Archive | août 2019

L’école des mini-garous de Julien Hervieux et Juliette Lagrange

Présentation de l’éditeur :

La pleine lune réserve bien des surprises !
Au cœur de la forêt, cachée dans le plus grand des chênes, se trouve l’école des mini-garous : on y apprend aux enfants mordus un soir de pleine lune à devenir de vraies terreurs. Mais pour Béa, Franz et Pavel, c’est un peu difficile… En effet, ils se transforment tous les trois en animaux mignons ! Heureusement, pour convaincre leur classe qu’ils ont leur place à l’école, ils ont un plan !

Mon avis :

Oh là, là, je ne vous raconte pas.
Ou plutôt si, je suis en train de le faire.
Vous croyez tout savoir sur les garous, et bien non !
Vous découvrirez comment les humains ordinaires sont transformés en garous. Et pas seulement en loup garous, non, c’est beaucoup trop banal, commun : tout animal qui vous mord lors de la pleine lune peut faire de vous un garou. Et j’ai bien dit « tout animal ». Par conséquent, il y a des petits soucis, des petits contretemps. Etre un lynx garou, un ours garou, cela en impose. Être un chat angora garou mignon, pas vraiment – et je ne vous parle pas de Pavel, poulpe garou de son état (un clin d’oeil à l’éditeur ?) pas vraiment.
Vous découvrirez aussi ce qu’il advient de ses pauvres enfants métamorphosés. Non, parce que franchement, il ne faut pas attiger, les parents ne vont tout de même pas les garder, cela fait beaucoup trop de complications à gérer, bien plus qu’avec un enfant ordinaire. Ces chers petits rejoignent donc la fameuse école des mini-garous qui donne son nom à ce charmant livre pour jeunes lecteurs.
J’ai adoré ce mini-poulpe, j’ai adoré les aventures de ses trois garous pas comme les autres qui vont relever le défi : espionner leur maître pour savoir à quoi il ressemble quand il n’est pas un garou. Oui, il leur faut du courage, pour parvenir à leur fin et avoir un poulpe avec soi est toujours un atout. Mais s’il est une phrase à retenir, c’est bien celle-ci :
La méchanceté, c’est comme les garous : ça s’attrape avec une blessure !

 

Veggie tendance vegan de Charlotte Bousquet

Présentation de l’éditeur :

Chris est en terminale. Un adolescent normal, un peu rond depuis qu’il ne peut plus faire de sport, fan de fantasy, auteur de campagne de jeux de rôle et meilleur ami de Nadia. Il mange mal, ne s’entend pas très bien avec son petit frère, Jules, et ne pose aucun soucis à ses parents. Un adolescent lambda, sans problèmes (hormis son poids) et sans réelles convictions.
Jusqu’à l’arrivée de Mallory, la nouvelle. Une adolescente très engagée dans la cause animale. Elle slame en ce sens sur sa chaîne YouTube et agit parfois avec des amis pour libérer des animaux. Une princesse guerrière pour Chris.
Afin d’attirer son attention et de lui plaire, il décide de devenir végétarien. Il peut compter sur l’aide de Nadia pour tenir ses engagements. Des engagements qui deviennent de plus en plus profonds.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis/mon ressenti, comme vous voulez :

Je sens que je vais vous parler beaucoup de moi avant de vous parler de ce roman, ou plutôt vous parler de l’actualité, avec ses petites phrases des hommes politiques. La corrida est un « spectacle », une « tradition » – les exécutions publiques en étaient aussi. D’ailleurs, il est toujours possible, dans certains états américains, d’assister aux exécutions. Ah oui, pardon, on me dira que ce sont des animaux, pas des êtres humains, et que cela fait partie de l’économie locale. La corrida a été « importée » en France en 1853, l’économie locale a bien dû exister avant, elle pourra, logiquement, exister après. Puis, élever un animal dans le seul but de le torturer à mort est assez absurde. Autre argument de force des partisans de la corrida ou de la chasse : on ne force personne à y aller, à participer. Merci de ne pas forcer le taureau. Merci de ne pas forcer les personnes qui se promènent en forêt le dimanche à prendre une balle perdue. J’ai entendu aussi comme argument : « les toréadors sont des personnes particulièrement cultivées ». Si la culture pouvait être un rempart à la cruauté, cela se saurait !

