Archive | 27 novembre 2018

Au lycée des louveteaux garous – II

Anatole ressentait une profonde fatigue d’ordre psychologique. Les devoirs ? Merci, ils étaient faits. L’écriture ? Mais comment fallait-il le dire ! Il n’avait plus aucune envie de tenir son journal, et ce n’est pas Sarah, qui pestait contre l’absence de qualités littéraires du roman qu’elle était en train de lire, ou l’absurde dénouement de sa saga préférée qui le ferait changer d’avis. Et pourtant, elle y mettait tout son énervement : Anatole se rendait-il compte que l’héroïne se mettait finalement en couple avec son meilleur ami, enfin, celui qui avait été son meilleur ami pendant les douze tomes de la saga, alors qu’elle en avait aimé un autre, nettement plus héroïque ? Mais quelle louve était assez stupide pour se mettre en ménage avec son meilleur ami ?

– Sarah, répondit Anatole, entre deux bâillements, j’en connais plein. Y compris ma propre mère.

Anatole pensait sérieusement en avoir fini avec cette pot de colle super glue qu’était Sarah. C’était sans compter qu’au beau milieu de l’après-midi, Sarah se posterait au beau milieu de la magnifique cours du lycée et se mettrait à hurler comme si c’était la pleine lune.

– Alerte, alerte ! Une intrusion a été signalée au pensionnat des louveteaux ! Tous au boulot !

Et crac ! Une super métamorphose plus tard – et quelques vêtements définitivement inutilisables – tous filèrent en direction de leur ancien pensionnat.

J’aimerai vous dire « plus de peur que de mal », mais ce n’est pas si simple. On en aurait presque été à regretter les chevaliers dragons. Parce que là, une meute de Troll incontrôlée, azimutée, chtarbée en train de baguenauder un peu partout, c’est franchement déstabilisant.

Comme d’habitude, madame Cobert et madame Lecerf, dos à dos, luttaient contre la déferlante.

– Non mais là, je cauchemarde ! dit madame Lecerf en envoyant un grand coup de balai dans la tronche d’un troll, la dernière fois qu’ils ont perdu les pédales, je portais encore des couettes !
– Et moi, je ne savais même pas que les trolls existaient quand c’est arrivé.
– C’est dans ces moment-là que l’on se demande pourquoi l’on enseigne pas dans un établissement plus conventionnel.

N’écoutant que son inconscience, Sarah mordit la fesse d’un gros Troll. Rémy envoya un « pain dans la gueule » d’un troll vert tout en chantant – c’était l’heure de ses gammes, et il n’était pas certain que sa maman louve prendrait bien le fait qu’il ait omis sa séance sous prétexte qu’il se battait contre les trolls. Anatole cherchait Valère, qui avait eu le réflexe de protéger les plus jeunes membres de la meute avec d’autres louveteaux. Comme tous, il savait que les trolls pouvaient disjoncter, mais à ce point-là, non. Gaël de Nanterry, principal définitif du pensionnat, y allait carrément à coup de… et bien à coups de casseroles, qui étaient nettement moins solides que l’ossature des trolls.

– J’ai vécu pendant quatre ans avec un spécialiste des trolls, disait-il au CPE, qui n’en menait pas large. Il m’a toujours affirmé qu’ils étaient très calmes. J’aimerai bien savoir ce qu’il dirait s’il était ici en ce moment !