Archive | juin 2019

Le prince et la grenouille de Gilles Abier

Présentation de l’éditeur :

Le prince s’amuse et la princesse se rebelle !
La sorcière bout de colère : tout le royaume la craint (et s’écarte de son chemin) sauf le prince Prado, qui une fois encore vient de la remettre à sa place (devant tout le monde). Comme elle ne peut pas jeter de sort au fils du roi, la méchante Pignole ruse… et s’en prend à sa fiancée, qu’elle transforme en une grenouille immonde. Prado s’amuse : il aime tant la princesse Eline qu’il bisera la grenouille sans dégoût pour lever le sort ! Ce qu’il ignore, en revanche, c’est qu’Eline se plaît bien sous cette forme et n’a pas prévu de se laisser embrasser…

Merci à Babelio et à Poulpe fictions pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est avec grand plaisir que j’avais été choisie pour la Masse Critique Jeunesse pour ce livre de la collection Mini Poulpe, lancé par l’éditeur Poulpe Fiction. Ai-je besoin de redire à quel point j’apprécie cette maison d’éditions ? Cette nouvelle collection vise un public plus jeune, tout en conservant l’état d’esprit des livres pour les plus grands : bousculer les idées reçues.

Tout avait pourtant bien commencé : le prince et la princesse vont se marier. Pas de chance : une sorcière se montre très agacée par le prince. Se venger sur lui ? Non. Enfin, pas directement. Se venger sur la princesse ? Oui, et la métamorphoser en grenouille illico. Attention, la sorcière Pignole n’est pas une sorcière comme les autres, elle est une sorcière lettrée qui s’exprime avec grâce : « Puisque tu te moques de ce qui est moche, puisque tu hais ce qui est laid, je transforme ta belle Eline en Crapouille, la grenouille.  » J’ai envie de plussoyer : il est important de ne pas juger, de ne pas repousser ce qui ne correspond pas à la norme.

Ce qui n’était pas du tout prévu, c’est que la princesse serait ravie de cette nouvelle vie dans les marais. Elle découvre le bonheur de vivre sans devoir contrôler le moindre de ses gestes, sans craindre le regard des autres, qui pourraient juger/critiquer/rapporter ce qu’elle a fait, voire les trois à la fois. On me dira que c’est peut-être un peu tôt pour aborder ce thème avec de jeunes lecteurs. Je répondrai que les enfants sont de plus en plus tôt en contact avec des images, qui ne correspondent pas forcément à une réalité, et qu’il est intéressant de pouvoir parler avec eux de l’envers des contes de fée.

Croyez-vous que le prince et les siens restent les bras ballants ? Non ! Et là aussi, l’auteur nous montre les contraintes, pas seulement de la vie de cour, mais de la vie d’adultes. Oui, l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Cependant, il faut persévérer si l’on veut vraiment quelque chose. Reste à savoir ce que c’est : vivre avec la princesse, ou vivre avec Eline. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Une jolie histoire qui revisite le thème des contes de fée.

Roma de Mirko Zilahy

Présentation de l’éditeur :

Pluie sur Rome, torrents de boue le long du Tibre. Loin des monuments qui font sa renommée, au milieu d’un terrain vague, la ville dévoile au petit jour un corps atrocement mutilé… Un crime aussi barbare, seul le commissaire Mancini peut l’élucider. Cependant, ce profiler formé aux méthodes de Quantico n’a plus la tête aux assassinats : endeuillé par la mort de sa femme, Mancini a sombré dans l’alcool et supporte de moins en moins le monde extérieur. De plus, il a déjà un dossier en cours : la disparition inquiétante d’un oncologue réputé, celui-là même qui avait tenté en vain de sauver son épouse. Mais bientôt apparaissent d’autres corps suppliciés. Mancini n’a plus le choix. Épaulé par une équipe d’élite basée dans un ancien bunker, le flic brisé se laisse happer par une enquête qui le rapproche inexorablement de ses fantômes.

Mon avis :

J’avais hésité à lire ce livre, parce que j’avais peur qu’il soit trop noir, trop sombre. Je l’ai donc commencé à la bibliothèque, afin de décider si oui ou non je l’emprunterai. J’en ai lu presque le quart, je suis reparti avec le livre sous le bras.

