Archive | 5 décembre 2018

Au lycée des louveteaux garous – III

Nouvelle réunion au pensionnat des louveteaux garous. Réunion dite « de crise » – cela faisait longtemps.
Un an pour être exact.
Gaël de Nanterry, entouré par le CPE et deux lieutenants de la meute du Sud (Erik de Nanterry, son père, était occupé à contenir la révolte sur un autre front) tentait d’informer les personnes présentes tout en répondant aux questions les plus pressentes.
– Pourquoi c’est notre pensionnat qui est le plus attaqué ? Il en est d’autres !
– Oui, répondit Gaël, mais nous sommes historiquement le tout premier pensionnat à avoir été déclaré « pensionnat des louveteaux garous ». Nous vivons dans un endroit presque coupé du monde, dans le but, certes, de protéger les louveteaux mais cela nous rend aussi beaucoup plus facile d’accès en cas d’attaque.
– Ne serait-il pas possible de déplacer le pensionnat ?
– Vous pensez bien que la question a déjà été soulevée. Nous accueillons ici mille cinq ans élèves, mille cinq cents pensionnaires, faut-il le rappeler. Une telle structure ne se reconstruit pas ailleurs aisément. Imaginez-vous un tel établissement au plein coeur des villes ?
Un des lieutenants (un dénommé Eoin – que les professeurs avaient déjà rebaptisé « tu parles d’un nom ») prit la parole. Cheveux noirs pas vraiment coiffés tombant aux épaules, barbe pas vraiment entretenue, il tenait, n’était sa frêle complexion, plus de l’ours que du loup garou. Quoique. Il ne fallait pas le dire trop vite sous peine de se retrouver avec des blessures en mode incurable.
– L’attaque des Trolls, dit-il, nous a tous surpris. D’habitude, les Trolls font grève, s’énervent, casse deux/trois trucs et se calment. Et pour tous ceux qui soupirent que je rappelle des évidences, c’est en partant des évidences que l’on comprendra peut-être pourquoi ils ont disjoncté.
– Les Trolls ont pourtant d’excellentes conditions de travail, intervint un professeur. Je dis bien « de travail » – ce ne sont pas des esclaves !
– Pourvu, souffla madame Lecerf à madame Cobert, que ce ne soit pas encore une revendication de territoire à la noix.
– Ils ont déjà leur propre territoire.
– Justement. Quand on en a un, on veut l’agrandir.

Calmer le jeu, c’est bien. Apprendre la vérité, c’était pire. Oui, les trolls avaient sciemment attaqué le pensionnat des louveteaux (nan, sans déc’ ?). Leur objectif était de se débarrasser de ceux qui les empêchaient de retourner à leur état de « nature ». Les loups étant les plus proches, ce sont eux qui ont été les premières cibles.
– Absurde, répondit Silas Chépukoi, que Gaël avait presque réussi à oublier. Presque. Cet état de « nature » est presque légendaire. Cela fait très longtemps que les trolls ont quitté les cavernes, les grottes, voire les falaises où certains ont longtemps prétendu qu’ils vivaient. La civilisation trollesque était même fort cultivée jusqu’à son déclin.
– Je sens que les cultiver à nouveau ne sera pas facile, répondit Gaël.
– Sans doute.
– Puis, intervint Eoin, nous ne les empêchons pas de démissionner de leurs métiers respectifs et de retourner vivre à temps plein sur leur territoire!*
– C’est ce que la majorité d’entre eux vient de faire, tout en regrettant, du bout des lèvres, vraiment, ce qu’une masse d’individus dégénérées a fait.
Pas la peine de le préciser : dans la salle, personne ne croyait à ses excuses. Tous s’attendaient plutôt à de nouveaux assauts. Aux pensionnats, on avait l’habitude.

*Comme beaucoup de personnes, les trolls ne dorment pas sur les lieux où ils habitent. le pays des Trolls ressemble donc plus, parfois, à une vaste cité dortoir. Il n’est pas rare que les jeunes trolls ne sortent de leurs territoires qu’au moment où ils doivent gagner leur vie pour la première fois, les interactions avec les humains, les loups garous et les vampires étant donc extrêmement limitées. Autant dire qu’ils frôlent, en dépit des conseils de leurs parents (ou de leur absence totale et complète) le choc thermique.