Après ce paragraphe, je me plonge donc dans le vif du roman, et note au passage que ce sont les jeunes générations qui s’activent sérieusement pour l’écologie et l’antispécisme – j’espère qu’en prenant de l’âge, ils continueront à s’investir autant, et ne baisseront pas les bras face à des discours à visée moralisatrice et normative. Les réseaux sociaux, de ce point de vue, permettent d’asseoir ses convictions, de les partager, de s’informer. Ainsi Mallory, par le slam, par les vidéos qu’elle tourne, partage ses convictions, son combat. Sur le terrain, elle partage aussi les videos qu’elle trouve, celles que l’on voit de plus en plus grâce à des associations qui prennent des risques pour montrer une réalité que l’on n’a pas envie de voir, et elle entraîne avec elle ses camarades du lycée qu’elle a gagné à sa cause. Oui, là aussi, ses procédés peuvent sembler violents et moi-même je déteste me faire aborder dans la rue avec parfois énormément de maladresse (exemple disponible sur simple demande) mais nous sommes dans un roman, et ils participent à la construction des personnages, de leur révolte. Et Mallory est capable d’aller beaucoup plus loin que cela pour la cause qu’elle défend et d’assumer ce qu’elle a fait.

Il n’est pas que Mallory dans l’intrigue, il est d’autres personnages, et si j’ai commencé par elle, c’est parce que c’est elle qui ouvre le récit et entraîne les autres à réagir. Oui, le thème ne peut s’épanouir que parce que le cadre classique du roman d’adolescent est respecté. Chris, comme Mallory, est en terminal, l’année du bac, année charnière comme se plaisent à le répéter les adultes. Il est un geek, qui écrit des récits de fantasy, des jeux de rôles, il est très investi dans son écriture, sans négliger ses études pour autant. Il a un petit frère, Jules, avec lequel il ne s’entend pas très bien. Ses parents s’entendent plutôt bien, sont soudés, à l’écoute de leurs enfants, comme le montrera l’épreuve qu’ils devront surmonter au cours de l’année scolaire. Ils sont aussi ouvert à la discussion, ce qui n’est pas forcément toujours le cas. Il en est de même des parents de Nadia, la meilleure amie de Chris, qui conjuguent leur foi et le fait de vivre avec leur siècle. Nadia et Chris sont inséparables, toujours là l’un pour l’autre, et ils sont très sympathiques. D’autres amis font partie de leur cercle, montrant toute la diversité de la jeunesse d’aujourd’hui, jusque dans son dénouement.

Veggan tendance veggie – un livre engagé.

L’étrange village de l’Arbre-Poulpe : Drôles de drones par Séverine Vidal et Anne-Gaëlle Balpe

Présentation de l’éditeur :

Quatre amis, Pablo, le garçon qui vole, Arizona l’intrépide, Bat-Man et son inséparable chauve-souris et Naïma l’invisible, vivent dans le village de l’Arbre-Poulpe, un arbre magique qui a donné des pouvoirs à chacune de leur famille. Ils adorent se retrouver pour rigoler et pour déjouer les manigances des affreux Rageux, une bande d’abrutis qui essayent de voler des branches de l’Arbre-Poulpe.

Mon avis :

Je commencerai par une bonne nouvelle : une nouvelle aventure mettant en scène les quatre personnages mis en scène dans Drôle de drônes est prévu. Tant mieux : j’ai vraiment beaucoup apprécié celle-ci et je serai ravie de les retrouver de nouveau.

L’arbre poulpe est un monde à lui tout seul – déjà, quelle bonne idée de mélanger le végétal et l’animal, des tentacules-racines qui ne sont pas source d’angoisse, mais au contraire de créativité, de renouveau. Certes, il faut prendre soin des racines, j’ai envie de dire « c’est bien la moindre des choses », et la racine peut dépérir naturellement, entraînant le départ de la famille qu’elle a engendrée, mais la bonne entente règne dans ce monde, et chacun se montre curieux des pouvoirs des autres. Ceux-ci ne sont jamais employés pour faire du mal, ils sont au contraire source de créativité – Pablo peut voler et Naïma n’est visible que dix minutes par jour. Cependant, elle et les siens ne cherchent pas à piéger les autres, ils portent chacun un parfum pour être facilement identifié (vive la noix de coco).

