Archive | 26 septembre 2019

Un saut dans le vide d’Ed Dee

Présentation de l’éditeur :

Les inspecteurs Anthony Ryan et Joe Gregory sont bloqués dans la circulation de Times Square lorsqu’une silhouette tombe d’une terrasse et s’écrase sur une camionnette en stationnement.
La victime est une jeune actrice, Gillian Stone. Accident ? Suicide rituel ? Assassinat ? Ryan, qui s’est précipité pour tenter de la sauver en lui faisant du bouche-à-bouche, croit l’avoir entendue dire  » Je t’aime  » avant de mourir. Une chose est sûre : elle avait les lèvres poisseuses. Empoisonnement ? Anthony Ryan se lance dans l’enquête. Et, horreur, découvre que son neveu, Danny, a connu l’actrice et était avec elle quelques heures avant sa mort.

Mon avis :

Quatrième et dernier volume des enquêtes de Ryan et Gregory, Un saut dans le vide nous offre un dénouement mélancolique. Le titre peut en effet se voir comme une référence à leur enquête, et comme un rappel de la mort du fils de Ryan, décédé lors d’un accident d’ULM, dans l’Utah. C’était il y a un an : Ryan et sa femme font avec, leur douleur, l’absence, tout ce qui n’a pas été dit et fait. Nouveau point commun avec Gregory qui lui aussi a perdu son fils.

L’enquête pourrait ne pas en être une : pour tout le monde, Gillian s’est suicidée. Point. Fin de l’histoire. Gillian était sur le point de subir un test anti-drogue, à la demande du producteur du spectacle dont elle devait faire partie, et pourtant, tout son entourage en était sûr, elle ne se droguait pas, ce que l’enquête confirmera. Alors, que se passait-il donc ?

J’ai envie de vous faire la version courte de ce polar, qui, comme certains l’oublient trop souvent dans une société de l’immédiateté, puise ses racines dans le passé des différents protagonistes, y compris les personnages secondaires : Gillian avait une soeur, récemment retrouvée, et celle-ci doit faire avec, une enfance ballotée de famille d’accueil en famille d’accueil pas toujours bienveillante, pour finir avec une mère biologique culpabilisante, qui « avoue » ce qu’elle a fait et recherche le bébé qu’elle a abandonné quand elle avait quinze ans. Vous avez dit « poids de la religion ? » Oui, et poids de la culpabilité aussi, que beaucoup se retrouve à porter – et le recours à la psychanalyse, pour certains, ne change strictement rien, et ne vient qu’ajouter de la culpabilité à la culpabilité. Et ce sentiment, on peut l’exploiter, d’une manière ou d’une autre, à moins que sa victime ne finisse écrasée sous son poids. La mort de Gillian n’est qu’un fait, dans un plus vaste réseau où chacun cherche avant tout le profit pour soi. A quoi bon faire semblant de se préoccuper d’autrui ?

Un saut dans le vide est un polar solide, bien construit, dont l’épilogue nous offre non pas un peu d’espoir, mais un peu d’apaisement.