Archive | 14 avril 2019

Si le rôle de la mer est de faire des vagues…de Yeon-Su Kim

Présentation de l’éditeur :

Si le rôle de la mer est de faire des vagues, mon rôle à moi est de penser à toi. Depuis que nous avons été séparées, je ne t’ai jamais oubliée, pas même un seul jour. Un jour, Camilla reçoit six cartons de vingt-cinq kilos qui contiennent toute son enfance. Entre un ours en peluche et un globe terrestre, la photo d’une jeune fille, petite et menue : celle de sa vraie mère avec un bébé dans les bras. Camilla a été adoptée peu après sa naissance par un couple d’Américains. Aujourd’hui elle a vingt et un ans et décide de partir en Corée à la recherche de sa mère. Au fil d’une enquête aux multiples bifurcations, chacun livre sa version de l’histoire bouleversante de cette lycéenne de seize ans devenue mère, les rumeurs, les secrets, les tragédies, le mystère de l’identité du père. Peu à peu Camilla remplit les blancs de son passé, qui se confond avec celui de cette petite ville portuaire où elle est née, et toute sa vie s’en trouve changée. Un roman riche en harmoniques, à l’imaginaire poétique et émouvant, enraciné dans la réalité sociale de la Corée d’aujourd’hui.

Mon avis : 

Mon avis  pourrait être simple : je n’ai pas vraiment aimé ce livre et je serai bien en peine de le recommander à quelqu’un, à moins de vouloir découvrir la littérature coréenne, de souhaiter en savoir plus sur cette culture.

Double culture, devrai-je dire, parce que Camilla, l’héroïne, a été adoptée à l’âge de six mois par un couple d’américains. Elle a ainsi illuminé la vie de sa mère adoptive, Alice – prénom qui a son importance dans le roman, comme tous les prénoms, d’ailleurs. Celle-ci est décédée d’une longue maladie, après lui avoir avoué qu’elle a détruit la lettre de quelqu’un qui s’est présenté comme le frère aîné de Camilla. Oui, la jeune femme lui en a voulu, et dans l’état dans lequel sa crise d’adolescence d’adolescente adoptée la mettait – oui, à l’époque, elle aurait été capable de faire une bêtise. Elle s’est éloignée de son père, qui a refait sa vie et lui a remis les affaires qui lui appartenait – six cartons de vingt-cinq kilos. Elle en a écrit un premier livre autobiographique, et de là, est né le projet d’un second livre, la menant sur les traces de son passé et de son pays natal.

Vous noterez déjà la présence d’un premier sujet, l’écriture, l’intertextualité, la mise en abîme. Les sources aussi de l’écriture, née des objets et de l’autobiographie, non de l’imagination. Le récit lui-même est très littéraire puisque l’on trouve trois narrateurs, Camilla, une voix mystérieuse qui s’adresse à elle dans la seconde partie, et un narrateur à la troisième personne qui se focalise sur plusieurs personnages dans la troisième partie.Je parle de « voix mystérieuse », parce que je ne veux pas dévoiler son identité, et parce qu’elle m’a déstabilisée, comblant certains « blancs » dans le passé de la mère de Camilla, et comblant aussi l’ellipse entre les deux parties. Oui, lire ce que l’auteur n’a pas écrit fait aussi partie de la démarche proposée par Yeon-su Kim, comme il le dit dans la postface.

Oui, le sujet du roman semble être tout ce qui n’est pas dit, tout ce que l’on ne veut pas dire à Camilla « pour son bien », parce que la vérité lui ferait plus de mal encore que l’ignorance. C’est un discours que l’on tient souvent aux enfants adoptés, justifiant ainsi en France l’accouchement sous x. Camilla se heurte ainsi à un mur, à des murs, les personnes qu’elle rencontre ne dissimulant pas leur hostilité.

Saura-t-elle la vérité ? Nous découvrirons en tout cas la profonde solitude de la mère de Hui-Jae, prénom originel de Camilla, prénom qui peut être donné à un garçon ou à une fille, indifféremment. Nous découvrons quels mécanismes l’ont amené à faire adopter son enfant. Oui, cela fait froid dans le dos. Et là, je me suis dit que l’action avait beau s’être passé en Corée, elle aurait très bien pu se passer en France. Stigmatiser les filles mères, imaginer l’identité du père en écoutant les rumeurs (plus elle est scandaleuse, mieux c’est), penser à tout ce qui est le mieux pour la bienséance plutôt que de se préoccuper de la jeune femme et de son enfant – oui, cela pourrait arriver aussi chez nous, oui, cela est arrivé aussi chez nous, inutile de se voiler la face.

Un livre que je referme douloureusement, parce que cela n’a pas été une lecture facile.