Seul souci dans cette vie paisible mais inventive : les Rageux. Ceux-ci veulent voler des branches de l’arbre-poulpe. Tous les moyens sont bons pour parvenir à leur fin, leur défaut principal étant de n’être pas très doué pour ce faire, leur qualité principale étant de toujours s’améliorer, et les habitants de l’arbre-poulpe de toujours trouver de nouveaux moyens, au gré de leur capacité, pour les contrer. Mention spéciale pour une charmante mygale qui protège l’arbre contre les drones. Oui, les drones, en un mélange d’univers merveilleux et de modernité.J’ajoute que les illustrations sont très réussies, montrant les quatre amis en action,  sans oublier l’invisibilité (ou pas) de Naïma. C’est une histoire tendre et drôle que nous avons là, donnant ici et là des préceptes qu’il est bon, à mes yeux d’appliquer : « On nous apprend à nous supporter, à accepter les autres, malgré leurs particularités, parfois envahissantes ». Et si l’originalité du livre était essentiellement là, être soi, entièrement soi, avec une personnalité riche, et accepter totalement l’autre dans toute sa diversité. Un vrai pari pour notre présent, et pour l’avenir.

Prospérité de Charlotte Munich

édition Amazon Publishing – 525 pages

Présentation de l’éditeur  :

Le temps est compté. Leila et Arthur ne disposent que d’une seule arme contre l’Ordre des chasseurs, le grimoire Prospérité. Pour déchiffrer les secrets que l’ouvrage referme, Leila n’a pas le choix : elle doit faire évoluer sa magie avec l’aide d’Arthur. Mais la résistance de ce dernier s’émousse peu à peu, tandis que les anciens démons de Leila ressurgissent, plus noirs que jamais. Poursuivis par l’Ordre, ils sont contraints de traverser toute l’Europe pour solliciter la protection des praticiennes russes, les plus à même de faire face aux terribles chasseurs. Mais seront-elles leurs alliées ? Lorsqu’enfin Prospérité dévoile ses secrets, il exige un impossible sacrifice. Les racines du mal plongent profondément dans le passé et bientôt, il n’y aura plus rien entre Leila et la terrible réalité de sa magie.

Merci à Netgalley et à Amazon publishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Suite et fin de cette saga que j’ai démarrée en cours de route et que j’ai appris à apprécier. Rien n’est simple pour Leila, qui doit lutter contre ses ennemis, trouver des appuis en Russie, du moins, elle l’espère, et se protéger contre des adversaires véritablement proches – ou comment l’expression « démon intérieur » n’a jamais semblé si juste. Elle se doit d’être attentive, sur ses gardes à tous les instants, pas seulement de jour comme de nuit, mais en veille comme en sommeil : les ennemis ont des moyens d’agir qu’il convient de ne jamais oublier. De plus, Leila tient à ménager ses amies, parce qu’elles sont jeunes, parce qu’elles n’ont pas beaucoup de soutien, parce qu’elles ont déjà beaucoup perdu. Je n’ai pas encore parlé d’Arthur, parce qu’il est toujours à la limite de basculer, lui qui utilise une magie inédite ou méconnue, au choix.

Oui, le récit est linéaire, lui qui nous mène de la France à la Russie. Mais il nous projette aussi dans le passé, en nous emmenant à l’origine de la magie, et surtout, de la malédiction. Nous découvrons ainsi les fondateurs, si j’ose dire, des sorciers, et des chasseurs, ainsi que les conséquences des malédictions. Un vrai retour au source, avant le dénouement. Mais peut-être une série dérivée pourrait-elle voir le jour ? Il est en tout cas suffisamment de matière pour le faire.

