Archive | 28 mai 2019

Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles

Présentation de l’éditeur :

Salomé entre en 6e, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quel personne célèbre va choisir Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Je pourrai presque vous faire une chronique lapidaire, qui tiendrait en quelques mots : bon roman de littérature jeunesse qui aborde la question de la place des femmes dans la société. je tâcherai de faire plus long.
Le roman d’entrée en 6e est un exercice de style, quasiment. Il peut être réussi, ou pas, selon que la personne connaît bien le milieu scolaire ou selon qu’elle verse dans la caricature. Heureusement, c’est la première option qui est la bonne ! Salomé découvre son nouvel univers, entre un frère aîné qui n’a pas du tout apprécié cet environnement – comme je le comprends – et des parents, une cousine un peu plus rassurants. Je note tout de même qu’un fait reste, comme à mon époque : les enfants n’aiment pas que leurs parents prennent rendez-vous avec leurs professeurs.
Oui, il n’est pas facile de trouver sa place dans un nouvel environnement scolaire. Il est encore moins facile d’être soi à un âge où certains veulent surtout passer inaperçu, se fondre dans le moule pour ressembler au plus grand nombre. Il est même des livres de littérature jeunesse pour encourager des adolescentes à ne pas s’affirmer : ce n’est pas le cas ici. Salomé a la chance d’avoir des parents (et une cousine) qui l’encouragent à s’affirmer, non à être une autre, mais à être réellement elle – vrai défi. Hier comme aujourd’hui, il n’est pourtant pas facile de se faire traiter d’intello, et de résister à la tentation de moins travailler, de faire baisser ses notes afin de passer plus inaperçu. Il ne l’est pas non plus de démonter le mécanisme qui fonde la mise à l ‘écart du prétendu « intello », ce qui est fait avec brio.
Au coeur de l’intrigue, trouver un nom pour le collège – et de montrer ainsi que les collèges, comme les rues, portent le plus souvent le nom d’homme. Ce n’est pas qu’il n’existe pas de femmes remarquables, c’est qu’elles ne sont pas suffisamment valorisées – dont acte.
Un regret : la brièveté du roman. J’attends la suite avec impatience.

 

Adieu Oran d’Ahmed Tiab

Edition l’aube noire – 248 pages.

Présentation de l’éditeur :

« Ils se tenaient, terrés en silence au fond de la remise qui ­sentait le gasoil et le cambouis. Ils se serraient les uns contre les autres, partageant la peur, les yeux grands ouverts dans ­l’obscurité. Le vieux venait juste de passer avec sa longue tige de bambou. Il avait fouetté l’air, écorchant au passage quelques cuisses décharnées, frôlé des épaules hâves et éraflé des joues creuses. Il ne fallait pas pleurer. »
Ambiance glaçante sous le soleil algérien. Disparitions d’enfants, cadavres parmi les membres de la communauté chinoise installée à Oran… Il se passe des choses étranges dans les bidonvilles qui entourent la ville, sans parler du traitement inhumain réservé aux migrants et du système de plus en plus corrompu et étouffant. Le commissaire Fadil ne peut pas reculer, il le doit à ces enfants que le monde a choisi d’oublier.

Mon avis :

Le commissaire Fadil et moi, c’est une rencontre qui a failli ne jamais se faire : j’ai commencé le premier tome, et je l’ai reposé. Ce n’était pas le bon moment. Depuis, j’ai lu tous les romans le mettant en scène jusqu’à ce jour.
Nous suivons deux trajectoires dans ce roman, comme dans chaque roman d’Ahmed Tiab. Kemal Fadil s’en fait pour sa fiancée, qui a décidé d’aider les migrants en allant les soigner – oui, l’accueil des migrants, la place que l’on veut bien leur faire est aussi un souci de l’autre côté de la Méditerranée. Oui, Fadil tremble pour elle, parce qu’il sait que les rues ne sont pas sûres, que certains quartiers sont bien excentrés, et que la vie d’un migrant, encore plus d’une migrante, ne vaut pas grand chose, pour ne pas dire rien.
Et justement, des immigrés sont retrouvés morts. Pardon, ce ne sont pas des immigrés, ce sont des expatriés, et cela fait toute la différence. Ces travailleurs chinois méritent toute la considération des autorités, au point qu’ils ne laissent pas le soin aux médecins de faire l’autopsie et aux policiers algériens de mener l’enquête. Bref, rien ne va, d’ailleurs, rien ne va vraiment dans ce pays, où la révolte gronde, où les différences ne sont pas acceptées, où les enfants sont trop souvent laissés pour compte. Pas les enfants des villes – encore que, qui sait vraiment ce qui se passe dans les méandres d’Oran – mais les enfants nés dans les petits villages, issus d’une famille très nombreuse, avec un père débordé et une mère épuisée, chassée, partie avec un autre ou morte. Il est facile de faire miroiter aux parents un avenir meilleur pour leurs enfants, ou juste un peu d’argent pour que leurs enfants leur soient confiés.
Pas de répit, pas de pitié dans cette enquête, dans laquelle Fadil doit jouer serré et risque de perdre gros. D’ailleurs, gagnera-t-il vraiment ? A vous de le lire.