L’éducation inclusive, concrètement, que faire ? de Jacques Joguet.

Mon avis :

Cela s’appelle faire une bourde. J’ai demandé ce livre lors de la précédente masse critique, et je remercie Babelio et les éditions Tom Pousse d’avoir accédé à la demande.
Vous allez me dire : en quoi est-ce une bourde ? C’est tout simple : je croyais que le livre était destiné aux enseignants avant tout, et il l’est aux parents, comme le signifie le quatrième de couverture. Au temps pour moi. Je cherchais avant tout dans ce livre de nouvelles idées à mettre en pratique. Autant vous le dire, je n’ai pas trouvé de nouvelles idées, et j’ai beau me dire qu’il faut que je laisse murir cette lecture, que j’ai fractionnée, je ne pense pas que j’en tirerai quelque chose. Pourquoi ?

Déjà, à plusieurs reprises, les professeurs sont largement et abondamment critiqués (oui, j’utilise une hyperbole). Un exemple parmi d’autres (je tiens à préciser que je ne lis jamais un livre comme le font certains collègues, ne comptez pas sur moi pour mettre des post-it partout, surligner de toutes les couleurs les passages les plus significatifs) : la stigmatisation des « contrôles surprises » (p. 106). Bizarre, bizarre, personne, dans l’établissement où j’exerce, n’en fait. Pour quelles raisons ? Je vous fais la version courte : parce que les contrôles surprises ne servent à rien, si ce n’est à rompre la progression pédagogique mise en place, à ruiner totalement les évaluations prévues et annoncées en début de séquence (pas eu l’impression que l’on parle beaucoup d’elles dans le livre).

De même, en tant qu’ancienne bonne élève, je me suis sentie aussi discriminée – comme certains professeurs l’ont fait dans ma scolarité, n’hésitant pas à me comparer à un « singe » ou disant que je n’étais pas « intéressante ». Les compliments s’oublient, les humiliations, jamais. Je cite la phrase exacte (p. 43) : « les excellentes performances d’un élève dans la maîtrise d’une langue étrangère, en mathématiques ou dans toute autres discipline, n’augurent en rien la qualité de sa réponse face à la détresse d’un de ses proches ». Non, mais en quoi ces « excellentes performances » devraient être le signe qu’iel ne saurait y répondre ? La phrase peut se retourner dans les deux sens. Et là, je tombe à nouveau dans l’écueil qui fait que je parle plus de moi, que du livre.

Il est question aussi des compétences – bon, nous évaluons par compétences depuis de nombreuses années, beaucoup d’établissements n’évaluent plus avec des notes, donc parler du bien-fondé des compétences avec moi, c’est prêcher une convaincue.

Je regrette aussi que la question des ATSEM et des AESH soit évacuée très rapidement, au détour d’une phrase. Et pourtant… Leur rôle est très important et il aurait été intéressent de les présenter.

J’ai été aussi gênée par la comparaison entre la loi sur le handicap de février 2005 et la loi contre la peine de mort (p. 154). Alors oui, l’auteur prend des précautions oratoires pour effectuer cette comparaison, elle n’en est pas moins présente, et n’aide pas vraiment l’inclusion de tous les élèves. Il rappelle que la population était à l’époque majoritairement favorable à la peine de mort. De nos jours, la population est-elle à 60 % favorable à l’exclusion des personnes en situation de handicap ? Pour pousser le bouchon plus loin, une personne « exclue » peut être « incluse » à tout moment, un condamné à mort, c’est un peu plus difficile.

Il est question aussi de formation – et croyez-moi, je suis très « demandeuse » à ce sujet. Il est dit « apparemment, aucune obligation pour le second degré ». certes, mais se former fait partie de nos obligations, et à chaque inspection nous est demandé quelles formations nous avons suivies, et ce qu’elles nous ont apporté (ou pas). Il n’est dit à aucun moment à quel point il est difficile d’obtenir de formation, voire de les inscrire au PAF – et de trouver des formateurs.

Bref, un livre qui ne m’a pas apporté autant que je l’aurai voulu. J’ai eu le choix de rédiger cet avis en tant que professeur, ou en temps que Sharon, la blogueuse. Soyons clair : elles sont une seule et même personne, qui se refuse à être professeur 24 heures sur 24.

 

 

14 réflexions sur “L’éducation inclusive, concrètement, que faire ? de Jacques Joguet.

  1. J’avais vu ce livre lors d’une précédente Masse Critique mais, ayant fait dans ma vie d’avant toute ma carrière dans le monde de la différenciation pédagogique, j’avais respecté la promesse que je me suis faite depuis ma retraite : ne plus côtoyer ce sujet! Du coup, la lecture de cette présentation me laisse dubitative : pourquoi écrire un tel livre alors que les notes de l’éditeur semblaient si intéressantes. Je suis déçue car le combat de l’éducation ( puisqu’on parle des parents) inclusive est un enjeu sociétal qui est terriblement important si on veut faire justement société… 🙁🙁🙁

    • Je te comprends.
      Oui, mais la lecture m’a déçue, parce que j’ai lu un autre livre (véritablement axé sur les enseignants) bien plus intéressants, et côtoyer des collègues qui pratiquent un enseignement inclusif m’a bien plus apporté que cette lecture, qui semble hésiter sur son destinataire – enseignants, parents ? Tout semble reposer sur les épaules du professeur, en début de livre il est un peu question des orthophonistes, des psycho-motriciens, mais si peu ! Il est peu question aussi (voire pas du tout) des parents qui refusent, nient totalement les difficultés de leur enfants. Bref, je vais reprendre le livre lu l’an dernier, qui m’a donné plus de pistes.

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