-mêmes ce gisement ? » vous aurez mis le doigt sur ce qui est tout de même pour moi un des problèmes. Puis, il faut faire vite, très vite : le projet Kisanga doit être inauguré dans trois mois. Faire vite, réfléchir moins. Aussi, l’entreprise envoie la fine fleur de ses jeunes loups, pardon, la fine fleur de ses meilleurs jeunes recrues, doués et plein d’ambition, des personnes qui veulent monter en grade dans l’entreprise, prouver leur valeur, leur capacité d’adaptation, leur aptitude face aux dangers. Oui, les dangers sont là, et l’un des membres les plus éminents de la société a trouvé la mort au cours d’une mission de ce genre, sans que personne ne comprenne réellement pourquoi cet homme si prudent était sorti ce jour-là sans son chauffeur-fixeur. A charge pour les quatre français arrivés au Congo de ne pas commettre la même erreur.

Cinq en fait. Non, le cinquième n’est pas dépêché par carmin, bien au contraire. il vient couvrir la coupe d’Afrique des nations, l’événement qui passionne tout le monde, surtout quand la RDC arrive en finale. Raphaël Da Costa connait très bien la société carmin, il s’y est déjà frotté des années plus tôt, et ce qu’il a cherché à dénoncer, ce n’est pas seulement des magouilles financières – ce qui est déjà pas mal – mais une opération nommée « Antioche », une opération dont personne, en haut lieu, ne veut entendre parler. D’ailleurs, elle n’existe pas et n’a jamais existé, c’est bien plus simple ainsi. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un mercenaire à la retraire ou presque est dépêché sur les lieux, pour que cette affaire ne ressorte vraiment jamais – on n’est jamais trop prudent. Surtout quand il y a un couac dans les rouages.

Ce « couac » porte un nom : Olivier Martel. Cet ingénieur français a une très belle situation, il est marié, père d’une petite fille. Seulement, il a un défaut, il aime aller au bout des choses, et quand il a un doute, il fait en sorte de ne plus l’avoir, ce qui, bien sûr, ne plait pas vraiment à ses supérieurs, d’autant plus qu’il rencontre Raphaël Da Costa. Attention ! Olivier n’est pas naïf, vous l’avez compris, et ne va pas croire le journaliste sur parole. Par contre, au vue des événements qui se déroulent, il va non pas changer d’avis, mais approfondir la question.

Kisanga est un polar prenant, réaliste, parce que ce qu’il nous raconte est totalement crédible, possible, envisageable, écœurant aussi. Désespérant ? Non, pas tant qu’il existera des personnes qui ne mettront pas leur profit personnel en première position.

Pas d’erreur sur la personne d’Ed Dee

Edition Seuil _ 269 pages

Présentation de l’éditeur :

C’est à Kennedy Airport que Johnny Boy Counihan a été tué lors d’un hold-up qui a mal tourné. Détail surprenant, Le jeune homme portait la vareuse des policiers de New York. Pour les inspecteurs Joe Gregory et Anthony Ryan, le hold-up est bidon. Décidés à résoudre l’énigme, ils s’en remettent aux avis du grand-père de la victime, Vito Martucci, qui dit connaître le coupable et le pourquoi de son geste.

Mon avis ;

Je serai relativement brève : si j’avais commencé la lecture de la série par ce tome, je ne l’aurai jamais poursuivie. Par exemple, Joe Gregory est franchement antipathique dans ce tome, et personne ne l’empêche, parfois, de faire n’importe quoi. Je ne parle même pas des manquements à la loi, mais d’actes pas très moraux. Etaient-ils acceptables, à l’époque ? Il est toujours moyen de donner une humanité à ses personnages, et Joe, malgré ce qu’il découvre dans ce tome, en manque un peu. J’ai du mal aussi, avec ce thème des secrets de famille, ses femmes qui font un peu n’importe quoi dans leur vie privée, privilégiant la sécurité à la vérité. D’ailleurs, mis à part la femme d’Anthony Ryan, est-il une seule femme sympathique dans ce roman ? Non. Leigh fait d’ailleurs une apparition fugitive, dans son rôle de femme de flic, justement, soutien à son mari, désapprouvant son penchant pour l’alcool, étant toujours là pour le ménage, la cuisine, et l’aide. Les enfants ? Ils ont parti depuis longtemps et n’ont pas l’intention de revenir – être fliqué par son flic de père, non merci. Le père de Ryan est lui aussi parti loin de New York, pour la Floride, havre de paix des retraités.
Je me suis perdue dans l’intrigue, entre mafieux, anciens, nouveaux, policiers, anciens, nouveaux, retraités, et le meurtre d’un jeune homme qui portait le pardessus de son grand-père. Perdu, oui, et pourtant, j’ai trouvé l’intrigue lente, poussive, longue. Je ne me suis attachée à aucun personnage, puisque aucun d’entre eux n’était attachant. Le dénouements, les révélations finales arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe, et si Ryan a l’impression de s’être fait rouler, le lecteur se dit qu’il a été perdu en chemin, entre mafia italienne et IRA – ou comment opposer les communautés italiennes et irlandaises qui devraient aussi être, tout simplement, américain.
Bref, un livre que j’oublie au fur et à mesure de l’écriture. Il faut dire que je venais de lire Robicheaux de James Lee Burke, et c’est tout de même plusieurs crans au-dessus.