Noir, il l’est, sombre, tragique. Quand un premier cadavre est retrouvé, c’est le commissaire Mancini qui est chargé de l’affaire. Il ne veut pas de cette affaire, il en a une autre plus importante à ses yeux : l’oncologue qui suivait sa femme, qui n’a pas pu sauver sa femme, a disparu. S’il n’a pu sauver Marisa, Mancini n’oublie pas qu’il a fait tout ce qu’il a pu, et surtout, qu’il pourrait encore soigner, soulager, bien d’autres patients. Il ne croit pas à la thèse de la disparition volontaire, avec une maîtresse que la femme de ménage n’a jamais vu, et pour laquelle il n’a fait aucune dépense. Autant dire que le commissaire Mancini veut absolument se concentrer sur ce cas. il est le seul policier à avoir été formé à Quantico ? Et alors ? Pendant son séjour en Virginie, sa femme est morte, il n’a pu revenir à temps, les médecins et elle-même le lui avait assuré. Une deuxième victime est ensuite retrouvée, puis une troisième : cette fois-ci, c’est bien sur la piste d’un tueur en série que les enquêteurs, la juge, et le préfet (surtout le préfet) se lancent.

J’aimerai vous dire que nous sommes face à un tueur en série ordinaire. Et bien non. Nous ne sommes pas en tout cas face à une caricature, le tueur en série parfait, qui n’a aucune émotion, aucun problème financier, et tout son temps, ainsi que des capacités physiques hors-normes, pour tuer. Nous sommes face à monsieur-tout-le-monde, un homme ordinaire, je l’ai dit, que personne ne remarque. Un homme qui cible ses victimes, et qui essaie de faire comprendre pourquoi il tue. Bizarrement, il n’a pas tant besoin que cela de déshumaniser certaines de ses victimes, elles en manquaient, pour certaines, déjà cruellement, et leur manque d’empathie de leur vivant fait bien plus peur que le traitement qu’elles ont subi. Ne me faites pas dire qu’elles l’ont mérité, cela n’a rien à voir. Je dis simplement que l’on risque bien plus de rencontrer, dans la vie (même si, fort heureusement, cela ne m’est jamais arrivé), une personne comme la toute première victime. Quant à la psy (si vous lisez le livre, vous comprendrez à laquelle je fais référence), j’espère sincèrement qu’aucune ne s’est jamais exprimée ainsi face à une patiente en immense souffrance.

Le roman nous plonge dans Rome, mais aussi au coeur de la société italienne et de sa frange réactionnaire. Entre les religieux qui se portent au secours des femmes voulant avorter et sauvent ainsi des vies (sic) et les médecins qui se disent objecteurs de conscience et refusent de pratiquer des avortements, on est mal barré ! Oui, je suis un peu cru, mais les personnages les plus sympathiques de ce récit expriment, fort heureusement, une bien plus grande largeur d’esprit. Société qui, ne l’oublions pas, est aussi celle du spectacle – voir le charmant comportement du non moins charmant préfet, qui tirerait bien la couverture à lui là où d’autres se contentent de bosser, de prendre des risques, de trouver des indices là où certaines ne penseraient pas à chercher. Le point positif est que les enquêteurs ont un passé, qui les caractérise fortement, qui les rend attachant et explique aussi ce qu’ils sont, leurs réactions face à l’enquête – leur lucidité aussi, comme celle de Mancini.

Roma est un premier roman. Cela ne se voit pas.

 

Agatha Raisin enquête, tome 19 : Agatha Raisin and a Spoonful of Poison

Mon résumé :

Mrs Bloxby sollicite Agatha pour aider le vicaire d’un village voisin. Las ! Les confitures vendues lors de la fête supervisée par Agatha ont été empoisonnées. Pas de panique ! Elle et son agence de détective vont mener l’enquête.

Mon avis :

Ce roman est une vaste histoire d’amour. Si, si. En effet, il n’y a pas qu’Agatha qui tombe amoureuse rapidement – et détombe amoureuse tout aussi vite, sauf pour James, bien sûr. James est d’ailleurs quasiment porté disparu – tout est dans le quasiment, parce qu’il réapparaît au moment où on l’avait quasiment oublié. Toni aussi, sa toute jeune détective, a également une vie sentimentale compliquée, entre Bill, dont elle repousse les avances mais qu’elle aime bien, avec qui elle se sent à l’aise, et Harry, qu’elle aime, mais qui vit sur une autre planète et veut la façonner à son image. Agatha et Toni ont en commun d’avoir eu une enfance avec peu d’amour et aussi peu de culture – ne demandez pas à Agatha qui est Raiponse ! A cette occasion, pensée pour Mrs Bloxby, toujours aussi bienveillante, toujours prête à aider ceux qui en ont besoin, surtout s’il faut confirmer à une jeune fille que oui, elle a le droit d’être elle-même, et non celle que d’autres voudraient qu’elle soit.

