Archive | 1 août 2019

La voix du loup de Xavier-Marie Bonnot

Présentation de l’éditeur :

Le premier de l’an, Romano Valdez, jeune violoniste à l’opéra, est retrouvé mort dans la boue du chantier du parking de l’Hôtel de Ville de Marseille. Décapité. Pour le commandant De Palma, alias le Baron, cet acte odieux va au-delà du simple homicide. Car le mode opératoire de l’assassin de Romano Valdez est exactement le même que celui de Sylvain Moretti, le meurtrier de Laurence Monello, une jeune fille décapitée… 25 ans plus tôt. A cette époque, De Palma avait arrêté un homme, Sylvain Moretti, surnommé « l’éboueur ». Cet homme avait été jugé, condamné à mort et guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes. Une affaire qui aurait fini dans les oubliettes de l’histoire si un livre célèbre n’avait pas innocenté l’éboueur. Moretti, le coupable idéal était alors devenu l’innocent idéal… Pour le Baron, l’enquête sur l’assassinat de Romano Valdez se transforme très vite en un jeu de piste infernal qui débute dans les coulisses de l’opéra pour finir dans le pire de ses souvenirs : une aube amère, un couperet qui tranche la vie de Sylvain Moretti.

Mon avis :

Je commencerai par une phrase très plate : ce roman est à lire pour tout ceux qui sont pour la peine de mort. Pour ma part, je me dis que je suis heureuse de vivre dans un pays où elle a été abolie. Tuer ne résout jamais rien. L’auteur le dit mieux que moi dans ce roman.
Le Baron a été rudement éprouvé quand il a assisté à l’exécution de Sylvain Moretti. Les faits ne nous sont pas épargnés, et c’est avec raison. Je le martèle : rien ne justifie une exécution. L’auteur n’a pas choisi la facilité : oui, Sylvain Moretti était coupable, et c’est une raison de plus pour dire à quel point cette partie du récit est courageuse. Il n’est pas non plus angélique, il montre ceux qui sont pour, ceux qui ne regrettent pas cette exécution, ceux qui disent que si c’était à refaire, ils le referaient – on parle peu, finalement, des assistants du bourreau. Vous l’aurez compris, ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture forte.
Vingt-cinq ans plus tard, le Baron est obligé de se replonger dans cette affaire. Parce qu’un meurtre a été commis, selon le même mode opératoire. Parce qu’il est des personnes qui pensent que Sylvain Moretti était innocent, victime des brutalités policières. Parce qu’un autre tueur aurait rôdé à Marseille à l’époque du meurtre et aurait pu être le véritable meurtrier de Laurence. Oui, cela fait beaucoup, cela fait trop, et de Palma se doit de tout mener de front. De plus, une toute nouvelle policière intègre le groupe, passionnée de musique, comme lui, à fond dans le travail, comme lui, n’hésitant pas à poser les questions qui peuvent fâcher le Baron. Il voit en elle quasiment sa fille spirituelle et lui souhaite de ne surtout pas finir comme lui. Oui, le Baron est sans illusion sur ce qu’il est devenu.
Pas vraiment de moments d’apaisement dans cette enquête. Michel de Palma a beau être amateur d’opéra (et moi aussi), le théâtre en lui-même devient lieu de l’enquête, et si le commandant pensait en connaître beaucoup sur le monde de l’Opéra, il découvre qu’il en ignorait plus encore.
– Ce sont des gens comme les autres ! lui dit sa petite voix.
– Non, ce sont des musiciens. Tu ne comprends rien à rien.
– C’est bête de croire que les hommes et les femmes qui sont dans cette fosse sont incapables de faire le mal !
– Parfois, on a besoin de ce genre de croyance pour embellir la vie.

La musique, et cette fameuse « voix du loup » que je ne connaissais pas, est l’un des fils conducteurs de ce roman, musique qui n’adoucit ni le présent, ni les souvenirs, autour d’un instrument que l’on retrouvera dans l’oeuvre de Xavier-Marie Bonnot : le violon.
Une oeuvre forte, comme les précédentes enquêtes du Baron.