Archive | 25 janvier 2019

La fille mirage d’Elise Broach

édition du Rouergue – 316 pages

Présentation de l’éditeur :

Ils sont trois ados sur la route des vacances. Lucy est à l’arrière, pendant que son frère aîné Jamie conduit, flanqué de son inséparable copain, Kit, un type mignon mais insupportable. La route est longue jusqu’à Phoenix et, alors qu’ils traversent une zone désertique du Nouveau-Mexique, un orage violent éclate, en début de nuit. Visibilité zéro. C’est alors que leur voiture heurte quelque chose. En un instant, leurs vies basculent… Coincés au milieu de nulle part, Lucy et les deux garçons vont perdre une part de leur innocence, mais aussi se découvrir eux-mêmes, pour le meilleur.

Mon avis :

j’ai chroniqué un excellent livre américain plus tôt dans la journée. J’ai voulu continuer… et j’ai lu ce livre. Ce n’est même pas une déception, c’est de l’indifférence.

Que les parents acceptent que leur fils de 18 ans (à peine), son meilleur ami et leur fille de 14 ans fassent une longue route ensemble, pourquoi pas ? Mais, au vue de ce qui leur arrive, je ne comprends pas qu’aucun des deux n’ait trouvé le moyen de rappliquer ventre à terre pour prendre soin de leur progéniture. Non, parce qu’ils pensent avoir heurté un coyote, et c’est une jeune fille morte qu’ils trouvent au bord de la route. Oui, leur vie bascule, comme dit le résumé, mais il a fallu que Lucy insiste pour qu’ils fassent demi-tour. Et là, Lucy, près du corps, a un geste qui me l’a rendue immédiatement antipathique – et peu importe les excuses que certains ne manqueront pas de lui trouver, elle aura elle-même l’occasion de voir les conséquences de son acte. La suite ne la rend pas plus sympathique, non plus que Kit, son meilleur ami presque flirt. Ils sont au mieux inconsistants, au pire désagréables. J’ai presque oublié le frère aîné, Jamie, qui vit une des histoires les plus intéressantes, mais elle n’est que secondaire dans le récit. Sans doute aussi est-elle intéressante parce qu’elle est racontée de manière elliptique, sans que l’on ressente le besoin de nous parler des tenants et des aboutissants;

J’ai failli oublier de vous parler de l’aspect policier de l’intrigue. Les policiers vont et viennent, et n’avancent pas – merci Lucy ! Par contre, Lucy parvient à enquêter, à trouver des preuves, d’une manière véritablement très chanceuse comme si le meurtrier n’attendait que son arrivée pour commettre une erreur et être arrêté.

Un dernier regret  : nous traversons le désert, mais je n’ai pas pu en ressentir la beauté, l’étrangeté, la singularité comme j’ai pu le faire dans les romans de Tony Hillerman ou d’Edward Abbey.

 

Un seul parmi les vivants de Jon Sealy

édition Albin Michel – 350 pages.

Présentation de l’éditeur :
Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le « magnat du bourbon ». Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif, sceptique de nature, décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.

Mon avis :

Caroline du Sud, 1932. La grande dépression a frappé. La prohibition a été votée. Prenez ces deux faits, et vous obtenez un trafic d’alcool qui permet à des familles de vivre, et aux grands patrons de s’enrichir. L’alcool permet aussi de supporter la vie présente, pas toujours facile. Jamais facile serait plus juste. Le sherif Chambers a perdu ses deux fils à la guerre. Mary Jane Hopewell (ne vous trompez pas, il s’agit de son surnom, pas de son vrai prénom) a vécu les combats, la promiscuité des blessés, l’envie de s’en sortir malgré tout. Son frère Joe en parle moins, pourtant lui aussi a été très marqué par la guerre : la naissance de son second fils l’a fait renoncer à l’alcool. La veuve Campbell a perdu son mari à la guerre, et son fils unique est mort sous les balles du shérif – le seul homme qu’il ait jamais tué.
Tous pourraient continuer à (sur)vivre ainsi, sans trop se rendre compte qu’ils sont pauvres puisque tous le sont. Mais un double meurtre a été commis, deux jeunes hommes qui participaient au trafic d’alcool. L’un d’entre eux avait été recueilli par la veuve Campbell. Qui est accusé du meurtre ? Mary Jane, un homme très proche de la veuve. Bizarrement, peu croient qu’il soit le véritable coupable et même si le shérif le cherche – il faut bien enquêter – il doute que l’homme, marginal, ait tué deux hommes de sang froid.
Alors… ce qui commence n’est pas une chasse à l’homme, non, pas à proprement parler. Il s’ennuie plutôt un jeu de cache-cache, pour échapper au shérif d’un côté, pour contrer Larthan Tull de l’autre. Tull est le chef incontesté du trafic d’alcool clandestin, et il ne lui vient pas à l’esprit de partager le gâteau. Pourquoi partagerait-il d’ailleurs ? Il est bien décidé à mettre bon ordre dans toutes les velléités de rébellion – avec des conséquences qu’il n’attendait pas.
Ce qu’il n’attendait pas non plus, et le shérif encore moins est l’arrivée des fédéraux, bien décidés à mettre fin au trafic. Pour eux, tout est blanc ou noir. Pour Chambers, rien n’est aussi simple. C’est d’ailleurs à leur arrivée que le lecteur comprend que l’on est en route vers la catastrophe, comme si, une fois la tragédie, rien ne pouvait l’arrêter.
Oui, ce roman se déroule en 1932, cependant il nous plonge dans le passé – la première guerre mondiale, dont on oublie un peu les conséquences pour les américains – et dans le futur, quand il nous présente les conséquences pour ceux qui ont vécu cette année-là. Un roman qui nous rappelle que le rêve américain n’en a pas toujours été un.