Archive | février 2019

Le crime de Rouletabille de Gaston Leroux

Mon avis :

Rouletabille est un héros connu – logiquement. Le mystère de la chambre jaune, le parfum de la dame en noir sont des classiques. Mais qu’en est-il des enquêtes suivantes ? Et bien, le plus souvent, elles sont tombées dans l’oubli, ou plutôt dans le domaine public, et c’est ainsi que j’ai pu lire Le crime de Rouletabille, sa septième aventure.

Dans celle-ci, nous retrouvons aussi Sainclair, le narrateur de ses deux premières aventures, rudement éprouvés. Il avait épousé une jeune fille pure et innocente. Il a été dupé, trompé, il est aujourd’hui divorcé et a du mal à s’en remettre. Bref, il n’a plus vraiment confiance en la gente féminine. Son ami Rouletabille, lui, est marié à la belle et fidèle Ivana. Sauf que :
– Ivana est l’assistante d’un scientifique spécialisé dans la tuberculose aviaire :
– le scientifique ne peut pas s’empêcher de tenter de séduire toute jeune femme qui lui plait.
Ivana se prête au jeu de la séduction, mais Rouletabille est au courant, il sait que c’est parfaitement innocent et que Ivana ne fait cela que pour le bien de la science.

Si vous ajoutez à cela que le scientifique est marié, et que sa femme a toujours fermé les yeux sur les infidélités qu’elle connaît pourtant, vous comprendrez qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas, et c’est ce que pointe Gaston Leroux dans ce roman, bien plus moderne qu’il n’y paraît – il date de 1922. Oui, Thérèse Boulenger est un ange, qui est prête à tout par amour pour son mari, par amour pour la science, rien ne doit détourner son mari de son objectif, surtout pas… Non, pas Ivana, la tendre épouse de Rouletabille, mais Theodora, flamboyante maîtresse de Boulenger, avec laquelle il a rompu parce qu’elle devenait trop dangereuse pour sa santé. Théodora est un être flamboyant, je l’ai déjà dit, plus profonde qu’elle n’en a l’air au début du roman, en tout cas, elle m’a tout de suite été sympathique, parce qu’elle n’est pas hypocrite du tout. Oui, elle a des amants, oui elle est entretenue, et alors ? Elle ne prétend pas être ce qu’elle n’est pas, elle ne force personne à être son amant, et elle a probablement un rôle à jouer plus important qu’on ne le pense.

Non parce que Thérèse Boulenger…. Elle représente tout ce que l’on demande à une bonne épouse : se taire, se dévouer, se sacrifier, être irréprochable aux yeux du monde. Elle va même plus loin (trop loin ?) puisqu’elle « choisit » la jeune femme qui devra tempérer, chastement, les ardeurs amoureuses de son époux bien-aimé. Elle n’est pas sans rappeler certaines femmes qui ont bel et bien existé – je pense à l’impératrice Sissi, qui aurait pris soin que la maîtresse de l’empereur soit à ses côtés après la mort de l’archiduc Rodolphe. Thérèse Boulenger aurait probablement été saluée comme un modèle d’amour conjugal, elle l’est sans doute, encore, aux yeux de certaines femmes qui pensent que leur rôle est de se sacrifier entièrement au profit de leur mari, de le mettre en valeur (j’ai lu un roman sur le sujet il y a cinq/six ans, le titre m’échappe). Ce n’est pas le cas pour moi, qui ai un certain recul face à cette femme que tous ou presque voient comme un ange – mais vivre avec un ange, parfois, c’est insupportable parce qu’un ange, c’est immatériel. Recul, oui, tant elle codifie chaque chose, chaque fait qu’Ivana doit accepter du scientifique, Ivana qui est mariée et qui ne cache rien à Joseph Rouletabille, ni à madame Boulenger – ce qu’elle accepte de faire est à ce prix.

Je vous ai déjà dit, un jour, que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Et bien c’est le cas, puisqu’un premier drame survient, très vite étouffé. La raison d’état ! Puis, le coupable pas vraiment présumé est mort, la victime est presque vivante, alors n’allons pas plus loin. Une bonne intention de plus conduit à un drame bien plus définitif, qui verra notre cher Rouletabille emprisonné, et Sainclair, son ami, contraint d’assurer sa défense. Ce n’est pas facile, parce que Sainclair est sans doute le seul à croire en l’innocence de Rouletabille, veuf à peine marié – et à l’époque, l’on reprocha à Gaston Leroux d’avoir fait disparaître madame Rouletabille si rapidement.

