Archive | 6 mars 2019

Le cheptel de Céline Denjean

Quatrième de couverture

Le corps d’une jeune femme est retrouvé en Lozère. Au regard des éléments qu’ils détiennent, les enquêteurs de la SR de Nîmes se forgent rapidement un avis : elle a fait l’objet d’une chasse à l’homme… Pour le capitaine Merlot, d’Interpol, les conclusions médico-légales placent cette victime dans une longue série. Les gendarmes nîmois vont alors apprendre à leur grande stupéfaction, qu’Interpol tente depuis vingt-cinq ans de démanteler un réseau de trafic d’êtres humains.

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Marabout pour ce partenariat

Mon avis :

Si vous aimez les romans policiers reposants, prévisibles, pas trop sanglants, bref, si vous cherchez un polar divertissant, passez votre chemin. Nous sommes ici dans un roman dur, difficile, non par son écriture, mais par les sujets qui sont abordés.
Le roman semble se composer de trois intrigues différentes – qui finissent par se rejoindre, pas forcément de la façon dont on s’y attendait. Le plus attachant, à mes yeux, est Louis : oui, il n’est pas tout jeune, oui, il a eu une vie heureuse, sans histoire, cependant ce qu’il découvre de ses origines, ce secret de famille qui lui est révélé à la suite de la maladie de son père lui fait reconsidérer tout ce qu’il a vécu jusque là. S’il faut retenir un seul point de sa quête, c’est la découverte qu’il a toujours été entouré d’amour, et que l’on a toujours, quelque part en France, penser à celui qu’il était vraiment. Il est une expression pour qualifier les années pendant lesquelles Louis est venu au monde « les années les plus noires de notre siècle ». Disons que l’on veut croire, très souvent, que « cela » est derrière nous, que « cela » ne peut pas recommencer. Pourtant, ce qui nous est conté dans les deux autres intrigues montrent que c’est toujours possible, ou probable.
Prenez Bruno, un adolescent ordinaire, finalement, qui s’amuse avec ses copains. A la suite d’un accident, il se retrouve projeter dans un univers qui n’est pas du tout le nôtre – et pourtant, nous ne sommes ni dans la fantasy, ni dans la science-fiction. Il ne s’agit pas seulement pour lui d’évoluer dans un monde dont il n’a pas les codes, il s’agit de tâcher de s’en sortir plus ou moins bien, face à ses personnes qui semblent venir d’ailleurs – j’ai pensé, en un raccourci thématique, à Tout le monde te haïra d’Alexis Aubenque.
Viennent ensuite les enquêteurs proprement dits. Ils sont nombreux, et pour certains, cela fait longtemps qu’ils sont sur la piste… de quoi au juste, de qui ? Et bien d’actes criminels qui paraissent totalement inimaginables – et pourtant, cela a beau être énorme, hors-norme, le lecteur se prend à dire que cela pourrait être possible, en un mélange d’utilisation des techniques les plus modernes (voir l’usage du Darknet) et des méthodes les plus anciennes pour conditionner les êtres humains. Vertige ? Oui, certainement.
Surtout, l’on pressent très vite, et on le met à l’épreuve également, que ce ne sera pas une enquête tiède, pendant laquelle les enquêteurs ne risqueraient pas grand chose. Il suffit d’un rien pour tout tourne mal, alors quand on sait que les origines de cette affaire remonte à plus de vingt ans, le « rien » qui peut tout faire déraper ne tient qu’à un fil. Là, j’aimerai citer d’autres faits, bien réels, que m’ont rappelé le dénouement, mais je vous en dirai alors vraiment beaucoup trop.