Petite tortue d’Abigail Padgett

Présentation de l’éditeur :

Il a les cheveux noirs et la peau brune. Acito, dont le prénom signifie  » Petite tortue « , est un bébé de huit mois d’origine maya. Il a survécu de justesse à un empoisonnement. Les analyses révèlent que l’agent toxique est une plante tropicale aussi rare que mortelle. Pour le docteur Andrew Lamarche, il ne peut s’agir d’un accident. Ce qui semble mettre hors de cause la famille dans laquelle l’enfant était gardé, mais jette le soupçon sur sa mère, une chanteuse nommée Chac : elle venait de rendre visite à son fils avant qu’il ne tombe malade. Chargée d’effectuer l’enquête préliminaire pour le compte du service de protection de l’enfance de SanDiego, Bo Bradley va rencontrer Chac à Tijuana, mais c’est une route semée d’embûches qui l’attend, jusqu’à la vérité.

Mon avis :

Fréquenter une petite bibliothèque municipale (Charleval, pour la citer) a l’avantage de vous faire découvrir des livres hors-normes – parce qu’une bibliothèque ne doit pas contenir que les livres que tout le monde lit ou demande, il faut aussi faire découvrir des auteurs et leurs singulières créations. Prenez Bo, l’héroïne d’Abigail Padgett, une auteur que je ne connaissais pas du tout, et qui a consacré cinq livres à cette enquêtrice. Et quelle enquêtrice ! Elle travaille aux services de protections de l’enfance de Californie, état dans lequel chaque citoyen a le droit et le devoir de dénoncer toute maltraitance. Autant vous dire que les services sociaux ne chôment pas, en une dynamique bien rodée, qui laisse à penser en l’existence d’un véritable suivi des enfants placés. Bo Bradley est cependant un cas particulier, rare dans le domaine policier  : elle est dépressive, réellement, continuellement. Elle a même été internée en asile psychiatrique et lutte quasi-quotidiennement contre sa maladie, qui est reconnue comme une vraie maladie par ses proches, ses collègues.

Lutte oui, mais elle sait quand elle est apte à travailler et quand elle ne l’est pas. Elle a suffisamment souffert à cause de sa maladie pour être lucide sur elle et, si elle n’aurait pas dû être en charge de son dossier, l’inaptitude temporaire de sa collègue et amie Estralla fait qu’elle s’occupe désormais de ce cas. Acito est un adorable bébé de huit mois, et pourtant, quelqu’un a tenté de l’assassiner, son empoisonnement n’a rien d’accidentel. La première suspecte ? La mère, Chac. Elle est très légalement mariée à un américain, que l’on retrouvera dans le récit, elle est chanteuse, et elle est sur le point de signer un bon contrat, elle qui chante à Tijuana. Traverser la frontière : c’est très facile quand on est américain et que l’on peut le dire sans accent. Quand on est née au Guatemala, comme Chac, ce n’est pas évident. Pourtant, il apparaît assez vite que ce n’est pas Chac qui a tenté de tuer son fils, et Bo doit lutter pour ne pas sombrer à nouveau : elle se trouve exposée à des faits que même les services sociaux ne pouvaient prévoir. Heureusement, elle est bien entourée, et heureusement, elle veut faire tout ce qui est pour le mieux dans l’intérêt d’Acito, lui trouvant une famille d’accueil atypique mais aimante – pourquoi un ancien cascadeur marié à une bouddhiste pratiquante ne pourraient pas veiller sur un enfant ?

En attendant, la liste des suspects diminue, pendant qu’un autre crime est commis, et qu’un troisième est évité de justesse. Le fait que l’on ait voulu empoisonner Bo indique qu’elle a trouvé quelque chose, mais quoi ? Le « qui » est nettement plus facile à trouver… Là, pour le coup, j’ai eu l’impression de me retrouver non pas face à la folie, mais face à l’irrationnel, un système de pensée qui n’était pas le nôtre, ni même celui d’aucune des personnes diagnostiquées « folles » dans ce roman. Bo d’ailleurs s’insurge contre la vision que l’on a des personnes « folles », la manière dont on les imagine tout de suite en tueur en série, alors que, le plus souvent, leurs préoccupations sont autres.

Ce qui a achevé de me plaire dans ce livre, c’est l’humour que l’on trouve, parfois, dans ce roman : la situation ne peut pas être toujours désespérée, et parfois, prendre de la distance fait du bien. Fumer, ce n’est pas bien, même quand on va si mal qu’on en ressent le besoin. Qu’importe : Je vais sortir fumer un paquet de cigarettes entier. Si l’Association de lutte contre les maladies cardiovasculaires appelle, dis-leur que je suis une androïde. Que j’ai des organes auto-nettoyants. Pas de soucis.

Tout proche, le désert, qui est presque un personnage à part entière, menaçant. Nous sommes aux Etats-Unis, et pourtant, on y meurt encore de soif dans ce désert, et si l’on s’y aventure, il faut penser à prendre une réserve d’eau pour tenir, jusqu’à que l’on vous retrouve. Il faut se méfier aussi des serpents, sous toutes leurs formes ai-je envie de préciser. J’aurai encore envie de prolonger l’écriture de cet avis, et de vous dire aussi que tout est question de nom, celui que l’on porte, celui que l’on a choisi, celui que l’on cache. Et que protéger son enfant, même avec les meilleurs intentions du monde, ce n’est pas toujours simple.

 

19 réflexions sur “Petite tortue d’Abigail Padgett

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