Rien n’est impossible au reporter, qui a plus d’ami fidèle que le lecteur ne le pense, des amis près à l’aider, à rechercher ce que la police n’a pas vu ou n’a pas voulu voir. Le roman se termine par un grand classique : la scène du procès, dans lequel des vérités bonnes à dire seront assénées. La jalousie n’est jamais bonne conseillère, il est des personnes qui savent ne pas y céder, même s’ils la ressentent (Rouletabille), il en est d’autres qui s’y abandonnent. Gaston Leroux, dans cet ouvrage qui est plus qu’un roman policier, l’a finement analysé.

 

 

Sa majesté des fèves d’Eve Borelli

Présentation de l’éditeur :

Lucien, dernier fabricant de fèves de France, désespère : l’âge d’or des féviers est révolu, il vient de mettre la clef sous la porte et pour couronner le tout, sa petite amie plie bagage.
Heureusement, sa sœur Cristalline ne l’entend pas de cette oreille. Pour une lanceuse de disque de son niveau, la défaite n’est pas une option. Elle met donc au point un plan follement insensé pour sauver son frère : destination Londres pour rencontrer la reine Élisabeth, grande adepte de galettes des rois et devenir son févier officiel !

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est des road trip qui sont totalement ratées, je serai sympa, je n’en parlerai pas. Il en est d’autres qui sont très réussis, et Sa Majesté des fèves en fait partie.
Le personnage principal est un personnage entièrement à part, ne serait-ce que par son métier : il est févier. Il est surtout un févier au chômage, avec une compagne qui ne le comprend pas – j’aurai pu mettre « plus », j’ai un doute qu’elle l’ait jamais comprise. Elle pense qu’il lui suffirait de se « bouger », de retrouver un travail – n’importe lequel – et que tout irait mieux tout de suite. En tout cas, leur couple en a sévèrement pâti, au point qu’il a disparu, complètement. Lolitta a tout de même la prévenance d’avertir Cristalline, soeur aînée de Lucien, que celui-ci ne va pas bien. Cristalline arrive aussitôt, et le livre aurait pu s’arrêter là, n’était l’obstination de la soeur aînée qui a appliqué le précepte suivant : quand on est chassé par la porte, on passe par la fenêtre.

Cristalline est rôdée : protéger son petit frère, cela fait des années qu’elle le fait ! Elle a donc un projet un peu fou, pour ne pas dire complètement fou : faire présenter son frère à la reine d’Angleterre ! Bien sûr, le fils de Cristalline et son caniche sont du voyage. Comme si cela ne suffisait pas, deux autres personnes vont faire la route : une danseuse un peu cabossée par la vie, et un cleptomane presque repenti – mais c’est dur.

Prendre la route avec eux, c’est accepter l’inattendu, accepter de partir avec quelqu’un qui refuse absolument l’ordinaire et le raisonnable – je veux parler de Cristalline, pas de Lucien, de quelqu’un qui donne à son fils tout l’amour que sa propre mère n’a pas su ou pu lui donner. Parce qu’il est avant tout question d’amour dans ce roman, celui que l’on donne, que l’on est prêt à donner, que l’on reçoit, ou que l’on ne reçoit pas, même si l’autre, en face, vous affirme que si, c’est bien de l’amour, même si cela ne ressemble pas du tout à ce que vous, vous appelez de l’amour.

Il est question de famille, aussi, légèrement dysfonctionnelle parfois. De ce que l’on est prêt à faire pour la protéger, pour ne pas peiner l’autre, même s’il peut pour le reprocher. Parfois, heureusement, ce n’est pas aussi lourd. Prenez Maguelonne, la jeune danseuse au prénom au moins aussi rare que celui de Cristalline, n’a pas souvent du manque d’amour de ses parents, elle découvre aujourd’hui l’autre versant de l’enfance de sa mère, par le biais de sa cruelle tante, au prénom si royal (Victoria) qui lui a légué sa maison. On dit que les anglais sont excentriques, alors les anglais d’adoption.

