Archive | 21 novembre 2018

Mauvais genre d’Isabelle Villain


Présentation de l’éditeur :

Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d’une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
Vingt-trois ans plus tard, l’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d’une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d’effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L’entourage de la victime est passé au crible, et l’histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.

Merci à Joël, des éditions Taurnada, pour ce partenariat.

Mon avis :

J’aimerai vous dire : nous entrons directement dans le vif du sujet, mais ce serait un peu trop simple. Alors je vous dirai : nous sommes plongés dans une tragédie ordinaire, banale, quasi-quotidienne en quelques pages. Puis, des années plus tard, nous nous retrouvons plongés dans un autre drame, tout aussi sordide. Etre soi n’est pas simple, l’actualité nous le rappelle presque quotidiennement.
L’équipe qui enquête est déjà constituée quand débute ce roman. Elle est soudée, même si chacun de ses membres a un caractère bien trempé. Le commandant Rebecca de Lost sait ce qu’elle veut, que ce soit dans sa vie professionnelle ou dans sa vie personnelle. Ce n’est pas forcément le cas de tous les policiers, qu’importe ! Elle mène sa barque, et son enquête.
Ses enquêtes, plutôt. En effet, une ancienne affaire ressurgit, un tueur sorti du passé, bien qu’il n’ait pas fait parler de lui pendant sept ans – de là à dire qu’il accélère subitement la cadence pour rattraper le temps perdu, il est un pas que j’aurai presque envie de franchir. Presque.
L’intrigue est vraiment menée tambour battant, on ne s’ennuie pas du tout en suivant le parcours de chacun des personnages, leur questionnement. Des thèmes actuels, d’autres intemporels sont intégrés à l’intrigue sans que jamais l’on est l’impression que cela soit plaqué dans le récit.
Certains personnages resteront des énigmes, comme le personnage de Mélina, qui en cache certainement plus que ce qu’elle veut bien révéler au moment du dénouement. D’autres ont appris beaucoup, par contre, et pas toujours à leur avantage. Oui, je n’en dévoile pas trop, parce que le but est de vous donner envie de lire ce livre, pas de vous gâcher le plaisir de lecture. Vous l’aurez compris, les pages se tournent très rapidement, tant on a envie de savoir ce qui va se passer ensuite.
Je prendrai plaisir à retrouver le commandant Lost dans une prochaine intrigue.

Les inconnues de la Seine de Frédérique Molay

Présentation de l’éditeur :

Depuis les attentats, le commissaire Nico Sirsky, chef de la brigade criminelle de Paris, et ses hommes sont sous tension. Difficile de maintenir un semblant de vie ordinaire lorsque les effectifs réduits obligent l’équipe à enchaîner mission sur mission. Mais lorsqu’une jeune fille est enlevée en plein jour au cœur de la capitale, c’est tout l’équilibre précaire de leur quotidien qui bascule.
Confronté à un adversaire redoutablement intelligent et pervers, l’affaire va prendre un tour personnel pour Nico Sirsky, rattrapé par d’anciens démons qu’il croyait enterrés depuis longtemps. Commence alors une course effrénée contre la montre qui va mettre le commissaire au pied du mur et le pousser dans ses derniers retranchements.

Mon avis :

Je n’avais pas vraiment aimé le précédent opus des enquêtes du commissaire Sirsky, mais là, je dois dire que j’ai retrouvé ce qui, pour moi, faisait la force de cette série.
Nous retrouvons le commissaire Sirsky peu de temps après sa précédente enquête. Il accueille un nouveau membre dans son équipe, ou plutôt, il salue le retour d’un de ses anciens co-équipiers, qui a dû quitter la crim’ pour cause de jusqu’au boutisme – bref, toute ressemblance avec le commissaire n’est presque pas fortuite. L’arrivée de ce nouvel ancien membre n’est pas sans faire grincer des dents à ceux qui espéraient une promotion. Le commissaire veille à ce que tout se passe bien, je vous assure.
Il faut dire que l’affaire sur laquelle ils doivent enquêter est tout sauf facile : une jeune femme a été retrouvée torturée et assassinée, plusieurs jours après son enlèvement. Un autre corps est bientôt retrouvé, et l’accélération du rythme laisse craindre qu’elles ne sont que les premières. L’intrigue est solidement construite, montrant à quel point le travail d’enquête est avant tout un travail d’équipe, équipe qui tente, aussi, d’avoir une vie privée. Solidité de l’intrigue et multiplicité des points de vue : nous ne restons pas dans les bureaux, nous allons sur le terrain. Sont intégrés aussi des chapitres qui nous confrontent au tueur. Ce procédé est fréquemment utilisé et j’apprécie rarement qu’il le soit. Alors, pourquoi ici, cela ne m’a pas autant dérangé que dans d’autres livres lus ? Non, l’on ne s’habitue pas à la violence, et ce roman ne la cautionne pas. Justement, c’est peut-être cela : nous découvrons la névrose du tueur, nous sommes davantage du point de vue de ses victimes, nous sommes avec leurs souffrances avant d’être avec lui. Nous découvrons aussi comment il parvient à passer inaperçu, à manipuler, et là, ce n’est pas dérangeant, c’est inquiétant, puisque cela ne paraît pas si difficile que cela. Il est facile, aussi, de passer à côté d’indices, parce que, justement, tout paraît banal, ordinaire, dans une ville où l’extraordinaire a eu lieu. Les attentats ne sont pas loin, et les effectifs de la crim’ en souffrent – difficile de rester aussi efficace dans ses conditions.
Le passé est bien présent – et l’on sait à quel point vivre dans le passé n’est pas judicieux. Le commissaire lui-même n’a pas fait son deuil de la première affaire à laquelle il a été mêlé – parce que, quoi qu’on dise, on ne le fait jamais vraiment entièrement. De même, l’enquête est traversé par un mythe un peu oublié, celui de l’inconnue de la Seine, dont on parlait déjà dans Bérénice de Louis Aragon. L’inconnue de la Seine, ou le rappel des « divertissements » particuliers du XIXe siècle. Que de jeunes filles innocentes, dans les oeuvres littéraires, se sont données la mort, gardant à jamais cette innocence – la mort plutôt que le déshonneur, ce qui, finalement, arrange bien les hommes.
Au centre du roman, la famille : celles des policiers (oui, je sais, j’en ai déjà parlé), celles des victimes – un être humain est rarement seule au monde – celle du tueur – tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin.
Les inconnues de la Seine – un roman véritablement policier.