En tout cas, le fameux village voisin est un joli nid de commères. De toute façon, l’empoisonnement a forcément été causé par quelqu’un d’extérieur au village, il ne faut pas exagérer ! A moins, bien sûr que ce ne soit les deux jeunes femmes qui vivent ensemble qui soient les coupables – ce serait bien pratique. Ou la châtelaine, riche et radine, qui en pince pour Georges, le veuf éploré. Comment voulez-vous enquêter sereinement dans ces conditions, entre deux scènes de ménage de l’éleveur de porc local et de sa femme, qui ne supporte pas qu’il ait servi son thé blanc aux invités, c’est à dire à la jeune Tony et à Harry.

Oui, le roman est drôle, oui, il est amusant non d’être à Carsely, mais dans un petit village moins sympathique qui nous fait regretter la bienveillance de Mrs Bloxby (heureusement toujours prête à soutenir Agatha). Oui, l’intrigue policière est bien construite, et classique – est-ce un tort ? En tout cas, je vais certainement continuer les lectures en VO de cette charmante Agatha, même si la romance prend souvent le pas sur l’intrigue policière.

Une citation, pour clôturer cet avis :

That’s sacrilegious, Mrs Raisin
That’s human, Mrs Bloxby.

 

 

 

Les filles au chocolat, tome 4 : Coeur Coco de Cathy Cassidy

édition Pocket – 246 pages.

Présentation de l’éditeur :

Coco est la plus jeune des sœurs Tanberry, mais elle a déjà un caractère bien à elle. Sa passion : la nature et les animaux. Et elle adore par-dessus tout ses cours d’équitation.
Ainsi, quand son cheval préféré, est vendu, Coco enquête aussitôt sur son nouveau propriétaire. Malheureusement, ce qu’elle apprend ne la rassure pas du tout… Mais, entre sa grande sœur Honey qui est en pleine crise et Summer qui se remet tout juste de son trouble alimentaire, Coco ne peut compter sur le soutien de sa famille. Pourra-t-elle sauver la ponette toute seule ? Ou… avec l’aide d’un nouvel ami ?

Mon avis :

Je n’avais pas lu de volumes de cette série depuis longtemps,et pourtant, je les ai quasiment tous. C’est une question d’occasion,et le challenge Un mot, des titres, en était une.
Coco a tout pour être ma sœur préférée. Elle a beau être jeune, elle s’investit à fond dans la défense des animaux. Elle est la petite dernière, et a donc parfois du mal à être prise au sérieux par ses aînées, qui ont leur propre préoccupation, leurs propres soucis : ce n’est pas parce qu’un volume est consacré à chacune des soeurs que leurs soucis prennent fin une fois que celui-ci est refermé.

« Je n’ai pas envie de faire plus mûre. J’ai envie de rester moi-même » dit-elle à ses amis, et elle a parfaitement raison.

S’investir pour sauver les tigres, les pandas, c’est bien. Il ne faut cependant pas oublier que la maltraitance, elle est le plus souvent très proche de nous. On ne parle jamais réellement des centres équestres, on nous en montre toujours une visite idyllique, « mignonne », avec de gentilles petites filles qui montent de joyeux poneys presque tout roses. On ne montre pas les poneys qui sont revendus parce qu’ils ne conviennent pas, ou plus. On ne montre pas à qui ils sont vendus, et quelles est leur destination finale. Bien sûr, vous vous doutez bien que je mentionnerai ici Négus de Longuemare. issu du même élevage d’Urgente, je le voyais chaque fois que j’allais voir ma grand-mère. Un jour, ses propriétaires ont décidé de le vendre – à la boucherie si nécessaire. C’est ma grand-mère qui l’a racheté.

Ce n’est pas exactement ce qui se passent pour Coconut et l’autre pensionnaire, bien pleine, et ne recevant pas les soins nécessaires. Un centre équestre est avant tout un business, envisager d’en ouvrir un aussi. Sous ses dehors sucrés, cette série nous montre aussi que maltraiter un animal, c’est exercer un pouvoir sur lui, c’est vouloir qu’il se plie à la volonté de son maître. Certains reportent leur frustration sur les animaux, et exercent cette domination, d’autres étendent leur domination sur les animaux et sur les humains. Pessimistes ? Oui. Il est bon de pouvoir en parler, de partager, de dire ce qui est. Même en cas de gros coups durs, la famille de Coco fait de son mieux pour prendre soin des siens, de ceux qui en ont besoin, et c’est déjà beaucoup dans une aire où l’individualisme est érigé en norme.