Sa majesté des fèves est un vrai roman feel-good, qui permet, mine de rien, d’aborder des thèmes plus profonds qu’on ne le pensait.

 

Oiseau de lune d’Abigail Padgett

Présentation de l’éditeur :

Bo Bradley se remet de la déprime consécutive à la mort de sa petite chienne, lorsqu’un patient est assassiné dans la maison de convalescence, située en plein désert californien, où elle reprend goût à la vie. Il s’agit d’une institution entièrement gérée par des Indiens qui mettent leur culture et leur organisation familiale et sociale au service des malades mentaux. Peu après, Bo doit prendre en charge Oiseau de lune », un petit garçon qui souffre d’hyperactivité pathologique et que les services sociaux s’avèrent incapables de protéger. Loin de là, en Allemagne, le docteur La Marche visite un lieu terrible et oublié de l’histoire appelé Hadamar, nom que Bo retrouve sur une pancarte au milieu du désert.

Mon avis :

Je veux saluer le courage de l’auteur, qui nous présente une héroïne hors norme, en proie à des troubles maniaco-dépressifs, qui lutte avec sa maladie et qui vit avec. Elle n’est pas la seule à souffrir de troubles psychiques, et nous allons voir dans ce quatrième tome à quel point cela peut être difficile.
Bo a rechuté, parce qu’elle a perdu sa compagne depuis dix-sept ans, sa chienne Mildred. Oui, elle est morte de vieillesse, oui, sa mort est « normale », mais Bo le vit mal et si ses proches l’aident, jamais ils ne lui reprochent d’avoir sombré. Dans l’établissement où elle est, elle croise d’autres patients, atteints d’autres pathologies. Ce que j’ai apprécié, parce que c’est rare dans un roman policier, c’est que l’on ne nous montre pas comment protéger la société des personnes atteintes de troubles mentaux, on nous montre comment permettre à ses personnes de vivre le mieux possible avec leur maladie dans le monde. Bo sait à quel point s’est difficile, c’est pour cette raison qu’elle sait ce qui peut attendre quelqu’un qui n’a pas reçu l’aide et le cadre adéquate pour parvenir à vivre avec.
Bo est plus forte qu’on ne le croit, parce que ses années de maladie, de traitement, de paroles aussi, franches, avec sa psychiatre, lui a fait gagner une grande lucidité, même quand elle est au fin fond de la dépression. Disons aussi qu’avec le temps – et un suivi étroit – le traitement qui l’aide à vivre est mieux ajusté. J’ai vraiment senti à la lecture du livre que l’auteur maîtrisait son sujet et avait des choses à nous dire sur ces personnes.
Et l’une d’entre elles est assassinée : Mort Walfman, un jeune homme qui était assez aisé parce qu’il était un acteur comique jouant dans des publicités grassement payées. Bo voyait en lui un frère, et elle est déterminée à découvrir qui l’a tué, et a trouvé un foyer pour Bird, son petit garçon. Problème : Mort a brouillé les traces, et retrouver sa famille est bien compliqué, mais pas impossible.
Oiseau de lune – titre qui, comme Petite tortue, fait référence à un enfant – nous plonge dans le joli monde des sociétés qui vendent la santé des gens, cherchent en s’enrichir le plus rapidement et le plus aisément possible, et tant pis pour les êtres humains que l’on sacrifie pour cela. Oh, pardon, ce ne sont pas les termes consacrés par ses entreprises, bien entendu.
Mais le roman nous entraîne plus loin encore, et nous montre à nouveau que la folie, ce terme médical, n’a rien à voir avec la perversion de certaines personnes. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse du terme adéquat, cependant… les théories de ces personnes sont à chercher pas si loin que cela dans le passé. Ces personnes sont prêtes à les mettre en pratique : il faut toujours être vigilent, toujours.
Une série que j’apprécie énormément. Je cherche désormais à me procurer les tomes manquants.

Des nouvelles du pensionnat des louveteaux et de madame Cobert

Au début, nous pensions juste vous donner des nouvelles de madame Cobert, puis on s’est dit qu’en donner du pensionnat, c’était bien aussi.
Même si tout va bien, absolument tout.

