Archive | 19 mai 2019

Satan dans le désert de Boston Teran

Présentation de l’éditeur :

1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.

Mon avis :

Ce qui est bien quand on est blogueuse, c’est que l’on n’est pas obligé de se lancer dans une analyse littéraire complète. Ce que j’essaie d’éviter en écrivant cet article, ce sont les clichés, les phrases toutes prêtes, et ce n’est pas gagné.

Tout d’abord, ne lisez pas ce livre avant d’aller dormir, sinon, vous aurez peut-être droit, comme moi, à des réveils en sursaut et autres cauchemars.

Bienvenue aux Etats-Unis, avec sa liberté de croyance. Oui, le titre nous oriente déjà en ce sens. Libre de croire ce que l’on veut, de créer la secte que l’on veut, même avec un degré extrême de cruauté et de violence, voilà la liberté américaine. Pourtant, cette réalité, presque lointaine géographiquement, les habitants de ce coin de Californie la devinent à peine, elle est très loin de leur pensée, mais pas forcément très loin de certains habitants qui connaissent Cyrus, qui le connaissent même très bien. Trop bien.

Deux meurtres ont eu lieu – sans oublier le chien et le cheval, massacrés eux aussi, ce qui en dit long sur les tueurs. Gabi, fille et belle-fille des victimes, est portée disparue, enlevée par le tueur. La police ne trouve rien, et la police, le flic local, c’est son père, Bob. Il est croyant, très croyant, très chrétien – sauf que, pour tenter de sauver sa fille, il devra se plonger dans un monde qui n’est pas le sien. Des coups de fils, des lettres bizarres, il en a reçu, cependant il a retenu celle de Case ex-junkie, ex-membre de la secte. La phrase attendue est « elle tente de se reconstruire », elle est follement optimiste par rapport à ce à quoi Case a été réduite. Plus qu’une reconstruction, une reconstitution, une tentative pour redevenir un être humain.

Le cinéma américain raffole de ces personnages de père dont la fille unique a été kidnappée et qui se lance à sa poursuite, dégommant tout le monde sur son passage. Des machines de guerre aussi déshumanisées que leurs adversaires. Bob est un être humain, qui a des sentiments, qui réfléchit, qui souffre de ce qu’il découvre, de ce qu’il soupçonne, de ce que Case lui confie. Elle sait, lui cherche et doit se rendre à l’évidence, au point de penser, parfois, que la mort serait mieux pour sa fille que la vie. Pour sa fille, entendons nous bien, il ne s’agit pas d’un père qui baisse les bras et abandonne les recherches, hors de questions : seulement, la vie est parfois pire que la mort. Constat que certains récuseront, forcément. Boston Teran ose exprimer des pensées que certains jugeraient inconcevables, justement.

– Ne joue pas les malignes avec moi, petite camée !
– Et pourquoi pas ? Il faut bien qu’un de nous fasse preuve d’intelligence.

La religion est vraiment, avec la violence, la thématique la plus importante de ce roman. Parce que certains paient pour ce qu’ils ont fait, des années plus. Parce que d’autres pensent qu’ils n’ont pas de compte à rendre face aux hommes.

Je n’ai pas envie de vous dire « âme sensible, s’abstenir », parce que je connais des personnes très sensibles qui ne supportent pas les romans de Julia Chapman. Je vous dirai simplement que, si vous voulez découvrir un roman noir, violent, mais réussi, ce livre vous tend ses pages.