Archive | 4 novembre 2018

Agatha Raisin, tome 13 : chantage au presbytère de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 304 pages.

Présentation de l’éditeur :

Larguée (une fois de plus) par James Lacey, délaissée par son voisin en qui elle mettait ses derniers espoirs, Agatha Raisin déclare la guerre aux hommes en faisant voeu de chasteté… Jusqu’à sa rencontre avec le tout nouveau et très sexy vicaire de Carsely, qui fait l’effet d’une bombe au village : les femmes se bousculent à l’église. Quant à notre Agatha, elle retrouve aussitôt la foi… Mais, damned !, voilà que le corps sans vie du vicaire est découvert dans le bureau de l’église. Qui a pu commettre ce geste sacrilège ? Le clergyman était-il trop beau pour être honnête ? C’est ce que découvrira peut-être Agatha qui, sans le savoir, vient d’ouvrir une véritable boîte de Pandore…

Mon avis :

Pas de James, porté disparu depuis le divorce.
Pas de Roy, le fidèle ancien second d’Agatha.
Pas de sir Charles.
Mais que fait la police ????
Même Bill Wong se comporte désormais davantage comme un policier que comme un ami.
Bref, Agatha est seule, mais elle peut compter sur Mrs Bloxby, la femme du pasteur. Seulement….Alf Bloxby le pasteur est un peu souffrant, et il a décidé, pour avoir un soutien, d’engager un vicaire. Las ! Pas de bol ! Le vicaire est tellement beau que les femmes se pressent à l’office. Le charmant blondinet se nomme Tristan Delon, et il n’a pas de chance : il est très vite assassiné. Le pasteur est soupçonné, ce qui, si vous avez lu les douze tomes précédents, paraît totalement aberrant. Par conséquent, Agatha, aidé de son voisin John, écrivain connu, enquête, même si elle s’était jurée (pas longtemps, il faut bien le dire) de ne plus le faire. Il faut prouver l’innocence du pasteur ! Il faut que Mrs Bloxby puisse être en paix.
Agatha reprend donc les bonnes vieilles méthodes et parcourt les Costwolds avec John. Ces méthodes était déjà un peu celles qu’elle utilisait quand elle travaillait dans la pub, ne faisant pas dans la dentelle pour cacher son manque de confiance en elle. Qu’importe ! Il faut découvrir la vérité sur ce trop beau vicaire.
Agatha dérange, forcément, mais c’est un plaisir de retrouver ce qui fait le charme de la série – Agatha dans son jardin, Agatha et ses chats, Agatha et les préoccupations des dames du village. Certaines idées pour promouvoir le village n’étaient pas forcément très bonnes, cependant elles ont le mérites d’innover – dans le comique catastrophique. Même Agatha parvient à être presque agréable avec certains habitants du village, se rendant compte qu’avant d’arriver dans ce village, elle n’avait pas d’amis, trop occupé qu’elle était à mener sa carrière. Elle s’investit même énormément pour le bien être des personnes âgées – ou comment dépenser son argent à bon escient, et passer son temps à faire autre chose qu’enquêter.
Un opus qui plaira aux fans de la série.

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Nid de Vipères d’Andrea Camilleri

édition Fleuve noir – 240 pages.

Présentation de l’éditeur :

Malgré sa longue expérience en terre sicilienne, le commissaire Montalbano doit reconnaître que jamais il n’a été confronté à pareille affaire: un homme tué deux fois.
Barletta, affairiste détesté, usurier qui a ruiné bien des malheureux, don juan compulsif qui n’hésite pas à recourir au chantage pour parvenir à ses fins libidineuses, a d’abord été empoisonné par une femme qui a passé la nuit avec lui, puis a reçu une balle dans la tête par quelqu’un qui le croyait encore vivant.

En plongeant dans le passé fangeux de Barletta, le commissaire va se trouver face à ses deux enfants, Arturo, que l’usurier voulait déshériter, et la très belle Giovanna.

Mon avis :

Attention ! Fait suffisamment rare dans l’histoire des enquêtes de Salvo Montalbano : Livia lui rend visite et restera avec lui pendant presque toute la durée de l’enquête. Ils pourront ainsi se disputer autrement que par téléphone. Nous assisterons aussi à la quintessence de la rivalité entre Adelina, la cuisinière de Salvo, et Livia, qui ne peut absolument pas supporter sa rivale culinaire. Montalbano expérimente ainsi toutes les joies de la vie à deux, que ce soit pour esquiver le fait de partager un repas ensemble autrement qu’au restaurant – Livia est une piète cuisinière aux yeux de Salvo puisqu’elle ne sait pas faire cuire des pâtes – ou le fait de zigzaguer entre les mensonges qu’il a parfois proférés pour couvrir son adjoint préféré, j’ai nommé le tombeur de ses dames, Mimi Augello – ou comment esquiver à nouveau un repas familial avec Mimi et Bebba, son épouse.
Il expérimente aussi, douloureusement, la solitude, distinguant le besoin d’être seul et le fait de se retrouver seul, comme le sans domicile fixe qui s’est installé dans une grotte, non loin de chez lui. Un homme charmant, au demeurant, qui rappelle au commissaire certaines vérités qu’il avait un peu oubliées : – Vous savez, il arrive qu’une longue fréquentation brouille un peu la vision des qualités de la personne qu’on a près de soi depuis longtemps. Rien de mieux qu’un regard extérieur pour vous montrer la chance que vous avez.
Quant au meurtre sur lequel il enquête, il fait figure d’inédit dans la carrière de Montalbano : un double meurtre ! L’homme en question avait deux maisons, deux enfants, deux petits-fils. Mais surtout, il a été tué de deux manières différentes, ce qui veut dire que deux personnes, au moins, lui en voulaient suffisamment pou l’empoisonner ou lui tirer dessus. IL faut quand même contenir une sacré dose de détestation pour ne pas se rendre compte que sa future victime est déjà morte, et lui tirer dessus ! Barletta avait fait des victimes à la pelle, et des conquêtes tout aussi nombreuses. L’une des victimes se détache pourtant, Pace, non par la solidité de son mobile, mais par la manière dont il analyse le comportement de Barletta et le plaint : un homme qui n’est jamais satisfait de ce qu’il a, argent ou femme, ne sera jamais en paix. Pace, lui, a trouvé cette paix, même si le chemin fut douloureux, même si sa femme est souffrante – elle est près de lui et la guérison est toujours possible. Un suspect de moins – plus qu’une bonne vingtaine.
Comme d’habitude, l’enquête est l’occasion pour Montalbano de passe d’armes avec le légiste, au langage toujours aussi fleuri, et de supporter les convocations du questeur, aux idées bien arrêtées sur les manières de mener l’enquête – il n’aura même pas le temps de s’en mordre les doigts, on lui fera regretter très rapidement ses décisions.
A la fin du roman, l’auteur, dans une courte postface, explique le choix de la construction de son intrigue – et de son dénouement. Pour ne pas vous en dévoiler plus que je n’en ai déjà fait, je vous dirai que Camilleri plonge dans les méandres d’une vie insatisfaite, d’une vie qui n’a pas été menée comme elle aurait dû l’être – avec des conséquences pour toutes les personnes qui l’approchaient. Pas facile d’aller au bout des choses. Reste à savoir ce que signifie « au bout » – tous ne seraient pas d’accord avec le choix de Montalbano.
Nid de vipères, un opus particulièrement sombre dans les enquêtes de Montalbano.