Archive | 23 juin 2019

D’Elizabeth à Teresa de Marian Izaguirre

Présentation de l’éditeur :

La mystérieuse Teresa Mendieta, gérante d’un hôtel situé sur la Costa Brava, a disparu sans laisser de traces. Philippe, son ancien maître d’escrime, tente désespérément de la retrouver et interroge ses proches, tissant au fil des témoignages le portrait d’une femme complexe.
Sa disparition pourrait-elle être liée au passé de l’hôtel et de ses premiers habitants ? Car Teresa a précieusement gardé un journal intime rédigé sous forme de lettres, celui d’Elizabeth Babel, une jeune anglaise muette et isolée, qui habita dans le même lieu cent ans plus tôt. Malgré le siècle qui les sépare, plusieurs secrets et expériences communes semblent étrangement unir les deux femmes…
Véritable hommage au pouvoir de l’écriture et de la transmission, D’Elizabeth à Teresa entremêle les destinées de deux personnages féminins inoubliables.

Merci à Netgalley et aux éditions Les escalles pour ce partenariat.

Mon avis :

Je serai presque rapide, je n’ai pas aimé ce livre parce que je n’ai pas aimé le destin de ses deux héroïnes. Simple et efficace manière d’écrire un avis. Je reconnais aussi que, si j’ai lu ce roman en deux sessions, il faut vraiment rester toujours concentré tant il est parfois difficile de savoir qui parle, ou à quelle époque nous nous situons. Et je ne parle même pas de la durée de l’action, qu’il est parfois difficile d’évaluer.

Prenons par exemple Elizabeth – la première par ordre chronologique, la seconde par sa place dans le récit. Elle est sourde, et à cette époque, la surdi-mutité n’était pas accompagnée, mais alors pas du tout de la même manière. Pourtant, l’on pressent que la vie d’Elizabeth aurait pu être différente, si elle avait intégrée la bonne école plus tôt, si elle avait appris la langue des signes – ou plutôt, si on lui avait fait intégrer cette école, si on lui avait fait apprendre cette langue. A la mort de son père, sa mère se remarie, et si son beau-père prend soin d’elle, dans cette famille recomposée (mot qui n’était pas employé à l’époque, il était cependant coutumier de voir des veufs, des veuves se remarier rapidement pour la sécurité de leurs enfants), elle se retrouve assez vite isolée, écrivant pour se faire comprendre, s’écrivant à elle-même pour conserver des faits marquants de sa vie. Elle ne s’invente même pas une amie imaginaire, amie qu’elle n’a jamais eu, sauf peut-être Gertrude, la fille de son beau-père, pendant un temps assez bref. L’attitude des autres, à cause de sa surdité, est révoltante. J’ai envie de dire : « point », parce qu’elle-même laisse passer les occasions de se révolter, d’écrire ce qu’elle pense. A travers elle, nous voyons, de loin, de très loin, la première guerre mondiale, puis la guerre d’Espagne, et à force de mettre de la distance avec les gens, avec le monde, je me suis aussi sentie d’être distante avec elle.

Pour Teresa, je serai presque tentée de dire : « même combat ». Teresa est « mystérieuse », nous dit le quatrième de couverture. Pas tant que cela. Son destin, après le premier tiers du livre, est reconstitué par son maître d’armes français. Au passage, je tiens à dire que je ne connais pas la ville de Perpignan, je n’y suis jamais allée, mais la vision qui est donnée de cette ville est pour le moins pessimiste. Pour revenir à Teresa, elle cache des choses, oui, mais sa « vie » sentimentale, sans attache, n’est pas un mystère, presque pas du moins, elle qui traverse la frontière pour retrouver son amant, marié. Enfant, elle a grandi auprès d’une mère qui ne pensait qu’à elle-même, négligeant sa fille, mais refusant que son père s’en occupe. Aurait-il fait mieux ? Disons qu’il aurait fait différemment. Teresa, en tout cas, sera stigmatisée du simple fait qu’elle est la fille de sa mère.

Je pourrai disserter, presque sans fin, pour savoir si Teresa et Elizabeth sont vraiment connectées. Est-ce vraiment utile de l’affirmer ? Ce qui est sûr est que Teresa, seule, sans mère pour sa soutenir, avec des proches que j’ai parfois trouvés franchement indiscrets (bienvenue dans l’obscurantisme), sans amis, met ses pas dans ceux d’Elizabeth, la seule personne qui lui parle, même si c’est à des décennies de distance.

A vous de voir si vous souhaitez vous laisser tenter.

Louisiana de Kate Di Camillo

Présentation de l’éditeur :

Louisiana vit seule depuis toujours avec sa grand-mère dans une grande précarité. Mais la vieille dame a le talent de transformer le réel en épopée ou en conte de fée. En pleine nuit, elle entraîne sa petite fille dans un voyage sans retour. Louisiana n’a pas le temps de dire au revoir à ses amies ni à son chat Archie. Sa grand-mère veut atteindre la Georgie au plus vite pour briser le mauvais sort qui pèse sur toute la famille. La fillette devra faire face à la folie grandissante de la vieille dame ; au risque d’en apprendre davantage sur son passé…

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est un court moment de la vie de Louisiana. C’est elle qui nous raconte son histoire, histoire qu’elle subit, comme on oublie trop souvent que les enfants les subissent. On nous montre très souvent des enfants débrouillards, qui vivent des aventures extraordinaires, avec des parents équilibrés qui tentent de les canaliser. On nous montre rarement des enfants ballotés par des adultes instables. Louisiana est orpheline, ce qui est déjà douloureux. Elevée par une grand-mère extrêmement pauvre, elle doit tout abandonner du jour au lendemain, maison, école, amies, animaux de compagnie, pour lever une malédiction familiale.

Cela pourrait être une grande épopée. C’est surtout une fuite en avant, un road trip avec pas un sou en poche, pas même de quoi se payer un casse-croute. Autant vous dire que je ne vous parle même pas de de l’essence dans la voiture, ou de la chambre d’hôtel pour la nuit. Louisiana a beau être avec sa grand-mère, elle est profondément seule, et suffisamment âgée, mature pour comprendre la différence entre la débrouillardise et le fait d’embobiner les gens – le tout est d’y parvenir, puis de partir, avant qu’ils se rendent compte de quoi que ce soit. Les ennuis dentaires de la grand-mère vont modifier le cours des choses.

Oui, Louisiana va faire de belles rencontres, avec des personnes à la fois fantaisistes et réalistes. On peut cuisiner de superbes gâteaux pour la tombola annuelle et prendre soin des siens. Bien sûr, parfois, Louisiana n’a pas le réconfort ou la solution qu’elle aimerait, comme avec le pasteur – il est cependant bien plus bienveillant que certaines femmes du coin.

Louisiana – le personnage. Louisiana – le roman d’une immense précarité dans une Amérique quasiment intemporelle, où l’on peut fuir sans laisser d’adresse, traverse un état puis un autre, ne pas laisser de trace, enfin – oui, c’est possible de tendre à l’invisibilité – même si je n’ai pas l’impression que cette histoire prend place à l’heure du numérique. Parfois, on peut se demander comment certains « faits » ont pu être possible. L’important est que l’auteur parvienne à nous les faire croire. Puis, ils n’ont été possible que parce que Louisiana était encore suffisamment jeune pour ne pas être à même de creuser certains faits. Il a été bon que sa route croise celles de certains adultes, capables de la rassurer, et de remettre les faits en perspective.

Tranche de vie, oui, et preuve que de la Floride à la Georgie, il n’y a parfois qu’un pas.