 

Studio 6 de Liza Marklund

Présentation de l’éditeur :

Annika Bengtzon est chargée de répondre aux appels de la Hot Line de La Presse du soir, quotidien suédois à sensation où elle est stagiaire. Un jour, un anonyme lui livre un scoop : le corps nu d’une jeune fille a été découvert dans un cimetière de Stockholm. Elle a visiblement été étranglée. C’est le meurtre de l’été ! Le rédacteur en chef met Annika sur le coup. La victime s’appelait Josefin, elle n’avait que dix-neuf ans et travaillait au Studio Sex, une boîte de nuit porno. Contre toute attente, son enquête la conduit à un ministre. ​Comment s’est-il retrouvé impliqué dans cette affaire sulfureuse ? Quels secrets cache-t-il ? Pour devenir journaliste, Annika va devoir le découvrir. Mais à quel prix ?

Merci à Netgalley et aux Editions HLab pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce ne fut pas une lecture plaisante, autant vous le dire tout de suite.
Vous me direz « pas de chance ».
Ce fut une lecture poisseuse mais intéressante : j’estime toujours que ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé un livre qu’il n’est pas bon !
Nous sommes en Suède, à la rédaction d’un journal, et permettez-moi de vous dire que ce journal n’est pas très bien organisé : il s’agit de presse à sensation, non d’un journal d’investigation, avec enquête sérieuse à la clef. J’ai presque envie de dire : « regardez un peu cette ligne où n’importe quel individu un peu zinzin peut appeler et dire ce qu’il a envie de dire, avec, parfois, une petite chance que ce soit publié dans le journal. » Où va-t-on ? Droit dans le sensationnalisme et le mur. Je vous rassure : les émissions dites « sérieuses », les concurrents de la presse écrite qu’il s’agit de battre ne sont pas épargnés. La chasse au scoop est leur sport favori, le tout est de se demander quel prix ils sont prêts à payer pour cela, dans tous les sens du terme. Quand aux dites enquêtes « de fond », il faut se demander là aussi quel moyen l’on met pour les faire, et quelle complicité permet de les mener à bien. Dernier élément : les stagiaires. OU la chair fraîche pour alimenter la rédaction à peu de frais. Laissons-les se battre entre eux, au sens figuré, pour obtenir une place, pour placer le bon article. Laissons-les surtout faire ce qu’ils veulent, tant qu’ils publient, et s’ils commettent des erreurs, et bien lavons-nous en les mains. Personne pour les chapeauter, personne pour s’assurer qu’un minimum d’éthique est assuré.
On en oublierait presque qu’un meurtre a été commis. J’ai failli ajouter « un meurtre atroce » mais tous les meurtres, si l’on y réfléchit un peu, sont atroces. Le regard change selon les circonstances – selon aussi la manière dont la victime est présentée. La presse ou le pouvoir de manipuler. La justice, ou l’impossibilité d’enquêter ou de coincer le meurtrier. Oui, à l’heure où les séries télévisées nous gavent d’enquêtes résolues en 52 minutes, il est bon de rappeler que les policiers se retrouvent pieds et poings liés quand ils manquent de preuves et quand le meurtrier a un alibi solide.
A une époque où l’on a encore une forte tendance à montrer certaines victimes comme des coupables, surtout si elles sont des jeunes filles qui ne suivent pas la voie tracée par leurs parents, ce roman montre à quel point il est facile, sur un terme plus ou moins long, d’enfermer une jeune femme dans une prison mentale, de lui faire croire qu’elle ne vaut rien et que seule, elle ne s’en sortira pas. Les extraits du journal intime d’une des victimes sont là pour nous le rappeler, de l’intérieur.
Alors oui, je n’ai pas aimé ce roman, il ne correspond pas à mes goûts. Il parle néanmoins de sujets forts, qu’il est toujours intéressant de voir mis en lumière.

