Archive | 20 septembre 2019

L’homme qui voulait devenir psychopathe de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur :

Victor a quarante-six ans, une femme et deux enfants. Une vie simple, comme les autres, il a beau bien faire, on ne le connait, ne le reconnait pas…
Lassé de la vie, il décide d’en finir, mais même son suicide, il le rate…
Alors, quitte à laisser une trace, vu que l’on ne retient pas les bons, autant devenir un mauvais, dans le genre tueur en série…
Mais être un psychopathe n’est pas chose aisée, Victor va le découvrir à ses dépens.

Merci à Netgalley et aux éditions French pulp pour leur confiance.

Mon avis :

Vous envisagez de devenir psychopathe ? Ce livre est fait pour vous ! C’est vrai, il se trouve des livres qui décortiquent comment un psychopathe est parvenu à passer aux yeux de ses contemporains pour monsieur Tout-le-monde, pas comment monsieur Tout-le-monde a senti irrésistiblement le désir d’en devenir un, et tout ce qu’il a mis en oeuvre pour y parvenir.

Victor est la personne à laquelle on ne fait pas attention, invisible aux yeux de sa famille, de ses proches, de ses collègues. Il a 46 ans, c’est à dire qu’il ne peut même pas se payer le luxe d’une crise de la quarantaine ou de la cinquantaine, un âge qui n’intéresse personne.

Croyez-moi, ce n’est pas facile de devenir ce que l’on n’est pas. Ce n’est pas facile d’être reconnu pour ce que l’on veut être. Reconnu pour ce que l’on est ? Ne rêvons pas !

Pour moi, ce livre est à la fois un roman mâtiné de policier et une satire de notre société. Ce n’est même plus une société du spectacle, c’est une société de l’instantané, du flash, de la nécessité de trouver toujours quelque chose de plus fort, de différent, de plus choquant, parce que les membres de cette société, connectés quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre veulent toujours plus de nouveauté, et se lassent aussi vite qu’ils s’emballent, quel que soit le sujet. D’ailleurs, font-ils vraiment attention à ce qu’ils regardent ?Je n’en suis pas sûre. Société de l’indifférence, société de la transparence – on ne se voit plus les uns les autres – société avec oreillette – on ne s’écoute pas les uns les autres. La fameuse bienveillance dont on nous rebat les oreilles dans les médias ? Un mot, bien entendu, de même que son synonyme, l’empathie. La citation ci-dessous illustre parfaitement ce propos :

L’empathie n’a jamais été son fort. Rien à cirer des errements de son mari, seul compte le quotidien, savoir ce qu’on mange le soir, s’il faut racheter du Sopalin ou du shampoing, qui plongera du dix mètres dans Splash sur TF1 ? Voilà les vraies questions existentielles qui taraudent Agnès.

Alors oui, j’ai ri jaune, j’ai souri devant les pérégrinations de Victor, descendant direct du Distrait ou d’Alfred, incarné par Pierre Richard dans les années 70. Autre temps, autre inclination, l’un arrivait au bonheur malgré lui, dans une société de consommation encore insouciante, l’autre ne sait plus quoi faire pour atteindre son objectif – ou comment ériger la violence, le meurtre, l’indifférence aussi, en valeurs. Vous avez fait : « glups, mais c’est horrible ? » Ce n’est pas moi qui ai inventé cette fascination. Ce n’est pas moi qui ai inventé cette indifférence. Nous ne vivons pas ensemble, nous vivons les uns à côté des autres.

Robicheaux de James Lee Burke

édition Rivages noir – 506 pages
Présentation de l’éditeur :
Dave Robicheaux découvre qu’il est peut-être l’auteur du meurtre sur lequel il enquête. Plus que jamais c’est un homme hanté par des fantômes…
Mon avis :
Quel plaisir ce fut pour moi de retrouver Dave Robicheaux ! Certes, il s’en est passé, des événements, depuis sa dernière enquête. Molly, sa troisième femme, est morte dans un accident de voiture. Alafair a percé en tant que romancière et scénariste. Clete reste Clete, toujours aussi borderline, et le coeur sur la main. Dave doit faire face non pas à ses démons, mais à ses fantômes dans cette Louisiane qui est un un « asile psychiatrique en plein air », où la cirrhose est héréditaire. Mais j’ai vraiment aimé me retrouver dans cette Louisiane poisseuse, avec ses affaires non réglées, non résolues, et cette absence de volonté que les choses bougent. Il est effarant de voir les affaires qui, dans la vie, ont réellement été classées – l’affaire du Superdome, la fusillade sur le pont pour ceux qui essayaient simplement de survivre : leurs échos sont bien présents dans le livre.
Dave est fidèle en amitié, quel que soient ce que ses amis sont devenus. Il est cependant lucide sur ses personnes dont il était sûr, dont il connaissait les engagements : il ne peut que constater, témoin des ambitions individuelles et du temps qui passent, à quoi certains sont capables de renoncer, avec qui ils peuvent s’allier pour parvenir à leur fin.
Pas de blanc, pas de noir, mais une zone grise pour ces personnages que l’on retrouvera dans le prochain volume, je l’espère (oui, je me suis renseignée). Racisme, misogynie, système judiciaire timoré, déficient, sont les fondements de cette société où pas grand chose ne va. J’oubliai la manipulation, toujours utile quand on ne veut surtout pas se salir les mains. Robicheaux est une fresque mêlant passé et présent, avec un souffle épique que l’on ne peut oublier.
Vous l’aurez compris, je suis fan, et j’aime être emportée dans cet univers littéraire si particulier.