 

Zaïgo de John Renmann

Présentation de l’éditeur :

Guadeloupe.
Ville de Sainte-Anne.
Un étudiant est retrouvé mort sur la plage, le corps entièrement momifié.
Tout autour du cadavre, d’étranges empreintes laissent penser que le tueur était pourvu d’un sabot de bouc.
Appelés sur les lieux, les inspecteurs Nicolas Rousseau et Marie Kancel se lancent dans une enquête dont les premiers éléments semblent révéler le côté surnaturel. Très vite, les meurtres s’enchaînent, avec pour seules victimes des hommes jeunes dont le corps sera méticuleusement momifié.

Mon avis :

Allô ? Vous voulez connaître la suite de la guerre des polices aux Antilles ? Ah, vous avez appelé au mauvais endroit. Non, je vous assure, tout va bien entre la commissaire Bertille Manoël et l’inspecteur Nicolas Rousseau. N’a-t-elle pas, à la fin du volume précédent, refusé sa démission avec véhémence ? Surtout, elle ne peut que se féliciter de l’entente entre Nicolas et Marie Kancel. Vision idyllique des liens entre les trois personnages ? Non, je suis en train de verser dans l’écriture de la version acceptable, policée : un peu de calme avant l’enquête qui débute avec, à nouveau, une bonne dose de surnaturel.

Un corps est retrouvé momifié sur la plage, et même l’expert en médecine légale et proverbe antillais ne comprend pas comment cela peut être possible. Un second corps est découvert peu après, et là, on frôle le drame médiatique. En effet, la victime était un technicien qui devait officier au cours de l’élection de miss Guadeloupe – peut-être la future miss France ! Il faut penser aux retombées médiatiques – énormes – aux retombées financières pour l’hôtel qui reçoit les futurs miss. Cette élection nous permet de découvrir un personnage haut en couleurs, l’organisateur, Darius Galipo. Chacune de ses apparitions est à apprécier à sa juste valeur, surtout que Rousseau (et Kancel aussi, d’ailleurs), se moque éperdument du politiquement correct, et des éventuels appuis de Galipo.

Ce fut un plaisir pour moi de me replonger en Guadeloupe, de retrouver Ty Raccoon, un personnage que j’aime vraiment beaucoup, à la fois original et apaisant, un personnage auprès duquel Nicolas Rousseau peut être lui-même, presque sans protection, puisque Ty Raccoon le connaît véritablement. Celui-ci parvient même à lui faire partager certaines de ses croyances – en particulier à cause de leur passé commun, et de l’enquête précédente.

Oui, à nouveau le surnaturel est au rendez-vous. Oui, à nouveau, l’enquête a été très plaisante à lire, grâce au ton utilisé, au rythme de l’intrigue et à l’intégration parfaite du surnaturel dans l’intrigue.

J’espère sincèrement que l’auteur écrira un troisième volume de ses enquêtes.

 

Je m’appelle requiem et je t’… de Stanislas Petrosky

Présentation de l’éditeur :

Moi, vous ne me connaissez pas encore, mais ça ne va pas tarder. Je m’appelle Estéban Lehydeux, mais je suis plus connu sous le nom de Requiem. Je suis curé, ça vous en bouche un coin ? Oubliez tout ce que vous savez sur les prêtres classiques, je n’ai rien à voir avec eux, d’autant que j’ai un truc en plus : je suis exorciste. Je chasse les démons. Bon pas tous, parce que je dois d’abord gérer les miens, surtout quand ils font du 95 D, qu’ils dandinent du prose et qu’ils ont des yeux de biche. Chasser le diable et ses comparses n’est pas de tout repos, je ne vous raconte pas. Enfin si, dans ce livre. Ah, un dernier détail : Dieu pardonne, moi pas.

Circonstance d’écriture :

Petit coup de mou aujourd’hui, et plus l’envie d’écrire des avis. Si, si, cela me prend périodiquement. Donc, comme toujours, trois solutions : ne plus écrire vraiment, écrire un billet d’humeur qui n’aurait rien résolu, ou finir une chronique. Le choix est fait.