Coeur piment de Cathy Cassidy

Présentation de l’éditeur :

Le dernier tome de la série, dans un mini format !Après avoir passé deux merveilleuses semaines à Tanglewood, avec Honey, Ash a repris son tour du monde. Le voilà maintenant en Europe, direction Paris ! Mais le coeur n’y est plus. Il ne retrouve pas l’excitation de ses premiers mois de voyage : Honey lui manque trop, et sans elle rien n’a plus d’intérêt. Il n’y a que lorsqu’il lui raconte ses visites et ses impressions par mail qu’il se sent heureux. C’est pourquoi la perspective de rentrer bientôt en Australie alors que Honey reste en Angleterre, inquiète Ash… Et si elle finissait par l’oublier ?

Mon avis :

J’ai acheté ce livre cette semaine parce que je voulais compléter ma collection – et j’ai l’impression que ce livre a été écrit un peu aussi pour exploiter le filon que représente Les filles au chocolat. D’ailleurs, parfois, avec tous ses cœurs, on s’y perd.

Ce dernier volume est pimenté, et met en scène Ash, l’amour d’Honey, soeur aînée de la sororie. Il n’est pas un adolescent, il entre dans l’âge adulte et s’interroge sur son avenir, lui qui a pris une année sabbatique pour découvrir le monde avant de commencer ses études universitaires. Ici, après avoir parcouru de nombreux pays, il quitte Madrid pour Paris – oui, la ville des amoureux. Il prendra une grande décision pour son avenir – à moins qu’un coup de pouce du destin ne vienne l’aider à la prendre, cette décision. Vivre un amour à distance est difficile à tout âge, alors à dix-huit ans, c’est très compliqué. Pourtant, il lui faut bien regagner l’Australie. Que faire ?

Je suis un peu restée sur ma faim avec ce volume, très court, très petit format, qui manque d’originalité et parle nettement moins des soucis de société qui ont pu être évoqués dans les précédents volumes. Ce fut une lecture agréable, sans plus.

 

Parmi les cendres de Kate Watterson

Edition 10/18 – 336 pages

Présentation de l’éditeur :

Ellie MacIntosh vient de rejoindre la brigade criminelle de la ville de Milwaukee quand elle est appelée sur une scène de crime. En pleine canicule, un pavillon de banlieue a brûlé. Dans le salon, un corps calciné est exposé sur la table basse. Meurtre rituel ? Les incendies se succèdent et les cadavres carbonisés s’accumulent.
Les crimes auraient-ils un lien avec le meurtre d’un pasteur cinq ans plus tôt ? La police en est convaincue, mais l’enquête s’annonce difficile. Ellie et son nouveau partenaire, l’inspecteur Jason Santiago, devront irrémédiablement mettre leurs différends de côté pour arrêter celui que l’on surnomme « le Rôtisseur »…

Mon avis :

Après l’eau, dans le premier volume (les victimes étaient tuées près d’un lac) et avant la terre dans sa troisième enquête, c’est au feu que se trouve ici confrontée Ellie MacIntosh.  Grand changement pour elle : sa précédente enquête lui a permis d’obtenir un poste à la brigade criminelle de Milwaukee, ce qui ne laisse pas d’engendrer un peu de jalousie. D’autres ne sont pas parvenus aussi vite à ce poste. L’un des meilleurs enquêteurs de la ville Carl Grasso a d’ailleurs été mis au rancard, pardon, transféré à la brigade mondaine à la suite d’une bavure (terme poli, on n’a jamais pu prouver davantage). Ellie se retrouve à faire équipe avec Jason Santiago, un excellent policier, un taux d’élucidation hors du commun, et pourtant personne ne veut faire équipe avec lui. En effet, il a une forte tendance à être brut de décoffrage, à poser sans filtre les questions qui fâchent et à user de grossièretés dans ces propos constamment. Ellie se voit donc confier – en plus – la mission de canaliser cet enquêteur qui frôle toujours la mise à pied. Rude travail ? Oui, et non, parce qu’elle lui découvre une sensibilité qu’elle ne soupçonnait pas, et qui ferait râler/sourire certains lecteurs. Je m’en moque, comme Ellie, j’apprécie.

En effet, l’enquête s’ouvre sur un incendie volontaire. Un cadavre est retrouvé dans le salon. Les propriétaires des lieux ? Non. Le corps, celui d’un inconnu, est aussi celui d’une personne qui a été préalablement assassinée – un cadavre vient rarement trouver refuge de lui-même sur une table basse. Les propriétaires, un jeune couple, ont tout perdu, sauf leur chien : celui-ci s’est sauvé. L’enquête suit son cours, mais le lendemain, Ellie veut prendre des renseignements sur ce chien. Jason la rassure : il a été retrouvé. Elle est d’abord contente qu’il ait pris la peine de prendre des renseignements. Elle est très surprise quand Jason est chaudement remercié pour avoir ramené le chien, passant sa soirée à lui courir après. Sensible et modeste, le garçon.