Donc, finalement, on va vous donner des nouvelles de madame Cobert, qui a fêté son anniversaire la semaine dernière.

Là, elle est actuellement avec son cousin Sam sur une place, au pied d’une grande roue.
– Surtout Sharon, tu ne montes surtout pas là-dedans, hein, pas de blague.
– Pas de risque, rien qu’en regardant, j’ai le vertige.
– Cela se passe toujours bien à l’asile des louveteaux ?
Léger grognement de madame Cobert.
– Ce n’est pas un asile, c’est un pensionnat.
– Tu m’excuseras, vu ce que tu me racontes, pour moi, c’est pareil. Tu penses bien à mettre le gilet anti-griffures lupine que papa (= le père de Bill) t’a offert ?
– Oui.
– Et la bombe à projection d’extrait d’ail authentique anti-vampire ? Je sais que ce n’est pas tout à fait légale, mais c’est en vente libre à toutes les bonnes adresses ?
– J’en ai une dans mon sac, comme j’ai toujours dans ma salle un paquet de cent mouchoirs et un bidon d’un litre de désinfectant.
– Des jours comme ça, je préfère nettement mon métier et mes activités extra-professionnelles. Je n’ai jamais compris comment tu avais pu devenir professeur toi qui détestais l’école encore plus que moi.
– Et qui conçoit des écoles, de nos jours, toi qui les détestais un peu moins que moi ?

Regrets éternels de Pieter Aspe

Présentation de l’éditeur :

Entre 1982 et 1985, une série de braquages sanglants terrorise la Belgique. Vingt-huit personnes tuées de sang-froid et pas l’ombre d’une piste fiable. Quarante ans plus tard, l’énigme des « tueurs du Brabant » reste d’une brûlante actualité. C’est précisément sur ce dossier que travaillait le journaliste d’investigation Michel Lambrechts. Retrouvé chez lui avec deux balles dans la tête, il laisse des informations capitales aux mains de tueurs qui ont embarqué tous ses documents. En se lançant dans l’enquête, le commissaire Van In et ses acolytes n’ont qu’un espoir : ne pas finir comme tous ceux qui se sont frottés à cette histoire, dont le procureur Demedts, retrouvé pendu…

Mon avis :

Les romans de Pieter Aspe présentent toujours des sujets difficiles, délicats, avec des adversaires qui ne reculent devant rien. Quand Van In se retrouve face à un cold case, dans lequel les malfaiteurs vivent en toute impunité (pour ne pas dire plus) depuis une trentaine d’années, c’est presque encore pire que d’habitude, parce que leurs carnages sont bien plus étendues qu’on ne le pense. C’est fou le nombre de personnes qui furent victimes d’accident, ou qui se sont suicidés de manière opportune.
Et là, cela recommence, non que la police eût réouvert les dossiers, mais qu’un journaliste a décidé de dire tout ce qu’il a trouvé – il n’est pas de prescription pour les enquêtes de journalistes qui font bien leur travail, c’est à dire qui creusent là où se trouvent quelques cadavres bien dissimulés.
Pieter Aspe nous donne une interprétation des « tueurs du Brabant » qui fait encore plus froid dans le dos que d’imaginer une série de braquage menés par des voyous sans scrupules. Surtout, les enquêteurs et les victimes sont vraiment proches du lecteur, parce qu’ils sont touchés de manière intime par la vendetta qui est dirigée contre eux. Comme souvent, avec Pieter Aspe, les âmes sensibles doivent s’abstenir. Mais j’ai eu le plaisir, même s’il fut douloureux, de revoir Versavel, son adjoint, retrouver le devant de la scène – oui, Versavel morfle un max dans ce volume, bien plus que Van In, qui déjà, en voit énormément.
Regrêts éternels, un volume réussi et difficile.

Jack Palmer, tome 11 : Jack Palmer et le Top Model de René Pétillon

Présentation du livre :

Avant de découvrir les charmes explosifs de l’île de beauté dans L’Enquête corse, le célèbrissime détective privé Jack Palmer s’était fourvoyé dans le maquis de la haute couture. Engagé grâce à son signe astrologique, Palmer met les pieds dans un véritable nid de scorpions : le monde des défilés de mode. Le voilà chargé de protéger la divine Sonia Esperanza, laquelle vient de rompre avec Raymond Bullish.

