Archive | 5 septembre 2018

Dans la cage de Kevin Hardcastle

Présentation de l’éditeur :

Daniel a longtemps régné sur les rings de free fight, jusqu’au jour où une grave blessure à l’oeil l’oblige à raccrocher les gants. Il décide alors de se ranger, se marie avec une infirmière dont il a une petite fille, et se lance dans une carrière de soudeur. Les années passent et le couple peine à joindre les deux bouts. Daniel, pour tenter de sauver sa famille, devient le porte-flingue d’un gangster qu’il a connu dans son enfance. Très vite écoeuré par la violence de ce milieu, il essaye de fuir en s’inscrivant à un combat officiel de free fight. Mais les choses vont rapidement mal tourner…

Merci aux éditions Albin Michel, à Francis et Carole, et aussi à Léa du PicaboRiverBookClub pour cette lecture.

Mon avis :

Il n’est jamais facile de rédiger un avis pour un livre que l’on n’a pas totalement apprécié. Même si les raisons sont là, ce n’est pas toujours facile à lire, et ses raisons sont d’abord personnelles – j’écris d’abord des avis subjectifs.
Il s’agit d’abord d’une histoire de famille, famille que les personnages se sont choisis. il y a Dan, Sarah, sa femme, et Madelyn, leur fille unique. Murray et Ella apparaissent comme des grands-parents de substitution. En effet, dès que l’on nous parle un peu des parents de Dan et Sarah, le lecteur voit bien que ces familles étaient un peu bancales, sur fond d’alcoolisme, de misère sociale et peut-être aussi de maltraitance (voir l’unique apparition du père de Sarah, dans un retour en arrière). La famille que Dan et Sarah ont fondée pourrait être ordinaire, si ce n’est que Dan a des soucis professionnels, que Sarah, même si elle aime son métier, aimerait reprendre ses études (ce qui est difficile financièrement) et que Madelyn, leur fille, a parfois un comportement assez atypique. Note : elle est qualifiée presque constamment de « fillette », et le terme m’a gêné autant par sa répétition que parce qu’il ne m’a pas semblé très bien choisi (Madelyn a presque douze ans au début du récit).
Qu’entends-je par « soucis professionnels ? » Des chapitres en italique nous renseignent sur le passé de boxeur de Dan. « Boxeur » n’est pas forcément le terme adéquate puisque Dan fait du free fight, et que, dans cette discipline, tous les coups sont permis, et les arbitres semblent ne voir que ce qui les arrangent. Une blessure – grave – a stoppé sa carrière au moment même où elle commençait véritablement. Le temps a passé, les cicatrices, les déformations, les séquelles en bref sont toujours là. Depuis, il est soudeur – mais la crise est là, avoir un travail quotidien à plein temps est rare; Conséquence ? Il travaille parfois pour Clayton, le caïd local. Lui aussi est très « famille » puisque Wallace, son bras droit, a recruté son neveu pour les aider. Oui, Clayton veut développer son entreprise, et il a besoin de toute l’aide possible – si ce n’est que Dan a décidé de raccrocher, et de reprendre la boxe. En amateur. Voir plus.
Le récit se déroule alors sur trois plans, les moments où Dan, seul, travaille, s’entraîne, les morceaux de sa vie de famille, et le business de Clayton. J’ai préféré les passages centrés sur le free fight, l’entraînement de Dan, tout simplement parce que la description du monde du free fight est ce qui m’attirait dans ce roman. J’ai eu plus de mal à passer d’un fil narratif à un autre, pas tant à cause du contraste avec l’univers de Clayton, presque classique dans son côté « roman noir » qu’au fait que je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie en lisant les pages qui étaient consacrées à Dan et Sarah, qui multipliaient à mes yeux beaucoup de petits faits ordinaires pour eux. Ils sont présentés comme complices, unis, mais j’ai trouvé qu’il y avait, du point de vue du lecteur, trop d’implicite, de non-dits. Si Dan combat, Sarah trouve d’autres moyens pour oublier (à mes yeux, toujours) la réalité. Il est pourtant des moments de grâce, notamment quand Sarah exerce son métier, ils sont hélas trop rares.
Bref, j’ai eu l’impression de passer un peu à côté de ce livre. Je ne doute pas que d’autres lecteurs l’apprécieront.