Pas vraiment le cas du meurtrier, qui accélère le mouvement en tout impunité. Surtout, Carl Grasso fait le lien entre cette série d’incendie et sa dernière enquête, cinq ans plus tôt. Pourquoi faire une pause de cinq ans ? Autre question qu’il faut résoudre – cela fait beaucoup. Surtout, Metzger (ce nom me rappelle un auteur autrichien) le chef de la police, est sur les dents. Il faut un coupable, un suspect, n’importe quoi, et vite ! Le profileur que l’on avait déjà rencontré dans Les proies du lac est lui aussi sollicité à nouveau, et si Ellie ne prend pas tout ce qu’il dit pour argent content, elle sait cependant qu’il peut donner des pistes utiles. Enfin… il donne surtout une piste très dérangeante, d’autant plus qu’elle rejoint l’hypothèse posée par Ellie et Jason.

Ah, la vie privée des enquêteurs ! Elle peut être compliquée – ou simple, c’est selon. Ellie s’est mise en couple avec Bryce, le suspect de son enquête précédente – innocenté, certes, ce qui n’empêcherait pas les policiers de jaser, surtout s’ils venaient à découvrir à quand remonte le début de leur liaison. Le passé de Bryce a aussi fortement tendance à ressurgir sous la forme de Sarah, son ex et brillantissime avocate. Jason, lui, a une vie sentimentale à la fois plus mouvementée et plus simple, puisque sa psy de petite amie le quitte – et il n’a pas envie d’entendre ses raisons psychologisantes. Les deux enquêteurs parviennent cependant assez vite à faire équipe, à donner le meilleur d’eux-mêmes pour parvenir à leur objectif. Pas facile avec le rythme des meurtres qui s’accélère et un meurtrier qui connaît bien le système. Pourquoi ? Là est la question.

Une autrice et des enquêteurs que j’apprécie vraiment beaucoup.

 

Six Quatre d’Hidéo Yokoyama


Edition Liana Levi – 650 pages.

Présentation de l’éditeur :

Une fillette a été enlevée et assassinée à 100 km de Tokyo, en 1989, an 64 du règne de l’empereur Shôwa. Nom de code de l’affaire : Six-quatre. L’inspecteur Mikami faisait partie de l’équipe chargée de la traque mais le ravisseur avait réussi à fuir avec la rançon. Impossible pour lui d’oublier cet échec cuisant, que la récente et mystérieuse disparition de sa propre fille ne fait que rappeler… Presque quatorze ans ont passé, dans le même commissariat, il dirige le service des relations presse. On lui demande d’organiser la couverture médiatique de la visite du grand chef de la Police nationale, destinée à montrer que les recherches continuent. Si les journalistes, en plein bras-de-fer avec les RP, veulent bien se prêter au jeu… Pour organiser la visite, Mikami se rend au domicile du père de la fillette. Ce dernier semble en vouloir à la police. Y aurait-il un loup caché ? Pourquoi les officiers ayant suivi le Six-quatre ont-ils changé de service ou démissionné ? Et que sont ces  » Notes Kôda  » que le chef du personnel semble à tout prix vouloir retrouver ? Soudain, tout s’accélère : un nouvel enlèvement a lieu… Yokoyama promène le lecteur à travers les doutes de Mikami, et brosse un tableau de la société japonaise, de la presse et des enjeux d’une information en temps réel.

Mon avis :

