Archive | 20 novembre 2018

Les doigts rouges de Keigo Higashino

Présentation de l’éditeur :

Machara Akio est un homme ordinaire qui mène une existence ordinaire d’employé de bureau. Il vit avec sa femme, son fils et sa mère vieillissante. Un jour, il reçoit un appel de son épouse au travail. La chose est inhabituelle. La demande qu’elle lui fait l’est encore davantage : revenir immédiatement à la maison. Elle refuse de lui en dire plus mais la panique qu’elle entend dans sa voix le convainc de partir aussitôt. A son arrivée, sa femme lui apprend que leur fils, âgé de quatorze ans, a tué une fillette et que le cadavre gît dans le jardin…
Le lendemain, le corps de la petite victime est retrouvé dans les toilettes publiques. Alors que son père est mourant à l’hôpital, Kaga Kyoichiro prend en charge l’enquête. Son jeune cousin, fraîche recrue affectée à ses côtés s’étonne de la froideur implacable du limier que rien ne semble atteindre, ni l’agonie d’un proche ni les pires turpitudes de l’âme humaine. A travers lui, le lecteur observe, médusé, la mécanique insondable et parfaite d’un esprit policier.

Mon avis :

Les doigts rouges est un roman policier – oui, mais pas seulement. Les enquêteurs sont deux policiers méticuleux et surtout, profondément humains. Méticuleux, parce qu’ils recherchent les indices et suivent les pistes vers lesquelles ils les mènent. Profondément humains parce que, par delà l’horreur du crime commis, ils s’intéressent réellement aux personnes qui sont en face d’eux, que leur langage soit oral ou corporel : le corps parle beaucoup plus qu’on ne le croit.
Le lecteur a un avantage sur eux : il sait qui a tué. Il sait qui a aidé à cacher le corps, qui a tout mis en oeuvre pour protéger le coupable – quitte à orienter la piste vers une autre personne. Ce à quoi nous assistons, c’est la décomposition de la famille traditionnelle japonaise. La cause n’est pas à chercher dans les difficultés de la vie quotidienne, non, il est dans les petites lâchetés banales, que l’on couvre sous d’autres noms. La transmission parents/enfants n’est plus possible dès lors qu’un des maillons a été disqualifiés – tel Machara Akio, qui obéit en tout point à sa femme pour obtenir la paix dans la maison, ou plutôt une petite tranquillité quotidienne. Nous avons d’un côté le discours – et l’investissement total de sa femme dans sa maison et surtout, dans l’éducation de leur fils. Nous avons de l’autre la réalité.
Un roman passionnant et profond.

Boccanera de Michèle Pedinielli

Présentation de l’éditeur :

Si l’on en croit le reste de l’Hexagone, à Nice il y a le soleil, la mer, des touristes, des vieux et des fachos. Mais pas que. Il y a aussi Ghjulia – Diou – Boccanera, quinqua sans enfant et avec colocataire, buveuse de café et insomniaque. Détective privée en Doc Martens. Un homme à la gueule d’ange lui demande d’enquêter sur la mort de son compagnon, avant d’être lui-même assassiné. Diou va sillonner la ville pour retrouver le coupable. Une ville en chantier où des drapeaux arc-en-ciel flottent fièrement alors que la solidarité envers les étrangers s’exerce en milieu hostile… Au milieu de ce western sudiste, Diou peut compter sur un voisin bricoleur, un shérif inspecteur du travail, et surtout une bonne dose d’inconscience face au danger.

Mon avis :

J’ai lu ce roman presque d’une traite – c’est dire à quel point je l’ai apprécié.
Bien sûr, ce serait facile de dire que c’était une lecture facile puisque je l’ai lu aussi facilement. Il n’en est rien.
Déjà, l’héroïne est hors norme. Si les femmes flics sont déjà peu représentées dans la littérature policière, que dire des femmes détectives privées ? Que dire aussi des femmes qui ont atteint la cinquantaine, et qui ont fait le choix – définitif – de ne pas avoir d’enfants, sans se justifier à tout bout de champs. Elle est restée proche de son ex-mari, policier, qui a mis fin à leur mariage pour cette raison, justement. Son travail de détective privé n’est pas toujours très exaltant, entre routine et opération franchement ennuyeuse. Seulement, l’affaire qui se présente à elle est différente. C’est Dan, son colocataire, oiseau de nuit, qui lui a trouvé ce client. Point positif : Diou n’a aucun préjugé, contrairement à d’autres enquêteurs, et le fait que Dorian veuille faire toute la lumière sur la mort de son compagnon, assassiné au cours d’un jeu érotique qui a mal tourné selon la police, est tout à fait dans ses cordes. Problème – et de taille : Dorian est assassiné à son tour, visiblement par le même assassin. Encore un jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Les clichés ont désormais la vie dure, mais c’est tellement facile de foncer dans la première piste qui se présente !
Ce que j’ai aimé, c’est, en plus de la personnalité de Diou, la galerie de personnages haut en couleurs qui entoure la détective. Il y a Jo, son ex-mari, toujours prêt à l’aider, même s’il conserve sa mentalité d’enquêteur de police. il est aussi ses héros du quotidien, qui, tel monsieur Amédée d’un bon coup de marteau vous envoie un agresseur au tapis, voire au-delà. Il est des personnes aussi qui naviguent entre les deux, ni bons, ni réellement mauvais comme le frère de la seconde victime.
Et si le véritable personnage, c’était la ville de Nice, avec ses vieux quartiers, ses rues où il est parfois difficile de circuler, ses habitants et ses magouilles aussi ? Nice est au coeur de l’intrigue, qui n’aurait pu se passer ailleurs. Elle nous rappelle aussi qu’elle n’est pas loin de la frontière italienne, et qu’il est des personnes, humaines (ce n’est pas toujours un pléonasme) qui pensent à aider autrui.
Boccanera – un roman haut en couleurs qui vous plaira à condition de ne pas être frileux.