Archive | 9 novembre 2018

Journal d’un louveteau garou – 6 novembre 2018

Cher journal

Et oui, cela fait longtemps que je n’ai rien écrit, parce qu’il ne se passe quasiment rien. Mais alors, rien. Le lycée, à côté du pensionnat des louveteaux, est d’un calme olympique. Il faut dire que nos professeurs sont tous absolument rasoirs. Ordinaires. Normaux. Si les rumeurs se confirment que le pensionnat ouvre une section lycée, j’y retourne tout de suite.

Valère, mon cher petit frère, affirme que le pensionnat est beaucoup plus calme depuis que ma « génération » a mis les voiles vers des cieux plus cléments. Tant d’outrecuidance me confond.

J’ai lu le programme de leur sortie scolaire. Les crédits manquent, c’est atroce, et les jeunes louveteaux devront user leurs coussinets s’ils désirent visiter des musées ou assister à des spectacles. D’un autre côté, mêler le sport à la culture, c’est bien, et ce n’est pas comme si nous n’avions pas l’habitude de marcher. Puis, madame Cobert aurait dit : « plutôt qu’un bus qui tombe en panne en rase campagne, il vaut mieux pas de bus du tout. » A nouveau, elle a réussi sa mission : les 6e sont terrifiés. Il faudrait qu’elle forme les professeurs de notre lycée, ils ne font peur à personne, ils nous endorment ! J’ai l’impression qu’ils n’ont pas changé leur méthode depuis la dernière guerre inter meute, et elle remonte tout de même à très très longtemps ! Il faut que je vérifie mes cours d’histoires de la meute, d’ailleurs.

Sur ce, je te laisse,

Anatole Sganou.

PS : un louveteau a dû copier à tous les temps et à tous les modes : « je ne dois pas mordre les fesses d’un camarade de classe en plein cours, même si mon camarade affirme que cela ne lui a pas fait mal ».
PSS : comme tout est calme et que tout se passe bien, ceci est, pour un temps, la dernière page du journal d’un louveteau garou.

Le dernier détective de Robert Crais

Présentation de l’éditeur :

« C’est le moment de payer pour ce que tu as fait ! » La sentence, assénée par un mystérieux interlocuteur au détective Elvis Cole, agit comme une grenade dégoupillée : quelques minutes plus tôt, Ben, le fils de sa fiancée, a été enlevé sous ses yeux. Très vite, pour la police, l’incompréhension laisse place à la suspicion. Aucune trace visible, aucun motif apparent. Quel crime a donc commis Cole pour que les siens se trouvent ainsi menacés ?
Epaulé par un duo de choc – le fidèle et impénétrable Joe Pike accompagné de Carol Starkey, inspecteur aux méthodes pour le moins explosives –, Elvis ne dispose plus que de 54 h 12 min pour prouver son innocence et retrouver le petit Ben, enseveli vivant…

Mon avis :

Je suis en train de lire beaucoup, beaucoup de romans de Robert Crais, et je dois dire que celui-ci est un des meilleurs. Pour quelles raisons ?
Déjà, l’intrigue est resserrée en un laps de temps très court. En cas d’enlèvement, le temps est compté, Elvis, aidé de Joe Pike, fera tout son possible et même plus pour sauver Ben, le fils de sa compagne. Ce dernier a été kidnappé par esprit de vengeance : il paierai pour ce qu’Elvis a fait au Vietnam, des années plus tôt.
Du coup, l’on en apprend un peu plus sur le passé d’Elvis – avant qu’il ne soit le meilleur détective du monde. Nous sommes ainsi plongé dans ce qui constitue un lieu commun dans la littérature ou les séries américaines : le passage du héros à l’armée, à la guerre. L’Amérique tient à son armée. Cependant… Elvis, en dépit des décorations qu’il a reçues et que nous découvrons en même temps que Ben ne se considère pas comme un héros, mais comme quelqu’un qui a survécu, qui a vu l’horreur, l’a traversé, et en est revenu vivant – contrairement à ses amis. On oublie trop souvent que l’armée était présentée (y compris en France) comme une solution pour les garçons qui avaient besoin d’être recadrés, voire une solution si l’on ne trouvait pas de travail. Robert Crais, dans son récit, distingue bien les soldats qui ont vécu le pire – non, la guerre n’est pas propre – et ceux qui ont commis le pire, et continueront. Il est toujours des guerres, même si on ne les connaît pas.
Peu ragoutant, oui, parce que le fils de Lucy, l’avocate qu’Elvis a rencontré dans Meurtre à la sauce cajun est au centre de ce conflit – et parce que, quelles que soient les accusations portées contre lui, Cole sait ce qui s’est passé, ce qu’il a vécu, les contacts qu’il a eu avec la famille des soldats morts, et il sait que ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher, quoi qu’en pense la police ou Richard, l’ex-mari de Lucy, père de son fils. Et Pike n’est peut-être même pas en mesure de l’aider. Oui, Joe Pike, son meilleur soutien toute catégorie confondue, peine à se remettre des blessures qu’il a subies lors de la précédente enquête de son meilleur ami. Il sera là pourtant, et si le physique n’est pas encore tout à fait là, si le mental, et bien, a été éprouvé, il est cependant capable de trouver des ressources pas encore utilisées pour aider Cole.
Il est du découpage cinématographique dans ce roman, où les actions s’enchainent sans temps mort, où les retours en arrière sont parfaitement intégrés au récit. Bref, cet opus est particulireèemtn réussi, ne le ratez pas si vous voulez découvrir l’oeuvre de Robert Crais, et son duo de détective.