Un assassin de qualité d’Ann Granger.

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1867, le mal rôde dans les rues… alors que l’inspecteur Ben Ross de Scotland Yard rentre chez lui un samedi soir d’octobre, le fog tourbillonne et l’enveloppe comme une bête vivante.
Lorsque le brouillard se lève le lendemain matin, une femme gît assassinée dans Green Park. Allegra Benedict était la belle épouse italienne d’un marchand d’art de Piccadilly.
Mais qu’avait-elle été faire à Londres cet après-midi, et pourquoi avait-elle été vendre sa broche dans Burlington Arcade quelques heures avant sa mort ?
Alors que Ben commence son enquête, son épouse Lizzie – avec l’aide de leur bonne Bessie – se penche sur la vie privée d’Allegra et découvre plus d’une raison pour laquelle quelqu’un pourrait vouloir sa mort…

Mon avis :

Une femme a été assassinée ! C’est malheureusement fréquent, même à Londres au XIXe siècle. Ce qui change tout est qu’elle appartient à la bonne société, et que cela n’aurait jamais dû arrivé ! Que des prostituées se plaignent d’être suivies, agressées, que l’on tente de les étrangler, passe encore pour la police. Que la femme d’un riche marchand d’art, venu à Londres avec sa gouvernante pour faire modifier un bijou soit étranglée et la police est sur les dents. Il faut trouver ce tueur.
Cette intrigue nous montre une autre facette du mariage. Monsieur Benedict considérait davantage Allegra comme une oeuvre d’art que comme une femme. Il l’avait ramené d’un de ses voyages, et ils n’avaient pas encore d’enfants : on n’abîme pas une oeuvre d’art. Italienne, elle restait confinée dans sa propriété : monsieur ne l’emmenait pas dans ses voyages. On n’abîme pas une oeuvre d’art, et pourquoi aurait-elle voulu voyager ? Elle avait tout se dont elle avait besoin !
La religion est importante, ou plutôt les courants religieux. Les appels à la tempérance, dans une société où déjà la boisson fait des ravages, c’est bien. Les excès de toute sorte sont condamnables, et il est si facile d’embobiner les gens, qu’ils soient humbles ou très riches. Vous l’aurez compris, de la tempérance à l’intolérance, il n’y a parfois qu’un pas, que Lizzie Ross ne veut surtout pas voir Bessie, sa bonne et protégée, franchir. Parce que Ben aime bien boire un verre de vin de temps en temps. Parce qu’elle a déjà assez de travail sans, en plus, distribuer des tracts pour le compte d’une organisation que, de nos jours, l’on comparerait presque à une secte. Puis, Lizzie a besoin de Bessie… pour l’aider à seconder Ben dans leur enquête. Et parce que, aussi, il est quelques hypocrites de première catégorie dans ces charmantes personnes invitant à la modération.
Jamais Allegra n’aurait dû être assassinée, parce que jamais elle n’aurait dû être séparée de sa gouvernante, à qui Mr Benedict en veut presque autant qu’à l’assassin. La situation de domestique est difficile et si le comportement de leurs maîtres n’est pas tout à fait conforme  à ce qui pouvait être attendu de la bonne société, ils peuvent les épauler, sachant toutefois que faire marche arrière sera très compliqué, ou quitter leur place tant qu’ils peuvent encore en trouver une autre – ce qui est désormais quasi impossible pour celle qui a laissé Allegra seule.
Résoudre cette enquête donnera du mal à Lizzie et à Ben, qui se trouve bien mis en avant dans cette troisième enquête – après tout, c’est lui le policier ! J’aurai cependant aimé assister au mariage de nos deux enquêteurs, plutôt que de le voir sombrer entre les tomes 2 et 3.