Archive | 22 avril 2019

Meurtre à l’hôtel du Bosphore

édition Buchet-Chastel – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

L’allemande Kati Hirschel a deux passions : les romans policiers et Istanbul. C’est pourquoi elle a ouvert la première librairie dédiée aux polars dans la ville turque où elle vit.
La venue de sa vieille amie et célèbre actrice Petra Vogel, pour tourner un film, va bientôt lui permettre de tester ses qualités de détective. Car la grande coproduction germano-turque a vite fait de tourner court : Kurt Müller, le réalisateur, est retrouvé assassiné dans sa baignoire de l’hôtel du Bosphore ; Petra Vogel, qui aurait eu une liaison avec lui, fait partie des suspects. Poussée par la curiosité, la libraire décide de suivre ses propres pistes…

Mon avis :

Mais qu’est-ce que tu fais là ? Oui, toi, dans ma bibliothèque, entre Spada de Bogdan Teodorescu et Lune noire de Lauren K Hamilton ? Mystère que je ne suis pas près d’éclaircir, un peu comme le mystère qui nous est raconté dans ce livre.

Un cinéaste allemand a été assassiné dans son bain, dans sa chambre d’hôtel, avec un sèche-cheveux. Aucun indice n’a été relevé, rien, même s’il est un peu étonnant que le meurtrier soit venu avec son propre sèche cheveux, trois rallonges, et que sa présence n’ait pas étonné le cinéaste Kurt Müller sirotant son whisky dans son bain – oui, après une journée épuisante de tournage, il n’avait que cela à faire.

Nous suivons cette histoire du point de vue de Kathy Hirschel, une libraire. Elle est allemande, et vit à Istanbul depuis treize ans. Elle y a passé les sept premières années de sa vie. On ne saura pas vraiment pourquoi elle a choisi de vivre ici, et nous ne saurons que trop tardivement pourquoi elle est née et a grandi dans ce pays : sa mère et son frère vivent toujours en Allemagne, et son frère se targue d’avoir une mentalité d’allemand. Oui, le premier sujet du roman, bien avant l’enquête policière, est là : relever toutes les différences entre les turcs et les allemands, relever surtout les préjugés que les uns entretiennent envers les autres. J’ai vraiment eu l’impression que la majorité du roman tournait là dessus, sans oublier la vie sentimentale (sexuelle ?) de Kathy, ou celle de Fofo, son employé/colocataire absent/meilleur ami invisible. Non, parce que l’enquête… aucun indice, aucune piste. Oui, elle sera résolue, peu avant la fin du livre (p. 268 sur 320, il n’y avait toujours aucune trace de résolution) mais l’intrigue semble vraiment tirée par les cheveux, et c’est dommage, pour moi, de devoir employer une telle expression, parce que le sujet de fond est tellement « de fond », qu’il ressemble à une toile de fond, tellement lointaine qu’on ne la voit quasiment jamais.

Grâce à Kathy, nous explorons différents milieux, celui du cinéma, auquel elle admet ne rien connaître, et dont on ne connaîtra pas tellement plus, finalement, si ce n’est des questions d’argent, et de pouvoir, celui de la mafia turque, que la police ne cesse de vouloir contrer, sans grand effet. J’ai eu aussi une impression de cafouillage, parfois, notamment quand un « gendre » devient un « beau-frère » – ce n’est pas exactement la même chose.

Bref, si vous avez envie de lire un roman policier turc, vous pouvez plutôt découvrir L’assassinat d’Hicabi Bey d’Alper Canigüz, vous passerez un meilleur moment.

 

La nounou barbue d’Aloysius Chabossot

Présentation de l’éditeur :

Cathy élève seule ses deux enfants, Lucas et Pilou, dans un petit village au cœur de la Dordogne. Son quotidien est heureusement allégé par le soutien sans faille de sa tante Lulu. Jusqu’au jour où – catastrophe ! – tante Lulu tombe de l’escabeau et se retrouve immobilisée, les deux chevilles dans le plâtre. Cathy décide alors d’engager une aide pour s’occuper des enfants. Mais dans la région, les candidats sont rares… Pressée par le temps, son choix se portera sur le seul aspirant disponible, Elias, grand gaillard barbu tenant plus du bûcheron bourru que de la baby-sitter accomplie. Cathy parviendra-t-elle à composer avec cette nounou au profil pour le moins atypique ?

Merci aux éditions Eyrolles et à Babelio pour ce partenariat et aussi pour la rencontre qui a eu lieu le 18 avril 2019.

Mon avis :

Bienvenue en Dordogne. Non, je ne serai pas méchante, je dirai simplement que certains ne situeraient pas une comédie romantique dans un village – à moins qu’un palace n’y soit en construction, qu’un homme sublime n’en prenne la direction et qu’une jeune gourde, pardon, une jeune femme ravissante n’y cherche du travail. Là, nous sommes dans un authentique village, calme, serein, et Cathy n’est pas une jeune fille naïve. Elle a été quittée par son mari, au profit de sa secrétaire, et a donc dû se débrouiller, notamment pour faire garder ses enfants. Elle est coiffeuse, et le salon de coiffure du village est un peu le lieu où les potins s’échangent, un lieu de vie, un lieu de rencontre, animé en partie par l’inénarrable Ghislaine, dynamique et inusable. J’ajoute que Cathy adû se débrouiller, notamment pour faire garder ses enfants. Et oui, c’est un véritable problème à « Trou perdu les bruyères ». Aussi, a-t-elle la chance d’avoir sa tante Lulu pour la dépanner, si ce n’est que celle-ci est victime d’un accident malencontreux qui l’empêchera de mener sa mission à bien pendant trois mois. Oui, dit ainsi, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une mission secrète, dangereuse, périlleuse. C’est presque cela.
J’ai déjà dit qu’il était difficile de trouver quelqu’un pour garder des enfants – aussi, le casting pour trouver une baby sitter s’annonce-t-il compliqué ! Et le gagnant est… un homme ! Oui, peu de personnes confieraient leurs enfants à un homme, pour cause de très nombreux préjugés. J’ai presque envie de vous rassurer tout de suite : il faut vraiment oublier les préjugés, on ne sombrera pas dans un roman sordide. Nous serons dans un roman qui prend son temps, un roman de la renaissance – oui, je spoile presque, parce que l’on s’attend un peu à une partie du dénouement. On ne s’attend pas à d’autres, qui nous rappellent que les personnages ne sont pas coupés du monde. Certains thèmes abordés sont assez durs, comme le deuil, la dépression, la culpabilité, la résilience. L’auteur ne prétend pas que l’on oublie, il montre qu’il est nécessaire de vivre avec, de parvenir à vivre avec. Cela demande du temps, et c’est aussi pour cela que la fin du roman reste en partie ouverte.
Un roman divertissant, mais pas seulement.