Archive | 23 septembre 2019

Salut à toi ô mon frère ! de Marin Ledun

édition Gallimard – 276 pages

Présentation de l’éditeur :

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats. » La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles, clerc de notaire pacifiste, Adélaïde, infirmière anarchiste et excentrique, les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d’une fantaisie bien peu militaire. Jusqu’à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l’appel. Gus, l’incurable gentil, le bouc émissaire professionnel, a disparu et se retrouve accusé du braquage d’un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi. Branle-bas de combat de la smala! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l’innocenter, lui ô notre frère.

Mon avis :

Je vous recommande ce livre même si vous êtes patraque, même si vous êtes en pleine crise d’urticaire, parce que ce livre est fort drôle, et aussi parce qu’il gratte là où cela peut faire mal.

Rose a grandi dans une famille peu ordinaire, avec des parents dont les principes peuvent en défriser plus d’un. Oui, Charles et Adélaïde sont excentriques – surtout Adélaïde – oui, ils sont pacifistes, anarchistes, et capables d’aller jusqu’au bout de leur conviction. Ils ont adopté parce qu’ils voulaient beaucoup d’enfants. Aujourd’hui, c’est Gus, le petit dernier, qui est accusé d’avoir commis un braquage et d’avoir grièvement blessé un buraliste. Rien que ça ! Oui, mais il est colombien – subitement, aux yeux de l’opinion publique, la nationalité change en cas de problème. Oui, mais il a été adopté – le problème des enfants adoptés, c’est le regard que les autres portent sur eux. Nous sommes là dans une des thématiques fortes de ce roman, à savoir le racisme ordinaire, décomplexé, celui des gens qui disent une chose par devant, et une autre, par derrière, celui des personnes qui hiérarchisent l’importance des enfants selon leur couleur de peau et leur degré de mignonnerie, quand ils ne les descendent pas plus bas que terre, plaignant les parents, qui méritaient mieux, ou les conspuant, pour avoir introduit en France ce genre d’enfants. Oui, je me répète, on catégorise les enfants, il suffit pour cela de se rappeler les propos de la responsable du service adoption du conseil départemental de Normandie, en juin 2018 (une petite recherche internet, vous trouverez facilement).

Rose, ses parents, ses frères et soeur, même ses animaux détonnent – mention spéciale pour le Bouvier bernois baveur. Famille réellement unie, jamais ils ne doutent de l’innocence de Gus, et mettent tout en oeuvre pour le retrouver et l’innocenter. Oui, cerise sur le gâteau de problème, Gus a disparu, et ce n’est pas vraiment volontaire de sa part. Qui peut avoir intérêt à le séquestrer ? Oui, les vrais coupables, on s’en doute, mais qui sont-ils ? Personne ne ménage sa peine, son humour, sa culture, son sens de la révolte et son engagement pour parvenir à leur fin, qui est des plus louables. Tant pis pour les autres : dommages collatéraux à prévoir, surtout pour ceux qui sont, en façade, des familles parfaites, à photographier dix fois dans Gala ou Paris Match – ou sur intagram, soyons moderne.

A lire, pour vous réjouir et réfléchir.

 

 

Detective Conan, volume 3 de Gosho Aoyama

Mon avis :

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert ce manga par l’animé, même si je n’avais pas l’âge du public cible – ou comment partager quelque chose avec ses élèves.

Dans ce troisième tome (j’ai prêté le 2 cette année régulièrement), Conan, Ran et Mouri se retrouvent sur un bateau de croisière à la suite d’un concours de circonstances assez complexes. Surtout, cela ne fait pas plaisir à tout le monde : en effet, c’est un bateau de croisière privé, et le chef de famille déteste les détectives privés et les personnages qu’il soupçonne d’être des pique-assiettes. Si les tout nouveaux passagers appartiennent bien à la première catégorie, ce n’est pas le cas de la seconde. Pourtant, le bonheur devrait être au rendez-vous, parce que la petite fille vient de se marier, et j’ai appris ainsi que dans les grandes familles bourgeoises japonaises, le mari prend le nom de son épouse, et non l’inverse. On découvre aussi à cette occasion à quel point un seul être peut mettre à mal toute une famille. Je n’irai pas jusqu’à dire que la mort du patriarche soulage tout le monde, je dirai qu’il n’est pas beaucoup de personnes pour exprimer du chagrin. Las ! Alors que le coupable semblait avoir été trouvé, un nouveau meurtre est commis, puis une agression. Conan enquête, oui, et si le récit est une variation sur le thème du meurtre en chambre close, et autres Meurtre sur le Nil, il montre aussi les failles de la société japonaise, qui ne laisse pas l’individu s’épanouir, ou si peu.

Le second récit commence de manière plus légère, pour finir de manière poignante. Il n’est pas forcément de meurtres, de vol pour qu’une enquête ait lieu. Et l’on peut aussi démontrer à quel point se venger ne change rien, n’ôte rien à la douleur, sans pour autant montrer l’accomplissement de la vengeance. Oui, il est toujours possible de changer d’avis – heureusement.

Pendant ce temps, Ran a tout de même des doutes, Conan et ses déductions ont une forte tendance à lui rappeler quelqu’un. Autant dire que le jeune garçon a souvent très chaud et a la chance de pouvoir compter sur le professeur pour le tirer de ces mauvais pas.