Qu’il est long, le chemin de la bureaucratie japonaise ! J’ai eu l’impression de lire 650 pages où j’ai tourné en rond. Après trois faux départs successifs, je souhaitais vraiment que cette lecture-ci soit la bonne.
Guerre des polices ? Guerre des services. Au point que la communication entre l’inspecteur Mikami, chargé des relations avec la presse, et les autres services, est purement et simplement impossible. Ce n’est pas qu’on ne lui parle pas, on lui dit simplement qu’on refuse de lui répondre !!! Vous aussi, vous avez l’impression que l’on marche sur la tête ?
Les problèmes de communication sont vraiment au coeur de cette intrigue. Mikami, qui considère les RP comme un placard avant de réintégrer un service plus prestigieux (à se demander comment les mutations sont effectuées au Japon mais vu les longueurs de ce roman, je n’ai même pas envie d’en lire plus), se refuse à démissionner de la police parce qu’il compte sur les siens pour l’aider à retrouver sa fille unique Ayumi. Trois mois déjà qu’elle a quitté la maison, pour ne plus causer de tort à ses parents, dit-elle. Elle souffre de dysmorphophobie, elle ne supporte pas son apparence physique qu’elle tient de son père – sa mère, tous s’accordent à le dire, est d’une grande beauté. Mikami n’a pas su écouter sa fille, le psychologue qui a été consulté n’a pas mesuré non plus l’étendu de son désarroi. A cette absence de communication avec sa fille (et à certaines remarques insidieuses de ses chefs, qui qualifient de « précieuse » cette enfant qui lui ressemblait tant) se joint l’absence de communication avec sa femme, policière qui a démissionné après leur mariage. Mikami a prêté des intentions à sa femme qui n’était peut-être pas les siennes – et la fin du roman apportera quelques éclaircissements entre eux.
On en oublie presque que, quatorze ans plus tôt, une petite fille a été enlevée et assassinée. L’enquête aurait été menée de manière très différente en France et les conséquences individuelles auraient été différentes – beaucoup d’enquêteurs ont vu leur vie, leur carrière irrémédiablement gâchées pour des raisons que Mikami découvre au cours du récit.
Soyons clair : j’aime beaucoup les romans de Keigo Higashino, et je pense sincèrement que, si vous voulez découvrir les romans policiers japonais, il vaut mieux commencer par ceux-là. Pour un roman dans lequel la communication est impossible, c’est fou le nombre de pages consacrés à un verbiage alambiqué. Oui, il est sans doute important de montrer le pouvoir de la presse au Japon, le fait même qu’il existe une division policière chargée expressément des relations avec elle, et ses exigences que je trouve, pour ma part, totalement exorbitantes, de même que sa capacité à s’énerver extrêmement vite, voir à injurier les policiers, les molester, presque, comme si eux aussi oubliaient les véritables enjeux des enquêtes. *
Les cent dernières pages sont les plus intéressantes parce qu’enfin, on voit se dessiner les raisons de certains silences – et les conséquences aussi. Cependant, tout ce par quoi le lecteur a dû passer fait que l’intérêt final est tout de même émoussé.

Les DIY de Maélie de Marilou Addison

Présentation de l’éditeur :

Bon, salut tout le monde! Super contente de voir que vous avez été plusieurs à réagir à ma demande et à m’envoyer des questions. Étant donné que vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre, je crois qu’il était temps que je fasse une foire aux questions, plus connue sous le nom de FAQ! En fait, il y a une raison bien particulière pour laquelle j’ai eu envie de faire cette FAQ. C’est que… je dois vous avouer quelque chose. Premièrement, ce n’est pas la première chaîne You Tube que je démarre. Mais j’ai dû fermer l’autre parce que j’ai subi beaucoup d’intimidation, à mon ancienne école.Je sais que je ne suis pas la seule à en vivre, et c’est pour éviter que ça vous arrive que j’en parle aujourd’hui. Je crois que l’important, c’est de jamais baisser les bras. Et de pas avoir honte.

Merci à Netgalley et aux éditions Boomerang pour ce partenariat.

Mon avis :

