Archive | 2 septembre 2019

Jolis, jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.

Mon avis :

Je ne vous raconte pas le nombre de fois que j’ai remis à plus tard la rédaction de cette chronique ! Je suis en effet en train de partir vers une jolie technicité et cela ne va pas du tout. Je peux vous dire solennellement que la narration alterne le point de vue de Victor et celui de James, sachant que le premier est le destinataire du récit du second, que le récit est parfois rétrospectif puisque nous nous plongeons dans le récit des jeunes années de l’un et de l’autre, leur deux temporalité s’entrecroisant parfois, puisque deux événements marquants eurent lieu dans leur vie respective.

Et là, mon avis vous a tellement ennuyé que vous avez mis les voiles et vous vous demandez franchement quelle mouche me pique ! L’analyse littéraire, c’est formidable, certains adorent, mais franchement, changeons de cap !

Jolis jolis monstres est un récit plein de vie, de rythme, de couleurs, et de mouvements, d’amour aussi pour celleux qui se sont auto-proclamés monstres. Iels se cherchaient et comme rien de connu n’existaient, iels se sont inventées. Que de personnes ai-je croisé dans ce roman, entre la scène et la vie, parce que la drag est un être que l’on crée, non qui vous a été imposé par la société, qui définit ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l’est pas.

S’il est un mot-clef pour définir ce roman, c’est « amour », l’amour que l’on reçoit, comme James l’a reçu de sa tante, et tout l’amour qu’Angie donne à ses filles. « Don », second mot-clef, puisque Angie, tout comme James ou Victor ne pensent pas leurs actes, leurs créations pour leur enrichissement personnel – d’autres ont détourné leur culture, tel Madonna et son utilisation du voguing (ne me dites pas que vous croyez que c’est elle qui l’a inventé ?). Angie donne son temps, son énergie, son amour (encore une fois) sans compter, et se relève toujours malgré les coups du sort. Parce que nous sommes dans les années 80. Et toutes ses vies fauchées, par cette maladie dont on parle de moins en moins. En parlait-on tant que cela dans les médias à l’époque, d’ailleurs, puisque cette maladie ne touchait, disait-on, que les hommes, et encore, ceux qui appartenaient à une « certaine » communauté ? Quant à celleux qui ont été assassinés, c’est un non événement pour la société bien pensante, avec une forte probabilité pour que les coupables ne soient jamais trouvés.

Alors oui, la société a changé en trente ans, depuis l’époque où James était Lady Prudence. A-t-elle véritablement évoluée ? Oui, et non, parce que tous les progrès sont fragiles. Et j’aimerai tant conclure sur une note optimiste, parce que ce roman est rempli d’énergie, d’intensité, de folie créatrice. Et qu’il serait dommage de voir se dérouler sa vie en passant à côté de qui l’on est vraiment.

 

Et, parce que je résiste difficilement à l ‘envie de partager une citation, en voici une, p. 356

« Aujourd’hui, Marsha a une fontaine. D’autres ont droit à quelques portraits dans la presse spécialisée. En t’asseyant sur le rebord, tu te remémores cette conversation avec Marsha l’année de sa mort. Elle te parlait des émeutes du Stonewall et d’un monument commémoratif dans tu-ne-sais-plus-quel parc, et Marsha t’avait dit.
« Combien de gens sont morts pour que deux jolies petites statues soient placées dans un square ? Combien de jolies petites statues faut-il pour que les gens se comportent comme des frères et des sœurs ? Pour qu’ils comprennent que l’on fait tous partie de la race humaine ? »