Archive | 2 février 2019

Champs d’ombre de Cornelia Read

Présentation de l’éditeur :

Madeline Dare, rejeton sans fortune d’une vieille famille wasp de Long Island, éduquée dans un milieu empreint de snobisme et de privilèges, végète comme rédactrice pour le journal local et, d’une manière générale, déteste Syracuse, trou perdu où elle doit vivre souvent seule puisque son mari, Dean, issu d’une famille de fermiers des environs, s’absente régulièrement sur des chantiers au Canada. Alors qu’elle rend visite à ses beaux-parents, de vrais rednecks évoluant entre tracteurs, sueur et labeur, on lui montre une plaque d’identité ramassée dans un champ, là même où dix-neuf ans plus tôt deux jeunes filles ont été retrouvées assassinées, avec mise en scène macabre. Du bon boulot de psychopathe. L’ennui, c’est que le nom sur la plaque est celui de Lapthorne, le cousin préféré de Madeline. Elle va se lancer dans l’enquête, avant que les flics s’en mêlent, avec pour but d’innocenter son cousin.

Mon avis :

Que diable allait-elle faire dans cette galère ? Nous sommes à la fin des années 80 et Madeline est une jeune femme un peu en rupture avec son milieu d’origine. Milieu aisé, wasp, qui survit grâce à des mariages d’argent – si ce n’est que sa mère a fait le choix d’un mariage d’amour, ce que Madeline a choisi également. Dean est ouvrier, part au Canada pour gagner sa vie, régulièrement et Madeline effectue un travail de journaliste très pointe, rédigeant des articles tels que « quel boisson chaude pour un hiver froid ? » Et là, boum, la mouche dans le lait : on découvre les plaques d’identification de son cousin préféré sur les lieux où un crime sanglant s’est déroulé vingt ans plus tôt. Soyons honnête : les plaques ont été découvertes depuis quelque temps déjà, elles n’ont jamais été remises à la police. Pourquoi ? Madeline se met alors en tête d’innocenter son cousin préféré.
Soyons honnête, elle l’a vu sept fois dans sa vie, et elle ne l’a pas vu depuis des années. Il n’empêche : au milieu d’une famille hautement imbuvable, c’est lui qu’elle préfère. Elle enquête, oui, mais à la manière d’une journaliste, doublée d’un membre de la famille, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’il faut aussi penser aux deux jeunes victimes qui n’ont jamais été identifiées. La seule chose dont elle se rend compte c’est qu’elles ne devaient pas être de la région parce qu’elles étaient coiffées à la dernière mode – impossible d’être à la dernière mode dans ce coin perdu en 1969. En 1988, époque à la quelle se passe l’intrigue, non plus. Une jeune femme blonde, une jeune femme brune se tenant par la main, et deux couronnes de roses, voici les faits. Elles ont été égorgées, et l’on n’a jamais trouvé qui avait agi ainsi.
Madeline enquête, à décharge plutôt qu’à charge, et cherche aussi qui, dans cette inquiétante galerie de personnages a pu commettre le meurtre. Si je puis me permettre cette expression, elle croise des personnes gratinées : Egon, l’ancien nazi, Schneider et Dégueulette, sa petite amie (je vous laisse deviner l’origine de son surnom), un dessinateur un peu parano… Ses amis ne sont pas en reste, et Ellis est un sacré personnage également. Seul Dean, son mari, réellement amoureux, bosseur, sort du lot, parce qu’il pense avant tout à protéger à sa femme, mais qu’il ne peut être présent, lui qui bosse quasi-constamment, et loin.
Alors oui, il faut attendre les deux tiers du roman (presque) pour que l’intrigue prenne une tournure inattendue. Et pourtant, si Madeline n’avait pas été la narratrice subjective, il est sûrement des faits qui auraient attiré l’attention avant – puis, on obtient les réponses que des questions que l’on pose. Des petits faits, comme les cailloux du petit Poucet semés au bord de la route, qui peuvent alerter un lecteur, qui se dirait qu’il est des faits troublants, dans cette famille, des décès – violents – et un abyssal manque d’amour maternel. D’ailleurs… je n’ai pas trouvé Madeline très sympathique, même si elle veut vraiment que justice soit rendue pour tous ces morts. Parce que Madeline, au fond, reste la fille de sa mère, qu’elle n’a jamais eu vraiment le courage d’envoyer paître ceux qui lui gâchent la vie, y compris dans son métier, qu’elle est elle-même si névrosée, si habituée aux névroses des siens qu’elle ne se rend même pas compte quand la névrose se métamorphose en quelque chose de bien pire.
Un polar sans vrai suspens, si ce n’est celui de découvrir quand l’héroïne comprendra ce que le lecteur a compris depuis très longtemps.

 

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