Mon avis :

Je fais souvent les choses dans le désordre, je chronique donc ce tome 1 (lu pourtant en premier) après le 4 et le 5. Ce que je ne regrette pas du tout, par contre, c’est la découverte de ce nouveau héros policier, pas du tout policé. Il faut dire (pour faire les choses dans l’ordre) qu’il est prêtre exorciste. Surtout, il interprète à sa manière l’une de ses obligations professionnelles : oui, il a fait voeu de célibat, et oui, il s’y tient. Par contre, pour la chasteté, il n’en est pas question : ses partenaires sont toutes adultes et consentantes. Aussi, quand une charmante jeune femme prénommée Marion (prénom que j’aime beaucoup) lui fait part d’une proposition professionnelle qu’elle a reçue via son site internet, son sang ne fait qu’un tour, et il a bien l’intention de l’aider. Précision n°1 : Marion travaille dans l’audiovisuel spécial adulte. Certains lecteurs auront déjà fui le livre depuis longtemps. Précision n°2 : il lui a été demandé par ce client de « performer » avec des enfants.  Et là, pour elle, c’est hors de question. Mais laisser faire, tout garder pour elle sachant qu’il y a des dingues dans la nature qui ne reculent pas devant l’idée de faire du mal à des enfants, là, c’est impossible pour elle. Impossible aussi pour Requiem. Il va donc se plonger corps et âme dans cette enquête. Oui, je sais, c’était facile, mais ce qu’il découvrira au cours de ses investigations a de quoi retourner, vraiment, de quoi laisser des traces durables, et comme l’indique la quatrième de couverture : Requiem ne pardonne pas. Ah, vous me direz que c’est son rôle de prêtre, pourtant ? Il a une dérogation.

Dit ainsi, vous pourrez penser que c’est un livre violent et sinistre. Ce n’est pas que cela. C’est aussi un livre bourré d’humour, de jeux de mots, de scènes d’acrobatie en chambre, entre adultes consentants, sans jamais viré à la domination type « cinquante nuances » : Requiem n’a que faire des jeunes filles naïves et très courges (si tant est que des personnages aussi courges qu’Anna existe vraiment), il préfère nettement les jeunes femmes qui savent ce qu’elles veulent et ne veulent pas, ce qui est au moins aussi important. Alors, lui et Marion vont mener l’enquête, et Requiem se retrouve très vite face à ce que je qualifierai de « coup de théâtre » – parce qu’une péripétie sanglante, c’est vraiment trop gentillet eu égard à ce qui s’est passé, et nécessite l’intervention de la police (encore une fois, j’ai l’impression d’édulcorer, pour ne pas donner trop d’indices sur l’intrigue). Alors Requiem était déjà déterminé, là, c’est pire encore, il entreprend une métamorphose pour, oui, pour, vous l’avez sur le bout de la langue, infiltrer ceux qui ont eu l’idée de ce projet et sont prêts à tout pour le dissimuler, et le mener à bien. Cela tombe bien, parce que Requiem aussi a l’intention d’aller au bout des choses.

Alors, comme pour les tomes suivants, et à venir, je ne peux que vous conseiller de rencontrer Esteban Lehydeux et de passer du temps en sa compagnie.

Mon billet ne serait pas complet à mes yeux sans un peu de musique :

 

Le bruit des pages de Livia Meinzolt

Présentation de l’éditeur

Éva hérite d’une librairie dans le quartier de la Butte aux Cailles. Les exigences du vieux propriétaire avec lequel elle s’était liée d’amitié ? Que la librairie ne soit jamais vendue et qu’Éva y conserve un tableau représentant une jeune femme, penchée sur un carnet, aux pieds d’un acacia majestueux. Bientôt, elle se prend à imaginer la vie de la femme du tableau, Apollinariya Ivanovna Lubiova, une jeune aristocrate russe, vibrante de rêves et d’idéaux au coeur de l’été 1916. Mais tandis que les mois passent, fiction et réalité semblent se confondre… Et si la librairie renfermait des mystères insoupçonnés ? Le voyage d’Éva à Saint-Pétersbourg pourrait-il l’aider à comprendre le lien étrange qui l’unit à Apollinariya ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Partage-Lecture et les éditions Charleston pour ce partenariat.