Mon avis :

J’aurai réussi à lire et à chroniquer une bande dessinée pour le mois du polar, ce qui ne m’était pas arrivé depuis tellement longtemps – septembre 2015 si j ‘en crois Babelio.

Je découvre le célèbre détective Jack Palmer dans cette enquête, et il n’a vraiment pas de chance. Certes, il postule pour un poste de garde du corps, il ne sait pas ce qui l’attend ! Sonia Espéranza est mannequin. Elle a rompu avec Raymond parce qu’il avait triché sur son signe astral – et elle préfère Jack Palmer à trois montagnes de muscles à cause de son signe astrologiques. Cependant, en dépit d’amour tumultueuse, puisqu’elle cherche activement un remplaçant à Raymond, la menace est bien réelle : une secte, qui s’est sentie offensée par la tenue portée par Sonia lors d’un défilé, veut se venger sur elle. Bien sûr, pas un seul instant ils ne pensent que c’est totalement absurde, idiot, ridicule, que ce ne sont que des chiffons, conçus par des couturiers qui mériteraient une bonne thérapie (ah, le doudou !) voire une taloche pédagogique. Oui, les couturiers sont merveilleux quand ils s’inspirent de la pauvreté pour créer le luxe le plus insolent, les robes les plus absurdes, et les plus importables. Le grand oublié des couturiers : le corps des femmes, parce qu’avec eux, oui, les femmes ont l’air d’un sac.

Jack Palmer a fort à faire à cause du milieu dans lequel évolue Sonia. Par contre, il n’a pas grand chose à craindre des zoustichs, qui parviennent à se saborder eux-mêmes en toute élégance. Oui, les vêtements rayés, il n’y a que cela de vrai !

 

Karnak café de Naguib Mahfouz

éditions Actes Sud – 114 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Caire, vers le milieu des années 1960. Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.

Mon avis :

Je n’avais pas lu cet auteur depuis très longtemps, et franchement, ce fut une lecture rapide. Rapide, mais pas forcément facile à comprendre. Nous avons une unité de lieu – le café Karnak – mais le temps est assez étendu, puisque le dernier chapitre prend place trois ans plus tard. Le ton est assez désabusé, les jeunes étudiants qui fréquentent le café se disent des enfants de la révolution, et pourtant, eux aussi seront les victimes de la répression, avec des conséquences sur leur vie toute entière. Le narrateur est un peu en retrait, il est le témoin, pas l’acteur de ce qui se passe. Il a connu la propriétaire du café dans une vie antérieure, c’est à dire qu’elle était danseuse, et lui son admirateur.

Il est question d’amour, aussi, un peu, dans une société où s’aimer n’est pas vraiment facile. Il est question aussi des conséquences des arrestations successives des étudiants, et qu’il leur faudra bien vivre avec ce qui s’est passé.

Karnak café est un roman pour ceux qui connaissent déjà un peu l’oeuvre de Naguib Mahfouz et l’histoire de l’Egypte.

 

Rue du dragon couché de Chi Wei-Jan

Présentation de l’éditeur :

Que faire à Taipei quand on adore le roman policier, la philosophie et le Kung-fu sinon s’installer Rue du Dragon couché, au coeur du quartier des pompes funèbres, et y devenir détective privé ?
C’est ainsi que Wu-cheng, dramaturge raté qui en veut à tout le monde après que son couple s’est désagrégé, décide de tout envoyer valser : il quitte son poste à l’université, déménage et devient détective privé par amour des intrigues.

Mon avis :

