Archive | 7 avril 2019

Alger noire de Maurice Attia

Présentation de l’éditeur :

Alger, 1962 : un monde finit de se décomposer, bientôt l’Algérie sera indépendante et l’OAS mène son baroud d’honneur.Sur la plage de Padovani, à Bâb-el-Oued, deux gamins ont trouvé les corps d’Estelle et de Mouloud : une balle dans le cœur pour elle, une autre dans la nuque pour lui et trois lettres gravées sur son dos…Paco Martinez, inspecteur de police qui refuse envers et contre tous de prendre parti dans cette guerre, va, avec un acharnement dérisoire, s’emparer de cette affaire pour échapper à la guerre civile et fuir le chaos de son univers.Épaulé, un temps, par Choukroun, son coéquipier et ami, puis par Irène, sa flamboyante maîtresse, Paco, fils d’un anarchiste espagnol assassiné durant la guerre d’Espagne, sera inévitablement rattrapé par son histoire lorsque sa grand-mère, sombrant, à l’image de la ville, dans la démence, lui fera perdre quelques illusions.

Mon avis :

Roman policier historique qui nous rappelle qu’il ne faut pas nous habituer. A quoi, me direz-vous ? A l’indifférence. Si vous regardez des séries télévisées, vous êtes confrontés à des explosions en pagaille, qui entraînent sans doute des morts mais chut ! on n’en parle pas. A Alger, en cette année 62, les explosions, c’est à dire les attentats, sont fréquents, quotidiens, on ne compte plus les morts, les assassinats en terme de représailles, les assassinats pour présomption de lâcheté, les assassinats pour se débarrasser de quelqu’un que l’on ne peut pas sentir et que l’on accuse de tout et de rien.
Aussi, le double meurtre sur lequel Paco Martinez enquête aurait pu passer à la trappe, si ce n’est qu’une jeune femme d’une bonne famille est l’une des victimes. L’autre ? Un algérien, donc tout le monde s’en moque ou presque. Idem quand son père est assassiné à son tour. Cinq cents meurtres ont été commis, la police est débordée. Seuls Martinez et Choukroun sont déterminés à enquêter, quitte à déranger – un peu, voire beaucoup, pour ne pas dire énormément, dans le cas de Choukroun.
Paco est le fils d’un anarchiste espagnol, sa grand-mère a trouvé refuge avec son petit fils encore enfant à Alger, et aujourd’hui, elle revit une nouvelle guerre avec les événements d’Algérie. Exclusive, débordante d’amour, elle n’apprécie guère Irène, la compagne de Paco. Oui, j’ai bien dit « compagne » : la flamboyante Irène se refuse à la vie commune, au mariage, elle a fui la bourgeoisie orléanaise dès sa majorité, ce n’est pas pour retomber dans les travers de la vie commune en Algérie. Puis, les « événements », elle les porte dans son corps : elle a perdu une jambe dans un attentat, elle a refusé de se laisser abattre.
L’enquête progresse, et nous entraîne dans des directions totalement inattendue, précipitant des drames, dévoilant des tragédies intimes. Des lâchetés aussi, celles de la bonne bourgeoisie qui ferme opportunément les yeux sur certains actes, certaines amours – la respectabilité et le confort de vie avant tout.
Livre désespéré ? Oui, parce qu’il nous montre un monde qui s’écroule, une justice impossible à rendre et des êtres en souffrance. Bref, un roman noir, un vrai.

Le désert ou la mer d’Ahmed Tiab

édition de l’aube – 256 pages.

Présentation de l’éditeur :

De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés. Ahmed Tiab s’interroge?: comment les premiers deviennent-ils les seconds??L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au coeur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe. Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle. Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir.

Mon avis :

Ce tome 2 a des allures de tome 1, tant il nous montre les origines, finalement, de cet enquêteur, et comment il a rencontré sa compagne.
Nous suivons en effet deux récits dans ce livre, qui ne se rejoigne qu’à la fin, celui de Kémal Fadil et de sa future compagne, Fatou, partie depuis le Niger pour rejoindre cet Eldorado qu’est l’Europe. Nous découvrons de l’intérieur les causes du départ, les conditions dans lesquels elle et les autres migrants voyagent, les conséquences, aussi, pour les femmes, qui risquent bien plus que les hommes dans ce voyage. Pourquoi partir alors ? Parce que rester serait pire encore que tout ce qu’ils endurent. Nous voyons, au début du récit, des corps de noyés, anonymes, nous découvrons ceux qu’ils ont été, plein d’envie d’une vie meilleure, nous ressentons la colère du commissaire, bien décidé à mener l’enquête, bien décidé aussi à découvrir pourquoi Bakhti est mort – un simple SDF un peu fou pour presque tout le monde, un être humain à part entière pour Fadil.
Le titre a son importance, bien sûr, et celui-ci est tragique.
Un roman qui m’a donné envie de poursuivre les enquêtes de Kémal Fadil.