J’avais très envie de découvrir ce roman, parce qu’il parlait de Paris, de livre, et aussi de Russie, pays qui est tout proche de celui dont ma famille paternelle est originaire. Ce que j’ai aimé ? Tout d’abord, j’ai apprécié la construction du roman. Nous suivons, dans le présent, Eva, une jeune femme qui vient de terminer sa licence, son installation dans la librairie, sa prise de possession des différents livres qui l’entourent. Elle aime son quartier parisien, elle déambule au parc Montsouris, ce qui m’a donné envie de le découvrir à son tour. Surtout, elle se lance dans l’écriture d’un roman, elle franchit enfin le pas, elle qui veut en savoir plus sur les origines de la librairie. En effet, si Ernest la lui a léguée, c’est pour respecter les volontés du précédent propriétaire, qui voulait que la librairie soit léguée ou donnée à un(e) passionné(e), qu’une oeuvre de Tchernychevski reste en vitrine sans jamais être vendue, et que le tableau La jeune fille sous l’accacia soit toujours exposé. Autant d’indices, de pistes pour recréer le passé. C’est de la jeune femme qui est sur le tableau dont Eva se met à écrire le journal fictif, le lecteur assiste ainsi, en direct si j’ose dire, à une création artistique. A ses affres, aussi : Eva se questionne sur la manière dont elle a décidé d’écrire, et sur l’orientation qu’elle donne à l’intrigue qui se noue entre les personnages fictifs. Celle-ci occupe une place grandissante dans sa vie. Je n’oserai pas dire qu’elle l’obsède, qu’elle devient presque plus réelle que sa vie même, mais presque. Alors oui, j’ai été emportée moi-même par ce récit de cette Russie qui était au bord de la révolution, de ces aristocrates, riches bourgeois cultivés, éduqués, de cet amour qui force Polina à sortir de sa cage dorée au contact de Sacha. La Russie contemporaine a aussi sa place, grâce au personnage de Vitya, surgi du passé d’Eva, et de son ami Dimitri qui, comme Eva, connaît les affres de la création artistique (il est peintre) et d’une vie sentimentale dénuée de sentiments. En effet, au cours des différentes parties du roman, le point de vue se déplace, passant d’Eva à Dimitri, pour la partie contemporaine, pour revenir à Sacha ou Polina, un siècle plus tôt. Déplacement géographique aussi, entre France et Russie, entre questionnement, aussi, sur ce que l’on veut dire quand on écrit un livre. Au cours des échanges d’Eva avec son amie au sujet de son écriture, je me suis demandée si l’autrice, qui a quasiment le même âge que sa narratrice/autrice s’était elle aussi posée de telles questions. J’ai apprécié aussi les références, qu’elles soient littéraires (ce qui est assez logique quand l’héroïne se destine à l’écriture) ou musicale (Polina et Eva sont violoncellistes).

Vous me direz alors, que n’ai-je pas aimé dans ce roman ? J’ai eu un peu de mal avec le style utilisé dans la partie contemporaine du roman, que ce soit avec les répétitions (l’utilisation du pronom démonstratif « ça ») ou l’oralité marquée de certaines phrases (les négations incomplètes). Que ce bémol ne vous empêche pas de découvrir ce roman.
Kentigern

Un jour plus que parfait de Krystal Sutherland

Présentation de l’éditeur :

La famille d’Esther Solar est maudite. Tous souffrent d’une phobie atroce qui les mènera tout droit dans la tombe.

• Le père d’Esther, agoraphobe, vit reclus dans la cave
depuis six ans.
• Son frère a peur du noir.
• Sa mère est terriblement superstitieuse.

Esther, elle, ne souffre (pour le moment) d’aucune terreur particulière. Mais tient à jour la liste non-exhaustive de ses pires cauchemars, au cas où. Lorsqu’elle croise à l’arrêt de bus le mystérieux Jonah Smallwood, sa vie bien rangée bascule… Esther va être confrontée à la plus imprévisible et la plus redoutable de toutes les peurs… l’amour.

Mon avis :

Merci aux éditions Pocket Jeunesse grâce à qui j’ai reçu ce livre.

Ce livre pourrait être drôle. Vous savez, s’il parlait de toutes ses petites peurs qui nous gâchent un petit peu la vie, qui font sourire les autres, et entraînent tout un tas de situations cocasses. Autant vous le dire tout de suite, il n’en est rien, et ce livre est très sérieux, et peut même vous prendre littéralement aux tripes.

