Archive | 28 avril 2019

Le portrait brisé d’Alice Quinn

Présentation de l’éditeur :

En cette année 1888, la brillante ville de Cannes est secouée par un scandale immobilier qui entraîne la faillite de nombreux notables. En cette période tourmentée, la jeune courtisane Lola tente de faire son entrée dans le monde tandis que sa gouvernante, Miss Fletcher, lutte contre l’amour qu’elle éprouve pour elle. Le célèbre écrivain, Guy de Maupassant, traverse une phase difficile : son jeune frère, Hervé, semble sombrer peu à peu dans la folie. C’est alors que survient un drame : la jeune orpheline protégée de Lola, Anna, disparaît tandis que l’homme qui tentait de la séduire, le banquier Henri Cousin, est retrouvé assassiné. Lorsqu’elle refait surface, elle est accusée du meurtre et emprisonnée. Lola, Miss Fletcher et Maupassant se lancent dans une course contre la montre qui les mènera jusqu’au terrifiant asile d’aliénés de l’île de Lérins. Parviendront-ils à sauver Anna de la guillotine ? Qui est la mystérieuse femme au portrait brisé ?

Merci à Netgalley et à Alice Quinn pour leur confiance.

Mon avis :

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Miss Gabriella Fletcher et Lola. Quatre ans ont passé, Anna, leur protégée, grandit, et les deux femmes cherchent à garder stable leur situation financière. Ce n’est pas facile, parce que la crise financière est là, oui, même au cours de ce XIXe siècle finissant, l’on n’était pas à l’abri d’un placement bancaire douteux. Aussi, trouver un protecteur sérieux est difficile, même si les deux jeunes femmes ont su conserver l’amitié de Guy de Maupassant. Lui-même ne va pas très fort, puisqu’il est obligé de prendre en charge son frère Hervé, qui sombre peu à peu dans la folie.
Oui, si la médecine psychiatrique est en danger en France actuellement, à cause d’un manque cruel de moyen, je vous laisse imaginer quelle était la situation en 1888, pour cette branche naissante de la médecine. Pour quelqu’un qui souffrait vraiment, comme Hervé de Maupassant, et d’autres encore que nous croiserons dans ce roman, combien de femmes se sont retrouvées internées parce que leur comportement dérangeait leur famille, leur mari, la bonne société ? Beaucoup. Je citerai Sophie de Bavière, soeur cadette de l’impératrice Sissi.
Ce n’est pas tant un détour que j’ai emprunté qu’un retour vers l’intrigue : Lady Sarah, celle à cause de qui Gabriella a voulu mettre fin à ses jours, revient dans sa vie et lui demande son aide, en tant que détective. Lola a pourtant fort à faire avec Anna, qui grandit, et qui découvre des faits que les deux femmes auraient voulu qu’elle découvre autrement. Préserver Anna, c’était aussi tenter de lui assurer un avenir plus conforme à la norme. Tenter, parce qu’Anna, qui ne sait plus vraiment vers qui se tourner, se retrouve accusée du meurtre d’un banquier.  la préserver ne suffit plus, il faut maintenant la sauver.
La grande force de ce roman historique est que j’ai vraiment eu l’impression d’être plongée dans le Cannes des années 1880, et pour parvenir à un tel effet de réalisme, il faut à la fois s’être beaucoup documenté et avoir suffisamment intégré sa documentation pour qu’elle ne se voit plus. Puis, l’intrigue policière n’est pas négligée au profit de la reconstitution historique. Plus nous progressons dans le récit, plus les événements s’enchaînent avec rapidité, pour tendre vers le dénouement. Il ne faut pas oublier que Gabriella et Lola ont beau être norme, elles vivent dans une société dans laquelle rien ne doit dépasser, tous les moyens sont bons pour préserver les apparences.
Si ce premier tome peut être lu indépendamment du premier, il apporte cependant des réponses à des questions laissés en suspens dans le tome 1 : de quoi plaire à la fois au lecteur qui découvrirait la série, et à ceux qui suivent les aventures de Miss Fletcher.
Un roman policier historique hautement recommandable.