Archive | janvier 2019

Un seul parmi les vivants de Jon Sealy

édition Albin Michel – 350 pages.

Présentation de l’éditeur :
Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le « magnat du bourbon ». Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif, sceptique de nature, décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.

Mon avis :

Caroline du Sud, 1932. La grande dépression a frappé. La prohibition a été votée. Prenez ces deux faits, et vous obtenez un trafic d’alcool qui permet à des familles de vivre, et aux grands patrons de s’enrichir. L’alcool permet aussi de supporter la vie présente, pas toujours facile. Jamais facile serait plus juste. Le sherif Chambers a perdu ses deux fils à la guerre. Mary Jane Hopewell (ne vous trompez pas, il s’agit de son surnom, pas de son vrai prénom) a vécu les combats, la promiscuité des blessés, l’envie de s’en sortir malgré tout. Son frère Joe en parle moins, pourtant lui aussi a été très marqué par la guerre : la naissance de son second fils l’a fait renoncer à l’alcool. La veuve Campbell a perdu son mari à la guerre, et son fils unique est mort sous les balles du shérif – le seul homme qu’il ait jamais tué.
Tous pourraient continuer à (sur)vivre ainsi, sans trop se rendre compte qu’ils sont pauvres puisque tous le sont. Mais un double meurtre a été commis, deux jeunes hommes qui participaient au trafic d’alcool. L’un d’entre eux avait été recueilli par la veuve Campbell. Qui est accusé du meurtre ? Mary Jane, un homme très proche de la veuve. Bizarrement, peu croient qu’il soit le véritable coupable et même si le shérif le cherche – il faut bien enquêter – il doute que l’homme, marginal, ait tué deux hommes de sang froid.
Alors… ce qui commence n’est pas une chasse à l’homme, non, pas à proprement parler. Il s’ennuie plutôt un jeu de cache-cache, pour échapper au shérif d’un côté, pour contrer Larthan Tull de l’autre. Tull est le chef incontesté du trafic d’alcool clandestin, et il ne lui vient pas à l’esprit de partager le gâteau. Pourquoi partagerait-il d’ailleurs ? Il est bien décidé à mettre bon ordre dans toutes les velléités de rébellion – avec des conséquences qu’il n’attendait pas.
Ce qu’il n’attendait pas non plus, et le shérif encore moins est l’arrivée des fédéraux, bien décidés à mettre fin au trafic. Pour eux, tout est blanc ou noir. Pour Chambers, rien n’est aussi simple. C’est d’ailleurs à leur arrivée que le lecteur comprend que l’on est en route vers la catastrophe, comme si, une fois la tragédie, rien ne pouvait l’arrêter.
Oui, ce roman se déroule en 1932, cependant il nous plonge dans le passé – la première guerre mondiale, dont on oublie un peu les conséquences pour les américains – et dans le futur, quand il nous présente les conséquences pour ceux qui ont vécu cette année-là. Un roman qui nous rappelle que le rêve américain n’en a pas toujours été un.

Handsome Harry de James Carlos Blake

Présentation de l’éditeur :

Dans la bande de John Dillinger, il y a Red, Charley, Russell et moi, “Handsome Harry” Pierpont. S’il y avait eu un chef, ça aurait été moi, même John le dit. Mais John aime avoir sa photo dans les journaux et faire le malin devant les dames, alors on ne se souvient que de lui. Il est le plus cool d’entre nous, je vous le garantis, sur un boulot comme sous les balles. Nous prenons l’argent là où il se trouve : dans les banques. Sans nous vanter, en matière de casse, nous sommes les meilleurs. Un chauffeur, trois ou quatre gars motivés, une voiture de remplacement, et le tour est joué.
Les journaux disent que nous sommes dangereux, l’Ennemi public n°1 : n’exagérons rien. On ne veut de mal à personne, on aime juste les belles voitures, les jolies filles et les fêtes entre copains. On sait bien que ça ne va pas durer, que les flics nous attraperont un jour ou l’autre. En attendant, on profite de la vie.

Merci aux éditions Gallmeister, à Léa du PicaboRiverBookClub pour ce partenariat

Mon avis :*

Soyez les bienvenus dans un roman frémissant et flamboyant, dans un roman véritablement littéraire, dans le sens où il nous raconte une histoire, sans se préoccuper de la morale du récit ou des personnages. Nous sommes dans les années 30, l’Amérique est frappée par la grande Dépression, la prohibition est moribonde et pas grand chose ne va. Dès le début du récit, nous savons ce qu’il va advenir de Harry Pierpont – et de ce qui est arrivé aux autres. Cependant, ce presque homme de l’ombre de la bande de Dillinger -il n’a jamais cherché la publicité, détestait être pris en photo, va nous conter son histoire, celle de sa bande qui … Oui, quels termes utiliser ? Qui a écumé l’Amérique et dévalisé le plus de banques possibles. Mais l’Amérique était exsangue, personne ne vivait bien, et braquer des banques semblait presque un moyen comme un autre de gagner de quoi vivre – de quoi flamber !