L’amour suffit-il ? Et que recouvre ce mot « aimer » ? Esther aime ses parents, son frère jumeau, son grand-père. Elle est elle-même entourée, littéralement, par toute une strate de peurs, d’interdits qu’elle s’est fixée, et qui lui permette de garder un semblant de contrôle sur sa vie. Ce qu’elle vit paraît invraisemblable , et pourtant possible – si l’on regarde bien, autour de soi, on peut en voir des situations qui paraissent encore moins vivable que celles vécues par Esther. Six ans que c’est ainsi, six ans d’une vie compliquée, où il faut donner l’illusion non que tout va pour le moins mal possible, mais à détourner l’attention.

En contrepoint, au début de ses aventures, nous avons Jonah, il a une jeune soeur, un père destructeur. Lui aussi ne veut surtout pas attirer l’attention. Le troisième membre du trio est Hepzibah, la seule amie d’Esther, parce qu’elle est différente elle aussi. Alors oui, Jonah se donne pour mission d’éliminer une à une les peurs d’Esther, mais son ambition est de trouver la véritable peur d’Esther, pour l’en libérer.

En contrepoint, nous avons l’histoire de la malédiction qui aurait frappé la famille – rassemblant ainsi, un peu, à ces secrets de famille que l’on se transmet de génération en génération, pourrissant le climat familial, favorisant l’entre-soi. Ce secret apporte une touche fantastique dans le récit, touche qui va s’étendre de plus en plus. Attention ! Cela ne veut pas dire que nous ne nous prenons pas de plein fouet la réalité de ce récit, la violence d’un métier (policier) qui a miné le grand-père, avec une affaire en particulier, tristement crédible, la dépression qui a envahi Reginald, le grand-père, puis le père et le petit-fils, chacun a sa manière. Il est question d’amour, oui, de la manière dont on voudrait être aimé, de la manière dont on est aimé – et il est déjà bien d’être aimé.

Et s’il est une leçon à retenir du livre, c’est celle-ci, que nous martèle l’auteur : il n’y a aucune honte à demander de l’aide.

 

Le Carnaval de Printemps, tome 1 : Bienvenue à Bluebells de Caroline Ledoux

Présentation de l’éditeur :

En ce début de printemps, une joyeuse effervescence règne dans le village de Bluebells, à la veille de l’ouverture du traditionnel Carnaval de printemps. Sous la houlette de Mme Poppy, une dame renarde malicieuse, les préparatifs vont bon train. Cette année, un invité de marque est attendu. Il s’agit du grand chef Sir Harald Sheep, qui doit venir installer son restaurant éphémère à Bluebells pour quelques jours. Quel événement ! Mais à quelques heures de l’arrivée du chef, c’est la catastrophe : Jasper la Tortue, l’un des bricoleurs les plus aguerris du village, est victime d’un accident ! Les travaux ne seront jamais terminés à temps ! À moins que… Un soupçon de solidarité, une pincée d’ingéniosité, une bonne dose d’amitié… Voilà une recette qui pourrait fonctionner…

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier l’éditeur et l’autrice pour m’avoir permis de découvrir cet album, que je chronique très en retard.

Cet album est un premier tome, c’est à dire qu’il permet de présenter le lieu, le contexte et les personnages. En effet, nous avons un petit village, peuplé d’animaux qui se comportent comme des êtres humains. Nous sommes à une période importante de l’année, puisque nous découvrons les préparatifs du carnaval de printemps, et le stress que peuvent subir certains participants. Prenons Jasper la tortue, il est vraiment très calme, ou plutôt, il ne l’est pas du tout, surtout après son accident de bricolage, qui le force à deux jours de repos, sous la contrainte ! Nous connaissons tous des personnes qui ne peuvent pas lever le pied, même en cas de soucis de santé important – parce qu’il est aussi peu de personnes qui peuvent les remplacer. Heureusement, il trouvera… mais chut ! je n’en dirai pas plus.

L’album prend le temps de présenter les personnages, les illustrations, aux couleurs tendres, sont d’ailleurs très réussies, parfait contrastes avec l’effervescence qui règne dans les pages de l’album. Pourtant, je regrette un peu que l’action progresse peu, sans doute parce que nous sommes dans un premier tome.

