Archive | 11 novembre 2018

Armistice

Cette petite fille avait quatre ans quand la guerre a commencé, huit quand elle s’est terminée.

Elle a vu son père venir en permission, une fois.

Elle a pris le train, avec sa mère et sa petite soeur Suzanne, pour voir son père à l’hôpital.

Elle a vu son père revenir – handicapé mais vivant.

Chaque jour, elle a vu Aimée, sa grand-mère maternelle se faire un sang d’encre pour ses trois fils, Clovis, Célestin, Marcel. Pourtant, elle avait l’espoir qu’ils reviennent tous les trois du front. Ils sont revenus – vivants. Ne racontant à leur nièce que le meilleur, les copains, les chansons qu’ils avaient apprises dans les tranchées.

Le cousin de sa mère était professeur de hautbois. Comment il vécut ses quatre ans, je ne sais, je sais seulement qu’il revint, avec la légion d’honneur et la croix de guerre.

Un peu plus loin, une autre femme, Augustine, s’inquiétait pour ses quatre fils.

Le premier fut blessé.

Le second mourut le 14 septembre 1914, dans la Marne. Il faisait partie du 5e régiment d’infanterie.

Le troisième fut prisonnier à Münster.

Le quatrième fut porté disparu, puis « retrouvé », prisonnier lui aussi.

Alors, le jour où l’on célèbre les cent ans de l’armistice, je ne veux pas oublier que la guerre ne s’est pas arrêtée ce jour-là pour les survivants, qu’ils en porteraient les séquelles durablement. A l’heure où l’on se demande s’il faut célébrer tel ou tel maréchal, je préfère penser aux simples soldats, qu’ils se soient nommés Georges, Louis, Cyrille, Henri, François ou Jules.

 

 

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