C’est presque insensiblement qu’Harry est devenu braqueur. On notera au passage l’éclairage qui est donné sur le système judiciaire américain, ou plutôt sur ses défaillances. Le narrateur ne nous balade pas quand il nous montre comment les jeunes délinquants sont exploités, comment les détenus, dont la dureté de la peine est de longueur variable selon… selon quoi, au juste ? La bonne conduite de l’individu, ou plutôt sa capacité à duper les gardiens et les juges ? Faire ce que l’on attend de vous est très important !

Comme l’écriture est rétrospective, Harry revient sur les décisions prises qui n’ont pas été les bonnes – parce qu’un braquage, c’est cinq minutes qui peuvent tout changer.  » Dès que c’est fait, ce qui aurait pu se passer…eh bien, ça s’est passé » apparaît comme un leitmotiv qui ressurgit au moment clef du roman. Harry, Red, Charley, Russel, et bien sûr John Dillinger étaient des êtres vivants, dans le sens où ils tenaient à profiter de tout ce que la vie pouvait leur offrir, toujours en mouvement, vivant de façon brûlante ces jours de liberté qui, finalement, représentent bien peu à l’aune d’une vie.

La vie, l’amour, les femmes. Elles sont étonnamment libres, elles qui gravitent autour du gang Dillinger. Elles ont souvent vécu une enfance compliquée, du moins étaient habituées à voir les hommes de la famille (leur père, leur frère) vivre de combine et passer un temps plus ou moins long derrière les barreaux. Elles ont développé, comme Pearl, un sens poussé de la débrouillardise – parce qu’il faut autant s’en sortir par soi-même que se faire exploiter par les autres.

Parce que c’est là, finalement, le coeur du roman : les gangsters sont plus sympathiques que certains policiers qui les poursuivent, plus sympathiques que les gardiens de prison qui savent fermer les yeux si nécessaires, et n’hésitent pas à humilier ceux qui sont à leur merci. Il s’agissait pour eux d’arrêter la bande de Dillinger, plutôt morte que vive, et tant pis pour celles qui se seraient trouvées avec eux. La bande était soutenue par une partie de l’opinion publique, c’est dire son opinion pour sur la police et la justice américaine.

Handsome Harry, un roman rouge ardent.

Sherlock, Lupin et moi, tome 5 : Le château de glace d’Irene Adler

Présentation de l’éditeur :

En juin 1871, quelques mois après ses dernières aventures à Evreux, Irène part à Davos rencontrer sa vraie mère Sophie von Klemnitz afin de connaître les raisons de son abandon à la naissance. Rejointe par Sherlock et Lupin, elle tente de percer de difficiles secrets familiaux. Leur séjour est mouvementé et les trois amis sont impliqués dans une affaire d’espionnage.

Mon avis :

Ce cinquième tome marque une étape dans la vie d’Irene. Non, elle ne se fâche pas avec Sherlock et Arsène. Elle se rend à Davos, pour passer du temps avec sa mère biologique, Sophie, pour apprendre à mieux la connaître et, qui sait ? apprendre ce qui a causé son abandon. Seulement… il semble que partout où Irene et ses amis passent, des faits bizarres surviennent, et ils vont se retrouver à mener une enquête en toute discrétion. En effet, il ne s’agit ni plus ni moins d’une affaire d’espionnage, qui implique, déjà, les intérêts franco-allemands, ou plutôt, les dissensions franco-allemande. Après la défaite de la France, elle oeuvre pour reprendre l’avantage – oui, mais à quel prix ?
Ce qui est bien dans cette série jeunesse, c’est qu’elle n’est pas manichéenne. Dans une situation qui oscille entre le pire et le à peine moins pire, l’auteur nous montre qu’il n’est pas facile de faire un choix, que chacun d’entre eux a des inconvénients, et que la notion de justice n’est pas si simple à faire appliquer. Bien sûr, elle le serait si nous étions dans un livre jeunesse classique. Pardon, je retire ce que j’ai dit : les romans de littérature jeunesse comportent rarement des adversaires aussi riches, aussi talentueux que ceux auxquels Irene, Sherlock et Arsène sont confrontés. L’oeuvre reste inscrite dans un contexte historique fidèlement rendu, dans ce mois de juin et dans cette ville bien connue de nos jours.
Un regret cependant, que le château de glace, reste, finalement, aussi énigmatique.