Vous ne connaissez pas Taïwan ? Cela tombe bien, ou presque, moi non plus ! Partons donc ensemble à la découverte de ce pays, via Wu-Cheng, apprenti détective. Traditionnellement, dans la littérature policière, le détective est quelqu’un qui a été policier avant de se lancer dans la brillante (ou pas) carrière de détective. Ici, rien de tout cela : Wu est un quinquagénaire. Universitaire pas geek du tout, il démissionne, se sépare quasiment de sa femme, et se lance, sans que personne ne comprenne pourquoi, dans la belle et noble profession de détective. Avec lui, nous découvrons la ville de Tapei, quelques trafics par-ci, par-là, parce que, soyons honnête : Wu n’a pas beaucoup de client. A vrai dire, il en a même une seule, au début, et s’il réussit à boucler son affaire, il n’a pas grand chose à faire de ses journées. Il a même un emploi du temps réglé comme du papier à musique, solitaire, certes, mais régulier. Pendant ce temps, des crimes sont commis à Taïwan. De là à dire qu’un tueur en série sévit dans la ville, il n’y a qu’un pas que certains sont tout prêts à franchir, à condition, bien sûr de ne pas faire peur à la population locale. Wu, pendant ce temps, se renseigne sur les tueurs en série. En fait, Wu se renseigne sur à peu près tout – est-ce parce qu’il est universitaire ? Il est capable de disserter de tout et de rien, des parisiens, notamment, de l’art, de la musique – et de son corps de quinquagénaire qui n’apprécie pas ce nouveau métier.
Il se retrouve bien malgré lui, alors qu’il n’appréciait rien tant que sa petite vie de détective presque tranquille, plongé au cœur de cette enquête pour meurtres, mais pas de la manière dont il l’aurait voulu ! Heureusement, il peut compter sur les rares amis qu’il a – pour être détective ou universitaire, il faut parfois être imbuvable. Il faut dire aussi qu’avant de quitter l’université, il a piqué une crise assez conséquente, sur laquelle il revient de temps en temps. Oui, il n’est vraiment fier de ce qu’il a fait, bien conscient qu’il a eu, qu’il a encore des « problèmes », mais ce n’est pas une raison pour qu’on remette ça sur le tapis !
Sauf qu’on le remet, forcément, parce qu’il est au coeur de cette enquête. Qui pouvait en vouloir aux victimes, d’innocentes personnes âgées, pour de pas dire, dans le cas de la troisième victime, des personnes impotentes, qui ? Et qui aurait intérêt à impliquer cette universitaire démissionnaire, cet auteur de théâtre pas vraiment réussi, dans une affaire pareille ? *
Oui, cela fait beaucoup de question, pour Wu, pour la police, et pour le lecteur aussi. Ce n’est pas tant les méandres d’une enquête qu’il faut suivre qu’une organisation tellement bien huilée qu’elle est implacable. Les américains n’ont pas le monopole des tueurs en série. Les taïwanais n’ont pas vraiment envie d’en avoir un et d’examiner ses obsessions.
Rue du dragon couché, un roman pour lecteur qui aime être surpris.
Je remercie Netgalley et les éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

 

Treize jours d’Arni Thorarinsson

Présentation de l’éditeur :

13 jours, c’est le délai que sa dernière petite amie, banquière recherchée par la police, a donné à Einar pour la rejoindre à l’étranger.
13 jours, c’est le temps qu’il va lui falloir pour décider s’il veut accepter la direction du grand journal dans lequel il a toujours travaillé.
13 jours, c’est le temps qui sera nécessaire pour trouver qui a tué la lycéenne dont le corps profané a été retrouvé dans le parc. Quelque chose dans son visage rappelle à Einar sa propre fille, Gunnsa, quand elle était un peu plus jeune et encore innocente. Mais aujourd’hui Gunnsa est devenue photographe et travaille dans le même journal que son père ; elle s’intéresse de près à ces adolescents paumés et ultra connectés qui fuguent ou disparaissent, elle a plus de ressources et d’audace pour faire avancer l’enquête – et moins de désillusions.

Mon avis  :

