Archive | 22 septembre 2019

Liquide inflammable de Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’elle sonde les profondeurs d’une vieille carrière inondée à la recherche d’une cargaison de drogue, l’inspectrice Erika Foster fait une macabre découverte : un sac-poubelle renfermant des ossements d’enfant. Le légiste est formel : le squelette est celui de la petite Jessica Collins, sept ans, dont la disparition en 1990 avait profondément ému l’Angleterre. Un dossier classé sans suite depuis.
Obsédée par ce drame, Erika se jure de faire toute la lumière.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est un très bon roman, autant vous le dire tout de suite. Seulement, je ne l’ai pas lu au bon moment. Il faut savoir qu’il est noir, sombre, tragique, que l’espoir n’est jamais au rendez-vous, que l’intolérance, par contre, est bien présent, la désespérance aussi. Que peut attendre le lecteur quand on enquête sur le meurtre d’une enfant, dont on retrouve le corps 26 ans plus tard si ce n’est ce sentiment ? J’ai pensé à La souris bleue de Kate Atkinson, parce que le lieu (l’Angleterre) et le thème (retrouver le corps d’une enfant portée disparue) sont les mêmes. Les styles sont différents, mais la qualité, de l’intrigue, de l’analyse sont identiques et nous entraîne dans un puits sans fonds de douleur et de noirceur.

Personne ne peut sortir indemne d’une telle intrigue. Erika Foster est vue comme asociale par les autres policiers, son supérieur dit même qu’elle peut se montrer « débile » dans sa vie personnelle, elle qui interprète mal les actes de ceux qui l’entourent, qui a autant de mal quand ses proches sont loin d’elle que quand ils sont tout prêts. Oui, Erika peut parfois, même pour le lecteur le plus indulgent, être antipathique. Personne ne peut cependant dire qu’elle n’est pas acharnée à mener à bien les enquêtes qui lui sont confiées, même si, parfois, elle est sans illusion, notamment quand elle arrête un dealer et qu’elle sait qu’il sera très prochainement remplacé par un autre. Oui, contrairement à son supérieur, elle n’attend rien des révélations de ce jeune homme, et préfère se plonger dans cette enquête, qui a coûté cher à celle qui l’avait en charge à l’époque.

Tout est détruit, pourrait-on dire. La famille de Jessica a explosé, et la découverte de son corps est pire encore. Le père a refait sa vie, loin, il a de nouveaux enfants. La soeur aînée est mariée, a des enfants, et doit soutenir une mère qui a complètement perdu pied. Le frère, par contre, a totalement ma sympathie : il n’a que peu de souvenirs de sa soeur, il n’avait que trois ans quand elle avait disparu, il est aujourd’hui en couple, heureux, avec un jeune homme, et lui aussi veut comprendre. Par contre, il est sans illusion sur l’acceptation de son homosexualité par sa mère, catholique fervente, pour ne pas dire intégriste. Face au comportement trop souvent imprévisible de sa mère, il est le seul à garder la tête haute.

Il faut donc reprendre l’enquête, avec le corps, certifiant ainsi la mort de Jessica, et avec les séquelles de l’enquête précédente, qui coûta le poste de la précédente enquêtrice, d’énormes dédommagements à la police eu égard au préjudice subi par un suspect : ne jamais faire justice quasiment soi-même, ne jamais s’attarder sur des idées préconçues, sur des évidences. Soyons clair : les enquêteurs eux-mêmes n’y vont pas nécessairement par quatre chemins pour obtenir ce qu’ils veulent, ils n’iront cependant jamais aussi loin que ceux qui ont peur. Oui, la peur est bien présente : la peur de perdre ce que l’on possède, la peur de voir la vérité découverte. La peur aussi pour les siens : ceux qui ont peur sont prêts à tout, même à faire n’importe quoi, et tant pis pour les conséquences – pour les autres.

Un livre réussi, mais sombre.

Shanghai fengshui de Nury Vittachi

édition Philippe Picquier – 438 pages.