Grégoire et le vieux libraire de Marc Roger

éditions Albin Michel – 234 pages

Présentation de l’éditeur :
Ancien libraire, monsieur Picquier s’est vu contraint de déménager 3 000 volumes dans son petit chez-lui. Oui mais voilà, il ne peut plus profiter seul de sa passion, puisque la maladie de Parkinson l’empêche de lire, et va donc devoir demander de l’aide à l’apprenti-cuisinier Grégoire, qui va découvrir avec ce vieux maître les joies de la lecture.

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est une histoire de vie et de mort qui nous est contée dans ce livre. Une histoire d’amour aussi, d’amour de la vie et des livres. Elle se passe dans un lieu sur lequel on a peu l’habitude de braquer le feu des projecteurs : une EHPAD, où les seniors sont amenés à finir leur jour, dans un 9 m². Dans ces chambres personnels (admirez le confort), ils ont le droit d’emmener un peu de leur vie – juste un peu, que peut-on mettre dans 9 m² ? Monsieur Picquier, lui, a choisi d’emporter le plus de livres possibles de sa défunte librairie – 3000 en tout. Il a même renoncé à une télévision pour avoir plus de place, ce qui suscite, bien sûr, des commentaires. Qui peut se passer de télé ?

Grégoire, lui, est un homme qui passe inaperçu, comme il est passé inaperçu à l’adolescence. Il fait partie de ses 20 % de lycéens qui n’ont pas eu leur précieux baccalauréat, et au lieu de songer à se trouver une nouvelle orientation professionnelle, il a trouvé un travail, aidé par sa mère, une de ses femmes qui, pour joindre les deux bouts, travaille continuellement. Il exerce le métier d’apprenti-cuisinier, sans véritable espoir de monter en grade, en fait, son véritable métier semble plutôt bouche-trou, surtout pendant les congés d’été, quand il se retrouve à la blanchisserie. Mais monsieur Picquier a d’autres ambitions pour lui, et va faire de lui un lecteur.

Ne croyez pas pourtant que tout soit rose. De ce plaisir un peu égoïste au début – monsieur Picquier a obtenu que Grégoire lise, mais au début, c’est pour lui seul, on obtient ensuite un rendez-vous de lecture presque quotidien pour les pensionnaires de cette maison. Chaque journée n’est pas une victoire, chaque journée peut être aussi morne que la précédente si l’on n’y met pas encore du sien. Encore faut-il oublier non pas que l’on est malade, non pas que l’on est « en fin de vie », mais oublier que l’on est seul, soit parce que les êtres aimés ne sont plus, soit parce qu’ils n’en ont rien à faire de ceux qui vivent entre ses murs clos, bien à l’écart des autres. Alors, lire, c’est encore être vivant. Les livres dont il est question dans ce livre ne sont jamais considérés de manière pédante, distancié, on ne nous impose pas un jugement à l’emporte pièce. Monsieur Picquier est lucide sur le rôle du libraire, et sur la difficulté de bien le mener. Soyons aussi lucide que lui !

Quelques citations pour terminer :

« Quand t’es libraire, tu lis toujours avant les autres. C’est prétentieux, tu sais, de lire avant les autres et de décider de ce qui est important de ce qui ne l’est pas. De quel droit ? De quel droit s’approprier le pouvoir de diffuser un texte plutôt qu’un autre ? Qu’est-ce qui te donne cette légitimité ? C’est là que tu t’inventes ce rôle qui t’autorise à dire selon tes goûts, tes enthousiasmes et tes tocades : « Lisez ce livre » ou « Ne le lisez pas » !

« On ne construit pas des parcs à vieux à l’extérieur des villes pour en entendre parler de la sorte. Silence EHPAD ! Pas de bruit, on meurt et pendant ce temps, de l’autre côté, à défaut de vivre, on trime. « 

Partir c’est mourir de Jean Mignot

Présentation de l’éditeur :

En pleine nuit, le corps de Séverine est trouvé allongé dans la rue, devant chez elle à Versailles. Elle est atteinte d’une balle dans la tête. Elle est dans le coma et la médecine refuse de retirer la balle. Elle s’apprêtait à partir faire le djihad en Syrie après s’être convertie à l’Islam. Qui a commis cette tentative de meurtre ? Anouar, à qui elle venait d’annoncer qu’elle renonçait à partir avec lui ? Frédéric, l’amant de Séverine ? Alice, la femme de ce dernier ou Arthur, le fils de celle-ci ? C’est le commandant Bertrand qui mène l’enquête. Un flic à l’originalité qui cache sa sensibilité et le drame qu’il a vécu. En cours d’enquête, deux autres crimes sont commis.

