Archive | 14 septembre 2019

Coup de vent de Mark Haskell Smith

Présentation de l’éditeur :

À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul. Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Gallmeister et le Picabo River book club pour ce partenariat.

Et si l’on commençait par la fin ? Au début du livre, nous découvrons Neal, l’un des protagonistes de ce récit qui se retrouve sur un bateau, seul, en mer. Nous allons découvrir comment ce geek gay (autant le définir tout de suite) en est arrivé là.

Ceci est l’histoire d’un hold-up, le hold-up de Bryan, un hold-up moderne, ou presque, sans besoin de sortir un revolver et de le braquer sur un caissier, un hold-up discrètement lucratif, là où d’autres prédécesseurs célèbres ont subtilisé bien que la somme, pourtant conséquente, dérobée.

Il ne s’agit pas tant de poursuivre le voleur, de l’arrêter, de le conduire en prison que de récupérer l’argent. Jeu de pistes à travers les traces que l’on peut laisser sur la toile ou dans le monde réel. Disparaître ne semble plus possible, dans notre monde actuel, même si l’on dispose d’argent.

Ce livre nous interroge aussi sur l’identité. Qui est-on vraiment ? Par quoi, par qui est-on défini ? Même dans le monde de la finance, des liens sont censés être crées, ne serait-ce que pour motiver les équipes à gagner davantage d’argent. Interrogation sur les liens familiaux, aussi, avec des enfants qui suivent la voie tracée, voulue par leurs parents, ou bien son exact contraire – et à quel moment deviennent-ils eux-mêmes ?

J’avais une chanson en tête en lisant ce livre, Ultra Moderne Solitude d’Alain Souchon, parce que les personnages sont seuls, désespérément. Même le mariage, ses préparatifs, chefs d’oeuvre de conventions sociales, ne parvient pas à unir deux adultes. La sexualité ? J’ai parfois eu l’impression que certains personnages redécouvraient qu’ils en avaient une, et qu’elle peut unir deux êtres, intensément. Neal peut dire à quel point, depuis sa rupture, il se sent seul – qu’il soit homosexuel est une donnée comme une autre, aussi banale à énoncer que la couleur des cheveux ou de ses yeux. Son compagnon est d’ailleurs tout à fait capable de se comporter comme le premier beauf venu, vautré sur le canapé en regardant le sport. Moralité : on peut acheter des meubles ensemble et vivre l’un à côté de l’autre. Canapé onéreux, bien entendu.

Et l’on en revient à l’argent : ce que l’on en fait, pourquoi l’on désire en avoir – le héros dit pourquoi l’argent est tellement désiré, avec une grande lucidité. L’argent fait-il le bonheur ? A voir, à lire avec le dénouement.

 

 

Meurtre et obsession de Jonathan Kellerman

Présentation de l’éditeur :

Tanya Bigelow était une fillette très rangée lorsque le psychologue Alex Delaware l’a soignée pour des troubles obsessionnels. A dix-neuf ans, elle vient le revoir parce que sa tante et mère adoptive, Patty Bigelow, lui a avoué un crime sur son lit de mort. Delaware se souvient de Patty comme de quelqu’un qui n’aurait jamais pu commettre cette « chose terrible ». Mais, pour apaiser Tanya, il décide d’enquêter et demande à son ami, l’inspecteur Milo Sturgis, de l’aider. N’ayant que de vagues détails de l’ « affaire, » les deux amis se lancent dans une enquête qui les conduit des quartiers les plus minables aux plus belles propriétés de Los Angeles et leur fait découvrir des personnages inquiétants, jusqu’au jour où un meurtre horrible leur ouvre les portes d’un passé où désespoir, vengeance et mort formaient un cocktail sordide.

Mon avis :

Ou comment se fâcher avec les fans de l’auteur.
Si, si, c’est possible.
Je commencerai donc par le point positif : les cinq cent cinq pages se lisent facilement. Pas d’aspérité, pas de difficultés. Je n’ai pas dévoré le livre non plus, justement parce que tout est trop lisse, et que pour quelqu’un d’aussi peu calme que moi, et bien j’avais l’impression de boire une eau chaude au lieu d’un café bien fort.
Oui, les personnages ont fini par m’énerver, m’agacer. Celui que j’ai préféré, c’est Milo Sturgis, sauf que l’on ne le voyait pas assez à mon goût. Il est un bon enquêteur, il a de l’humour, il est gay, vit en couple de la façon la plus ordinaire avec un médecin. Non, pas Alex Delaware, psy de son état, en couple avec Robin, ils ont une charmante bouledogue, Blanche.
Et là, boum, la mouche dans le lait, si j’ose dire : une ancienne patiente, devenue adulte, ressurgit à cause des confidences que sa mère adoptive lui a faite peu avant de mourir. Elle serait responsable de la mort de quelqu’un. Serait. Elle est morte avant d’en avoir dit plus.
Par moment, je me serai cru dans un mauvais polar, notamment avec toutes ses personnes qui refusent de répondre aux questions, qui tournent, qui biaisent, ses policiers qui, des années plut tôt, n’ont pas voulu, n’ont pas su mener des enquêtes à bien, toutes ses personnes qui se sont tues parce qu’elles pensaient que ce n’étaient pas si importants que cela de parler, et toutes celles qui ont parlé sans être entendues.
Plus qu’une enquête, il s’agit d’énormes problèmes familiaux. Prenons Patty, mère adoptive de Tanya : elle a adopté sa nièce parce que sa mère, soeur de Patty, la lui avait laissé, puis est morte dans un accident de moto. Les deux soeurs, qui avaient grandi au Nouveau-Mexique, avaient toutes deux étaient abusées par leur père. L’obsession de Patty, l’une d’elles, était d’assurer la sécurité financière de sa fille. Aussi a-t-elle veillé sur un vieil homme malade, chez qui elle et sa fille logeaient : économie… Elles ont ainsi croisé sa famille, un fils indifférent, qui aime toutes les femmes sauf la sienne dont il finit par divorcer, divorçant en même temps de son junkie de beau-frère. Au milieu, Kyle, leur fils, que l’on retrouve adulte. Il est de la même génération que Tanya, et ce surdoué se rapproche d’elle, via les réseaux socios, via leur passé commun aussi : deux enfants seuls, dans une grande maison, deux enfants dont les solitudes ne se sont pas rencontrées, deux enfants dont les mères biologiques n’étaient pas vraiment des mères – celle de Tanya en avait bien conscience. Quant aux pères…ils sont soient absents, soient maltraitants – quand ils n’ont pas l’impression de faire de leur mieux, c’est à dire de payer beaucoup, pour leur progéniture. Certains parviennent même à rentrer dans les trois catégories à la fois.
Alors oui, le volet psy est bien rédigé mais j’ai si peu apprécié ce livre que je n’ai pas envie de donner une seconde chance à son auteur.