L’aiguille dans la botte de foin d’Ernesto Mallo

édition Rivage/Noir – 255 pages

Présentation de l’éditeur :

« Perro » (le chien) Lascano est officier de police à Buenos Aires. C’est un policier intègre, position difficile à tenir dans l’Argentine de la dictature. Profondément affecté par la mort de sa femme, il se réfugie dans le travail. Un matin, il est envoyé près du Riachuelo, où trois cadavres ont été signalés : un jeune homme et une jeune femme dont les crânes ont explosé sous l’impact des balles, marque caractéristique des méthodes « d’exécution » des militaires. L’autre corps présente un aspect sensiblement différent ; il s’agit d’un homme bedonnant, d’âge mûr, dont la tête est intacte. Une tache de sang dessine une fleur sur sa chemise. Comme le dit Fuseli, le médecin légiste, « les morts parlent à ceux qui savent les écouter ». Lascano va s’efforcer de faire parler ce troisième cadavre, mais ce ne sera pas chose facile dans un pays où des hommes aigris et dangereux comme le major Giribaldi font régner la terreur. L’aiguille dans la botte de foin met en scène un policier atypique dans ce premier volume d’une future série.

Mon avis :

Premier tome d’une série mettant en scène Perro Lascano, policier argentin. Dis ainsi, cela paraît épouvantablement simple : « tiens, un polar argentin !  » Sauf que je connaissais Ernesto Mallo pour avoir préfacé « Buenos aires noir », un recueil de nouvelles qui donne une vision très sombre de l’Argentine. Quand je lis ce roman, je me dis que l’auteur, en préfaçant ce recueil, est resté fidèle à sa ligne de conduite – ou d’écriture, comme vous voudrez.

Nous sommes en 1979, et les choses sont en train de bouger. Non, elles ne bougent pas timidement, l’on est plutôt en pleine guérilla (c’est du moins ce que disent les autorités pas du tout corrompues, n’est-ce pas ?), arrestation et exécution arbitraire se succèdent, et l’on sait, l’on se tait. Ainsi, quand deux jeunes adultes sont retrouvés, le crâne explosé, Lascano sait bien qu’enquêter est inutile puisque c’est l’armée qui est derrière leur mort. Par contre, le troisième corps ne correspond pas à ce mode d’exécution donc il devrait y avoir une enquête en bonne et due forme. Devrait, parce que cela n’intéresse personne, sauf Lascano et Fuseli, deux hommes intègres dans un système judiciaire qui ne l’est pas vraiment. Deux hommes qui n’ont rien ou plus rien à perdre. Ce n’est pas que, selon la formule consacrée, Lascano peine à se remettre de la mort de sa femme, non, c’est qu’il vit complètement avec sa femme, morte, son souvenir, son fantôme, tout ce que vous voudrez, jusqu’à ce qu’il fasse une rencontre qui l’entraîne toujours plus loin dans la voie de l’intégrité, même si cela semble incroyable, dans cette Argentine des années 70 finissantes.

Est-ce un trait caractéristique de la littérature argentine ou un fait de traduction ? Les dialogues nous sont livrés de manière compacte, sans guillemets, sans tirets, sans que l’on sache vraiment quand l’on change d’interlocuteurs, ce qui demande une vraie gymnastique intellectuelle pour les suivre de bout en bout.

Lascano d’un côté, major Giribaldi de l’autre – un homme prêt à tout, sûr de ses choix, âpre aux gains et à la répression, n’ayant guère qu’un seul moyen pour parvenir à ses fins. Son seul point faible, celui sur lequel il ne peut pas utiliser ses méthodes préférées, c’est sa femme, qu’il ne comprend pas. Grâce à elle, la religion entre dans ce roman, la religion, les prêtres, et les accommodements qui permettent de laisser faire, laisser tuer en toute impunité : un bel exercice de casuistique.

 

 

10 réflexions sur “L’aiguille dans la botte de foin d’Ernesto Mallo

  1. Oui, pour les dialogues, j’avais eu très très dur !!! Je pense que ça vient de l’édition originale et dernièrement, j’ai eu souvent des romans où les tirets cadratins et les guillemets étaient aux abonnés absents.

    Parfois ça passe et parfois, ça passe pas. Oui, je sais, ça fait très bête ma phrase !!! 😆

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