Mon avis :

Ce n’est pas un secret, j’adore les romans policiers et quand j’ai vu ce livre sur Netgalley, je me suis laissée tenter. Problème : je n’ai pas aimé ce livre. Et là, vous vous dites « c’est court, comme avis ». Oui, je sais, c’est pour cette raison que je vais développer.
Le premier chapitre, qui nous plonge au coeur de l’intrigue, m’avait plu, et après ce début sur les chapeaux de roue, je m’attendais à ce que le reste soit de même nature. Pas trop. Chaque personnage est longuement présenté, décrit, et nous nous retrouvons plongés dans son passé, au point que je me suis retrouvée parfois à devoir faire coïncider ce que je venais de lire, montrant un personnage tout jeune adolescent, et l’époque actuelle dans laquelle le personnage l’était moins. Il fallait simplement que je m’adapte à cette façon de construire les personnages.
Par contre, ce qui m’a vraiment gêné, c’est la syntaxe. Je me suis même questionnée sur les raisons de transcrire les dialogues ainsi. En effet, quel que soit le personnage, adolescent, éducateur chevronné, femme timide, effacé et respectable, commandant, tous oublient une fois sur deux voir plus le « ne » de la négation – mais pas toujours, parfois, il est bien en place, et surtout, le « e » des « je » et autres pronoms est fréquemment élidé. Oui, cela donne peut-être une transcription de l’oralité, pourtant, quand cet effet porte sur tous les dialogues, c’est agaçant, et j’avais bien du mal à croire en la caractérisation de ces personnages qui parlaient tous de la même façon.
Beaucoup de secrets ou de non dits parsèment cette intrigue. J’aurai aimé que le voile soit levé sur certains d’entre eux. J’aurai aimé aussi que certains ne se voilent pas la face et « se bougent » un peu plus. Oui, les situations évoquées dans le livre sont malheureusement crédibles, et sont exploitées dans d’autres intrigues. Cependant, j’ai toujours du mal face à la naïveté et à la passivité de certains, surtout quand ils (ou elles) sont entourés de personnages prêts à agir. Roman policier, oui, mais j’aurai vraiment envie de savoir ce qui a poussé Séverine à agir comme elle a agi avant le commencement du roman, parce que les décisions qu’elle a prises tout au long de sa vie ne sont pas si évidentes que cela à prendre, y compris en connaissant son passé.
Bref, un roman que j’ai peu apprécié, mais que vous apprécierez peut-être.
Merci à Netgalley et aux édtions Bookelis pour ce partenariat.

Oiseau de nuit par Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

S’il vous observe, vous êtes mort.
La scène de crime est abominable : un médecin réputé est retrouvé asphyxié dans son lit, nu, un sac en plastique sur la tête, les poignets entravés. Jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Quelques jours plus tard, le corps d’un journaliste de tabloïds est découvert dans des circonstances similaires.
Puis un autre.
Voici donc l’enquêtrice Erika Foster avec un serial killer en liberté, un prédateur qui semble tout connaître des vies très secrètes de ses victimes.
Qui sait qui il observe en ce moment même ?

Petite précision : j’avais le choix, pour aujourd’hui, de rédiger un avis sur un SP numérique que je n’ai pas du tout aimé, ou sur un SP numérique que j’avais beaucoup apprécié. J’ai choisi cette deuxième solution.



Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Belfond qui m’ont fait parvenir via Netgalley le deuxième tome des enquêtes d’Erika Foster, sans que j’ai à le solliciter. J’ai beaucoup aimé le premier tome, j’ai tout autant apprécié le second.
J’ai aimé retrouver Erika, qui est loin d’être un personnage parfait. Elle ne s’est pas remise de la mort de son mari, dont elle se juge toujours responsable. Elle rêve toujours de mettre la main sur celui qui a causé sa mort et celle de ses hommes, toujours en cavale deux ans après les faits. Ce n’est pas l’intrigue principale, mais c’est un fait qui apparaît, réapparaît, parce que rien n’est réglé pour Erika, qui vit seule, dans un appartement impersonnel, et ne semble pas avoir de véritables amis, même si le médecin légiste est la personne qui s’en approche le plus, sans toutefois parvenir à lu faire oublier ce qui compte réellement pour elle : le travail.
Enquêter, oui, mais encore faut-il en avoir les moyens, le temps, les hommes, et les moyens qui vont avec. Pourtant, la mort d’un médecin reconnu, dans un quartier résidentiel, est un enquête qui devrait retenir toute l’attention de la police – si ce n’est que la vie privée de ce brave médecin était un peu hors-norme, et qu’il n’en faut pas plus pour ranger ce crime dans une jolie petite case, et le laisser, quitte à ce qu’il ne soit pas réellement résolu. Vous avez dit hiérarchisation dans les crimes qui méritent réellement que l’on se penche dessus ? Vous avez raison !
Il faut qu’un second meurtre survienne pour que l’enquête soit relancé. Il faut qu’un troisième meurtre survienne pour que l’enquête cesse, parce que c’est tellement mieux de trouver un coupable (oublions le présumé) qui rentre dans les jolies cases que l’on a prévues à cet effet.
Erika n’est pas toujours respectueuse des règles – elle a d’illustres prédécesseurs dans la littérature policière. Mais elle est une femme, et cela change tout. Une femme ambitieuse, consciente de sa valeur aussi, des affaires qu’elle a élucidées, ce que personne n’a fait à sa place. Alors, oui, cette affaire-ci, elle la résoudra, et oui, cette promotion, elle la veut. Mention spéciale pour le profiler qui dresse un portrait convenu et attendu du tueur en série qu’ils doivent débusquer. Il est tellement facile de ne pas sortir de ses (mauvaises) habitudes.
L’intrigue nous laisse d’ailleurs quelques incertitudes, sur les faits dont nous parle le tueur. Peut-être se sont-ils réellement déroulés ainsi, peut-être que non. Certains épisodes de son enfant montrent, s’il fallait le rappeler, la capacité de résilience des enfants.
Bonne nouvelle pour moi : trois autres tomes mettent en scène Erika Foster à ce jour.

Sans compter la neige de Brice Homs

Présentation de l’éditeur :

Appelé pour rejoindre précipitamment sa compagne qui va accoucher de leur premier enfant, Russel Fontenot – surnommé Frenchie Boy – doit quitter précipitamment Washington pour rejoindre en voiture Charlottesville. Un trajet, en principe de quelques heures, qui, sous l’effet d’une soudaine tempête de neige, va s’éterniser. Au fil de cette nuit riche en rencontres, hanté par l’idée de devenir père, Russell va se remémorer son enfance auprès d’un père étrange et distant – qui lui a pourtant tout donné –, ses années universitaires où le rock, l’amitié et les drogues forment un puissant cocktail, la naissance de l’amour. Surtout, il va devoir se confronter au secret lié à sa propre naissance et à la disparition de sa mère. Russell arrivera-t-il à temps pour l’accouchement ? Et pourquoi vient-il de bifurquer et de prendre une autre direction… celle qui fuit vers le nord ?

Mon avis :

L’art de sortir des sentiers battus.
Une nuit, une vie.
Oui, le roman se déroule sur vingt quatre heures, vingt quatre heures et un épilogue qui permet de nous emmener un peu vers l’avenir.
Ce à quoi nous assistons, c’est à une naissance, mais du point de vue du père. Il est loin de la mère, pour une seule journée, et il devra donc effectuer un périple, en forme de voyage initiatique pour parvenir à temps chez lui. Ce voyage, nous le suivons heure par heure avec lui.
Il neige, comme en un retour au pays de l’enfance, et le narrateur-personnage principal commet ce que je nommerai une succession d’actes manqués – mais sont-ils vraiment tous involontaires ?
Il se penche sur son enfance et sur sa jeunesse. La paternité, tout comme la stabilité professionnelle, marque une étape dans sa vie, après la stabilité professionnelle auprès de Jennie.
Sa jeunesse ? Elle fut simple et sordide à la fois.
Je note aussi l’importance du nom, et du prénom. « Le vieux », nous ne saurons pas tout de suite son nom et son prénom, et son propre fils ne l’appelle pas « papa ». « Koz », son meilleur ami – ou du moins ce qui s’en approche le plus, refuse son prénom et ce que son propre père a souhaité lui transmettre avec.
Rouler, même en campagne, même quand il neige, c’est aussi l’occasion de faire des rencontres, et quand on s’enfonce dans le pessimiste, il est bon aussi de rencontrer des gens qui vivent en étant plus positif.
En toile de fond, non pas la Louisiane mais la culture cajun, le fait d’être, ou de ne pas vouloir être cajun.
Un roman surprenant, en dehors des schémas attendus.