Comment présenter les choses ? Le retour d’Einar, le journaliste ? Cela donnerait l’impression qu’il est parti, ce n’est pas le cas, c’est simplement que je n’ai pas lu un seul roman islandais de toute l’année 2018, et que je ne suis pas sûre d’avoir fait tellement mieux en 2017.
Le journal d’Einar est dans une position critique – comme souvent, vous allez me dire. Il faut trouver un nouveau directeur, et c’est tout naturellement que le poste est proposé à Einar.Seulement, les responsabilités, cela ne le tente pas, il a envie de rester celui qu’il a toujours été, de vivre sa vie de journaliste sans ajouter de pression supplémentaire. Puis, il a d’autres soucis, sa dernière petite amie, qui est recherchée pour quelques petits problèmes financiers, le contacte à nouveau. Cèdera-t-il  ? Il doit aussi veiller sur sa fille Gunnsa, qui veut devenir journaliste comme son père, et commence à enquêter sur un sujet d’actualité : les fugues chez les adolescents. Seulement, la dernière fugueuse en date est retrouvée morte par Einar et Gunnsa, et le résultat est tout sauf beau à voir. Qui a pu tuer la jeune fille ?
Nous nous retrouvons plongés tragiquement dans un sujet d’actualité : le mal être des jeunes, le poids des réseaux sociaux dans leur vie, le harcèlement dont ils peuvent être victimes, mais aussi ce qu’ils sont prêts à faire, à montrer, d’eux mêmes et des autres. Ce mal-être vient aussi de leur immense solitude, de parents qui ont baissé les bras depuis longtemps, qui ont eu d’autres préoccupations, d’autres problèmes à régler, et ont oublié leurs mômes en cours de route.
En contrepoint, nous avons l’interrogatoire de Gunnsa donc nous avons déjà, non pas une idée du dénouement, qui est assez surprenant, mais de ce qui est advenu d’Einar – on se doute qu’il n’en a encore fait qu’à sa tête, pour ne pas perdre les bonnes habitudes. Nous découvrons cependant que Gunnsa est véritablement la fille de son père – et je me demande, après le tout dernier chapitre, ce qu’il en sera du tome suivant.

Axel Valker – T1 L’Arbre de Vie par Laurence Erwin

Présentation de l’éditeur :

C’est le jour de ses vingt ans qu’Axel Valker, étudiant à Paris, entend parler pour la première fois de La Légende Noire, un manuscrit médiéval mystérieux à la recherche duquel il va devoir partir.

Autour de lui, les événements inquiétants se multiplient et un monde fantastique se révèle à lui peu à peu : de l’apparition d’un loup qui semble ne plus vouloir le quitter à celle d’étranges Protecteurs qui le chargent d’une mission à laquelle il aurait préféré échapper. Mais il n’a plus le choix, car il n’est pas le seul à rechercher le Livre qui pourrait provoquer l’Apocalypse : le temps presse et, pour lui, c’est une poursuite haletante qui ne fait que commencer.

Merci à Netgalley et aux éditions Au Loup pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce qui m’a attiré en premier, c’est la couverture – avec ce loup magnifique. Ce n’est qu’après que j’ai fait le rapprochement avec la ville de Dijon, dans laquelle je ne me suis pas rendue depuis treize ans. Puis, j’ai déjà lu la série Myrtha de Laurence Erwin, que j’avais beaucoup aimé, et j’ai un faible pour les petits éditeurs qui prennent des risques.
Le prologue nous permettra d’en savoir plus que le personnage principale – ou, du moins, de savoir dans quelle direction va l’intrigue. Axel, lui, est un jeune adulte qui mène une vie ordinaire d’étudiant. Il a des parents, qui ne lui ont pas caché qu’il était adopté et qui l’ont entouré d’amour. Il a des amis, aussi, et des personnes qu’il apprécie moins. il faut de tout pour faire un mode dans l’immeuble parisien où il a grandi. Seulement, le jour de ses vingt ans, il bascule dans un univers qu’il ne soupçonnait pas, et dont Frère Loup sera un des éléments – pour ne pas dire son garde du corps attitré.
Même si je n’ai rien contre Paris, belle capitale de la France, j’ai préféré la partie de l’intrigue qui se situait à Dijon, et qui montre une connaissance certaine de la ville – je m’y suis « re »vue, avec les lieux qui, pour moi, sont les plus significatifs de la ville (et des destructions qu’elle a subies).
Mais je m’égare, et je ne vous parle presque pas du récit, qui prend le temps de se poser, tout comme nous prenons le temps de découvrir le héros. Il n’est pas un enfant, pas un adolescent, il est un jeune adulte, ce qui lui permet une bien plus grande liberté de mouvement que tous les héros qui doivent toujours se demander comment agir sans que leurs parents se méfient. Autre avantage : l’aura de magie qui entoure certains personnages – dont Frère Loup, presque discret – et leur permettent de se fondre dans le décor.
Il faut noter que les adversaires sont coriaces, que l’enjeu est de taille. J’ai très envie de découvrir la suite des aventures de Frère Loup et d’Axel.