Archive | 28 janvier 2019

Belle-fille de Tatiana Vialle

Présentation  de l’éditeur :

«J’ai retrouvé une photo de ces années-là. C’est une photo en noir et blanc, nous y figurons tous les trois, Olga, toi et moi. Assis au centre sur la moquette blanche, tu regardes droit dans l’objectif avec une sorte de détermination joyeuse dans les yeux. À genoux à côté de toi, indifférente au photographe, j’ai le visage tourné vers le chat que tu tiens dans tes bras. Sur la gauche de la photo, adossée à des coussins, Olga sourit, la tête renversée en arrière. Au premier plan trône Oxana, le vieux berger belge et son museau blanchi. Derrière nous, le paysage lacustre de la tapisserie d’Aubusson. Je détaille la jeune fille agenouillée à tes côtés, vêtue d’une blouse blanche brodée et d’un jean. Elle a le regard songeur. Je me demande à quoi elle pense, ce dont elle rêve. Je l’ai perdue de vue. » Avec Belle-fille, Tatiana Vialle signe un récit romancé adressé à celui qui fut son beau-père. D’une écriture aérienne, elle livre le portrait sensible d’un monstre sacré du cinéma et celui d’une femme courageuse qui n’a eu de cesse de se réinventer une famille. Une lettre en forme d’hommage qui interroge la figure paternelle.

Mon avis :

Je suis une grande fan de la collection Les Affranchis, je les ai tous, je les ai soigneusement conseillés, prêtés, à toutes les personnes lectrices de ma connaissance. Aussi, quand ce nouveau titre est paru après, si je compte bien, presque sept ans d’interruption dans la parution, je l’ai tout de suite demandé en partenariat à Netgalley et aux éditions Nil, et je les remercie d’avoir accepté.
C’est maintenant que la difficulté commence, parce que je n’ai pas vraiment apprécié ce volume. Cette lettre devrait contenir tout ce qui n’a pas été dit. Mouais. Disons qu’il dresse avant tout, avant le portrait de Jean Carmet, qui n’est jamais nommé, celui d’une jeune femme, auteur, narratrice, et personnage principale. J’ai lu, à travers elle, le portrait que j’avais déjà lu d’autres filles, même si elles n’étaient pas des filles ou des belles-filles de, le portrait d’une fille en errance, devenue comédienne parce qu’on le lui avait interdit, mariée, divorcée, seule avec son fils puis à la tête d’une famille recomposée, et maintenant grand-mère. Une errance dans la ville, au gré des hébergements qu’elle trouve avec son fils et une indifférence aussi, presque réciproque, avec sa propre mère. J’ai été stupéfiée par cette perte des liens familiaux dont il est question dans le livre – avec la grand-mère paternelle, l’oncle, qui eux-mêmes avaient plus ou moins exclu le père biologique de la narratrice de leur vie. Ce n’est pas que les morceaux n’ont pas été recollés, c’est que personne n’a eu l’impulsion pour le faire.
Alors, forcément, l’on s’interroge sur la notion de famille, celle de sang, et celle que l’on se choisit, celle que l’on essaie de garder lié puisque rien n’y oblige, comme le lui fera comprendre Jean Carmet quand il sera définitivement séparé de sa mère.
Questionnement aussi, sur son père biologique, sur ce qu’il n’a pas dit – la guerre d’Algérie. Les accusations de sa mère aussi, qui lui reproche d’avoir préféré son père à Jean. Père fugace, fugitif, qui n’a pas véritablement occupé cette place que Jean Carmet a tenu pendant toute la jeunesse de la narratrice. Elle montre la vie quotidienne de Jean avant et pendant le succès, la difficulté aussi, d’affronter le regard des autres quand la prestation de son père ne cause que moquerie ou mépris – on aime bien mettre les acteurs dans de petites cases, à la condition qu’ils n’en sortent pas.
Un rendez-vous un peu manqué pour moi, mais je suis sûre qu’il plaira à d’autres.