Attention, attention ! Ne vous fiez pas à un visuel coloré et chatoyant : le sujet du livre est plus profond, plus complexe qu’il n’y paraît. Comme quoi, la littérature jeunesse peut vraiment aborder toutes les thématiques.
Maélie est une adolescente comme les autres. Ou presque. Elle se fait des amies – ou pas – elle fréquente des parties – ou pas – elle vit son premier amour – ou presque. Oui, la vie de Maélie n’est pas si simple, puisqu’elle vit chez Sam et a dû effectuer sa rentrée dans un nouvel établissement. Pourquoi ? Les raisons ne sont pas simples. L’on découvre qu’elle a été victime de cyberharcèlement, et qu’elle a donc choisi de clôturer tous ses comptes. Elle a du mal à s’en remettre, forcément, d’autant plus qu’elle ne s’est pas confiée à ce sujet, et qu’il suffirait d’un rien, comme de rouvrir une chaîne youtube, un compte FB pour que cela recommence. Sa chance ? Croiser la route de Paméla, qui n’est pas du genre à se laisser faire ou à garder les choses pour elle. N’oublions jamais : la première chose à faire pour lutter contre le harcèlement, c’est d’en parler. Spécial dédicace aux professeurs qui pensent encore qu’en parler, c’est rapporter, et ce n’est « pas bien ». Non, ils ne sont pas dans le livre, ils sont dans la vraie vie, et je suis heureuse de ne pas travailler avec ce genre de collègues.
Maélie, en plus, a une vie familiale compliquée. Elle a été adoptée, ses parents ne le lui ont pas caché, non plus que l’identité de sa mère biologique, décédée dans un accident de voiture quand elle avait deux ans. En revanche, ils n’ont jamais été très présents pour elle, peu de tendresse, peu de communication, aucun manque de confort matériel, néanmoins. Maélie en souffre, oui, et n’ose pas leur dire puisqu’ils pensent tout faire pour le mieux. Elle souffre aussi de revenir dans la région natale de sa mère, entourée de personnes qui en savent bien plus long sur Lili qu’elle-même n’en a jamais su, entre rumeur et vérité. il n’est pas facile pour elle de se frayer un chemin au milieu de personne qui ont l’impression de la connaître, tant elle leur rappelle Lili, sa mère. Lili qui étouffait dans le carcan familial, Lili qui voulait simplement être libre, à une époque où être fille mère n’était pas simple. Quoi qu’on puisse dire sur elle, elle reste pour moi éminemment sympathique.
Une belle découverte québécoise.

Les carats de l’Opéra – Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma par Jacques Saussey

Présentation de l’éditeur :

Les diamants sont éternels, les hommes un peu moins…
Surtout, lorsqu’un lot de la pierre précieuse d’une valeur de 85 millions d’euros disparaît.
Burma va plonger dans les entrailles de Paris et dans le milieu de la haute joaillerie : deux univers totalement opposés, mais comme chacun sait :
…tous les chemins mènent à Rome.

Merci à Netgalley et à French Pulp Éditions pour ce partenariat.

Mon avis :

Je suis une grande fan de Nestor Burma, j’ai lu toutes les enquêtes de ce privé français, ancien anarchiste ayant gardé toute sa sympathie pour ce mouvement et proche de ceux qui ont peu ou pas grand chose. J’ai su que de nouvelles enquêtes avaient été écrites, chacune par des auteurs différents, et c’est la première fois que je franchis le pas, découvrant un détective rajeuni, ancré dans son temps, mais toujours prêt à défendre ceux qui sont les laissés-pour-compte de la société, toujours prêt à admirer ceux qui sont restés fidèles à leurs idéaux – lui reconnait ne pas l’avoir été – et à aller jusqu’au bout de ses enquêtes – il doit bien cela à ceux qui sont morts.
Je ne veux pas trop spoiler, pourtant, j’ai aimé qu’une des traditions soit respectée : celle qui fait que Nestor, à un moment du récit, se retrouve dans les vapes pour cause de contact entre son crâne et une surface suffisamment dure pour lui faire perdre conscience. Là, je me suis dit « ouf » – enfin, sauf pour Nestor, qui, comme tout détective privé qui se respecte, paie largement de sa personne dans cet opus.
Ce qui est fascinant, dans ce roman, c’est que l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté. Celle-ci ne libère pas, mais Verlaine, le clochard que Burma a connu dans une vie antérieure, a eu une vie plus sereine que ceux qui, au-dessus d’eux, brasse des centaines de milliers d’euros, presque sans y penser. Pour des raisons bien différentes, SDF ou diamantaires ne goûtent jamais une pleine quiétude : on vient si vite vous déranger quand l’on dort dans la rue ou dans les tunnels presque désaffectés du métro ; on vient si vite vous cambrioler quand vous détenez des diamants chez vous.
Burma bourlingue dans Paris, sous Paris, dans les méandres du métro, et ne se départit jamais de son humour. fait-il équipe avec la commissaire Faroux ? On peut presque dire que oui, même s’il n’est pas tenu de respecter les mêmes règles qu’elle. Ses deux auxiliaires, Kadiatour et Manour, sont en tout cas très précieux et très prévoyants – importants quand on travaille avec quelqu’un comme Burma.
Un roman policier comme je les aime, que j’ai lu sur ma liseuse en deux jours. Une première découverte de la plume de Jacques Saussey, un auteur dont j’avais souvent entendu parler, et jamais lu jusqu’à ce jour.