Présentation de l’éditeur :

Pour le maître de fengshui et son assistante Joyce, Shanghai s’annonce pleine de promesses : nouveau bureau, nouvelles réjouissances culinaires, nouveaux amis… Mais une série d’événements imprévus va bouleverser cet alléchant programme : ils vont se retrouver au centre d’un complot visant à assassiner les présidents américain et chinois. Les voilà lancés dans une folle course poursuite. Les services secrets américains et la police chinoise à leurs trousses, ils doivent désamorcer une bombe au cœur de la ville. Seuls problèmes : 1) Shanghai est paralysée par un gigantesque embouteillage ; 2) la bombe est cachée dans un éléphant blanc.

Mon avis :

Cher maître du Feng-shui, je serai claire : sensibilité occidentale ou pas, et même s’il est bon de consommer de la nourriture « fraîche », il n’est pas nécessaire de faire preuve d’excès et de se gaver, trouvant des manières toujours plus douloureuses de cuisiner les bêtes, et se dédouaner en disant qu’elles ne souffrent pas, voire même que cela leur fait plaisir. Ben voyons. Bien sûr, ce sont des personnes riches, voire très riches qui agissent ainsi, parce qu’elles peuvent se le permettre. L’écologie, on s’en moque, les personnes qui n’ont pas de quoi manger, aussi. Oui, je sais qu’il est de bon ton de dire que personne ne meurt de faim de nos jours – en France. Et ailleurs ? Et si ce n’est pas le cas en France, c’est aussi grâce à des associations et à leurs bénévoles qui se dévouent. Voilà, c’est dit. Note : je ne suis pas végétarienne, mais j’essaie d’avoir une consommation raisonnable.

Ceci dit et écrit, le végétarisme, le végétalisme et surtout le véganisme sont au coeur de l’intrigue, ainsi que leurs militants, qui, à part Joyce, paraissent tous hautement détestables. Ils sont montrés violents, colériques, comploteurs, intolérants, prétentieux. N’en jetez plus ! Bien sûr, ils ne se préoccupent pas du tout des humains, pas vraiment des animaux, bref, le portrait qui est dressé d’eux est entièrement négatif. Ai-je précisé qu’ils étaient aussi bêtes et manipulables pour la plupart ? Maintenant, c’est fait.

Que les personnages soient caricaturaux est déjà fortement gênant, que l’intrigue parte dans toutes les directions ou presque l’est plus encore. Je ne vous parle même pas de vraisemblance, je ne sais absolument pas à quel moment elle est partie. Peut-être dès les premières pages, même si je veux bien croire les personnages quand ils affirment qu’avec la bureaucratie, c’est toujours ainsi. Cependant, voir l’immeuble dans lequel on emménage démoli le jour même, c’est tout de même assez rare. Je vous passe sous silence, ou presque, l’enlèvement de la fille d’une militante vegan proche de Joyce, la manière dont elle est sauvée, l’attentat fomenté contre Potus par les vegans (si, si) en plaçant une bombe dans un éléphant blanc, ce qui porte malheur nous dira Wong. Ah, vous ne savez pas qui est Potus ? Je vous aide : President Of The United States, en visite officiel. Ajoutons que les services secrets américains sont représentés par un chef hors pair, qui a soigneusement construit son personnage, que les services secrets chinois sont représentés par une femme charmante, la commissaire Zhang, qui a appris l’anglais, certes, mais pas ses subtilités parlées, et doute toujours du sens caché que peut contenir certaines paroles. Non, « l’éléphant contient une bombe » n’est pas une phrase contenant un sous-entendu sexuel ! Elle n’est pas la seule à avoir de léger soucis avec l’anglais, et C.F. Wong ne comprend pas pourquoi « Fech », que dit toujours sa collaboratrice, n’est pas dans les dictionnaires.

Soyons clair : dans cette enquête abracadabrante, on voit peu le maître au travail, on ne voit quasiment jamais sa secrétaire, et Joyce est plus occupée, c’est tout à son honneur téméraire, à tenter de sauver Nelson, l’éléphant blanc, que de pratiquer le feng shui. De plus, autant le premier volet lu était drôle, autant ce n’est pas le cas de celui-ci. En lirai-je un troisième ? A voir !