Archive | 23 avril 2019

Les fils de la poussière par Arnaldur Indriðason

Présentation de l’oeuvre :

Paru en 1997, Les Fils de la poussière, premier roman d’Arnaldur Indridason, a ouvert la voie au polar islandais en permettant à ce genre littéraire d’accéder enfin à la reconnaissance et d’acquérir ses lettres de noblesse en Islande.
Le récit s’ouvre sur le suicide de Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík. Au même moment, un vieil enseignant, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans un incendie. Le frère de Daniel essaie de découvrir ce qui liait ces deux hommes et comprend graduellement que, dans les années 60, certains enfants ont servi de cobayes dans le cadre d’essais pharmaceutiques et génétiques qui ont déraillé…
L’enquête est menée parallèlement par le frère de Daniel et par une équipe de policiers parmi lesquels apparaît un certain Erlendur, accompagné du jeune Sigurdur Oli et d’Elinborg.

Mon avis :

Plus d’un an que je n’ai pas lu d’auteurs islandais. Trois ans que je n’ai pas lu un roman d’Arnaldur Indridason. Vingt-deux ans depuis l’écriture de ce premier roman.
Après tout, en Islande, les crimes sont rares. La petite délinquance, non. La drogue, les vols, non plus. Mais les crimes…

Nous avons là un crime particulièrement tragique : un professeur nouvellement retraité a été brûlé vif. Il n’avait pas d’enfants, sa soeur aînée est bien plus âgée que lui – sa demi-soeur, en fait, leur père ayant semé des enfants à travers tout le pays. Parallèlement, nous suivons une autre enquête, plus intime, celle de Palmi. Son frère, atteint de schizophrénie depuis son adolescence, vient de se suicider. Il ne prenait plus son traitement, le tout dernier de la liste, ce qui faisait penser à la mère de Daniel et Palmi, et plus tard à Palmi seuls, que les psychiatres successifs qui ont été chargés du cas de Daniel ont davantage expérimenté que soigné. Si les psychiatres français tirent la sonnette d’alarme sur ce qui se passe chez nous, que dire de l’Islande ? Je ne peux que vous recommander, sur le sujet, la lecture de Les anges de l’univers d’Einar Mar Gudmundson, un livre éclairant sur l’évolution de la manière dont on traitait les malades en Islande.
Intéressant aussi que le bilan de l’éducation islandaise – ou plutôt de son système éducatif. Certains regrettent les classes de niveau, parce que l’on pouvait mettre tous les cancres ensemble, ou ceux qui étaient estimés tels, et les oublier consciencieusement. Pour être dans une telle classe, il ne fallait pas nécessairement être très mauvais, ou très violent, non, appartenir à un milieu socialement défavorisé, être l’enfant d’une mère seule ou de parents négligents suffisait largement. Alors, qui va se préoccuper du devenir des onze gamins de cette classe ? Qui ? Ce qu’ils sont devenus est pourtant effrayant.
Dans ce premier volume des aventures d’Erlendur, nous sommes à la fois dans le roman policier pur et dur et aussi dans la dystopie, créant un présent légèrement différent du nôtre. On peut s’interroger sur beaucoup de sujets, notamment sur l’indifférence des pouvoirs publics sur certains sujets, sur les négligences qui peuvent être commises, mais aussi sur les rêves de puissance et de pouvoir que certains peuvent avoir. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il permet d’accomplir certains rêves complètement cinglés.
Alors, oui, il y a de l’espoir, un peu, vers le dernier tiers du livre, mais combien de désespérance a-t-il fallu traverser ?
Erlendur est là, et bien là, capable d’une violence qui m’avait semblé assez inusitée chez lui. Il fait équipe avec Sigurdur Oli, Erlinborg est très en retrait. Apparaissent aussi d’autres enquêteurs que je n’ai pas vraiment eu l’impression de revoir après – ou alors, je les ai oubliés.
Allez, je ne resterai pas trois ans sans relire Indridason.