Que cela ne gâche pas le plaisir de lire et de partager ce tome. Parmi les personnages, ma préférence va à Miss Harp, la bibliothécaire parfaitement dévouée à sa tache.

 

Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke

Présentation de l’éditeur :

Par une froide journée de janvier, une femme disparaît dans l’une de ces banlieues trop propres et trop calmes que le cinéma américain nous a révélées. Le mari semble accepter cette absence et se résigner. Quant à Katrina, leur fille unique, elle croit régler avec un soin méticuleux et lucide ses comptes avec l’image d’une mère destructrice et détestée en secret. Mais alors pourquoi ces rêves obsédants qui hantent ses nuits ? Et comment une mère peut-elle ainsi s’évanouir dans le blizzard et tout abandonner derrière elle ?

Mon avis :

En lisant ce roman, j’ai irrésistiblement fait des rapprochements. Le premier, je l’ai fait avec les deux romans que j’ai déjà lus de Laura Kasischke, à savoir Esprit d’hiver et La vie devant ses yeux : ce sont des récits qui nous parlent des relations mère/fille. Ici, la mère de Kat disparaît, un jour, comme cela, elle se volatilise, laissant tout derrière elle, sauf un mot pour expliquer pourquoi elle est partie. Le second rapprochement, c’est avec Aquarium de David Vann, où il explore les liens mère/fille, dans une atmosphère pesante, poisseuse, à la limite de la rupture. En effet, si l’on regarde la vie de Kat (elle déteste son prénom Katrina), la vie avant la disparition de sa mère, la vie d’après, on peut dire qu’elle reste dans le froid, la froideur, comme si la disparition de sa mère l’avait anesthésiée. De manière caricaturale (très caricaturale), on pourrait dire qu’elle a, malgré la disparition de sa mère, tout pour être heureuse : ses études se passent bien, elle n’a pas de conflit avec son père, elle a un petit ami, Phil. Ceci posé, le roman se déroule sur quatre années, alors nous pouvons assister à l’évolution de Kat, à ses séances de psychanalyse. Et parfois, je me suis dit que Kat sait des choses, mais que cette anesthésie qui s’est répandue en elle l’empêche non de se poser les questions, mais d’entendre les réponses, comme nous le prouvera le dénouement.

Il faut dire aussi que ses relations avec sa mère étaient tout sauf simples, et je ne parle pas d’une crise d’adolescence traditionnelle. La mère de Kat manque d’amour, elle n’a pas la vie amoureuse qu’elle souhaiterait, cette desperate housewife avant l’heure, elle qui se rend compte que ses études auraient peut-être dû lui permettre une autre voie que celle qu’elle a prise – mais qui pour la guider pendant ses années d’université. Elle est devenue mère de famille, mère à qui sa fille unique, et bien disons le mot ne « convient » pas, et qu’elle n’aide pas à s’épanouir, ni même à grandir sereinement. Puis, Kat a le contre-exemple, juste à côté, une mère très attachée à son enfant, trop peut-être puisqu’elle l’étouffe littéralement. D’ailleurs, Kat n’est-elle pas devenu la petite amie de Phil parce qu’il était le « boy next door », parce qu’il était aussi seul, si ce n’est plus qu’elle et parce que les rendez-vous étaient assez faciles à fixer ! Le départ de Kat pour l’université change leur relation, ou plutôt lui fait prendre conscience, avec sa psy (autre mère de substitution ?) que leurs relations ont changé depuis déjà bien longtemps.

C’est presque à une quête de la mère que nous assistons, dont le dernier avatar est la nouvelle compagne de son père qui servira, malgré elle, d’élément déclencheur ultime. Kat s’est tout de même interrogée sur sa mère, ses désirs, ce qui aurait pu la pousser à quitter cette petite ville de l’Ohio, si parfaite, si banale, avec ses maisons si proprettes, si identiques les unes aux autres.

Pour conclure, je vous dirai que ce roman est particulièrement marquant, qu’il laisse vraiment des traces au lecteur. La preuve ? Je rédige cet avis, sans notes, alors que j’ai lu ce livre voici trois semaines.