Archive | août 2018

La tristesse des femmes en mousseline de Jean-Daniel Baltassat

Présentation de l’éditeur:

Berthe, vous pouvez douter de tout, mais pas de cela. Vous portez l’amour en peignant. La main qui tient votre pinceau est celle de l’amour. Rien ne pourra se faire de beau sans lui. Qu’importe si vous ne savez pas où cela vous conduira, pour qui et comment. Cela viendra et ce sera votre oeuvre.1945, à Paris. Paul Valéry, vieux solitaire indifférent à la fureur des temps, doit en admettre l’horreur. Cherchant la lumière, il rouvre le carnet hérité dans sa jeunesse de Berthe Morisot, peintre du silence et de l’absolu. Dans ses mots, il affronte l’exigence vitale de beauté qui fut sa quête. Revient alors le souffle de la vie, malgré tout.

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai beaucoup apprécié ce livre, qui nous parle de plusieurs temps à la fois. Nous sommes à la fin de la seconde guerre mondiale et pourtant, Paul Valéry, cloîtré chez lui se souvient, alors que ce qui se passe en Allemagne entre chez lui par le biais de Mathilde, l’être aimée, autrefois et aujourd’hui, femme qui se révolte face à la barbarie découverte, face aussi à la carapace d’indifférence de Valéry.
En une langue soutenue, précieuse, le récit nous plonge dans les souvenirs de Valéry, où se mêlent Mallarmé et surtout Berthe Morisot. Jeunes filles, elles et sa soeur peignaient, avaient leur propre atelier, et semblaient peu se soucier peu de trouver un mari comme leur famille et les convenances le demandaient. Berthe s’interroge sur le fait même de peindre, de la manière de peindre, ce que l’on peint, et, dans ses écrits (fictifs) vus à travers les yeux de Valéry, j’ai vraiment lu les affres d’une véritable artiste, et non une succession de clichés comme l’on peut en trouver parfois quand on nous parle de peinture. Nous découvrons également son regard de modèle, quand elle pose pour Monet, quand la gestuelle, le regard, la place occupée dans la composition sont au centre même de la création de l’oeuvre. Berthe, rare exemple de femme à la fois peintre et modèle.
Berthe, femme de, aussi, que l’on retrouve, grâce aux souvenirs du poète, au soir de sa vie, veuve, dans ce cimetière parisien où les vivants ont autant de place que les morts, par les hommages qu’ils leur rendent, par les créations dont ils les entourent.
La tristesse des femmes en mousseline, une oeuvre parfois en demi-teinte, portraits d’hommes et de femmes sur trois époques, qui nous questionne sur la création face aux barbaries de l’histoire.

Pour le meilleur et pour le pire – tome 5 d’Agatha Raisin de MC Beaton.

Présentation de l’éditeur :

Agatha Raisin et James Lacey ont prévu de se marier mais le jour du mariage, Jimmy, l’ancien mari d’Agatha qu’elle croyait mort, fait son apparition à l’église. Furieux, James s’enfuit. Le lendemain, Jimmy est retrouvé assassiné et Agatha et James sont les principaux suspects.

Mon avis :

Voici venir le grand jour ! Le mari d’Agatha est assassiné ! Comment ça, je spoile ? Non, je vous parle simplement des trente premières pages, les moments qui voient le plus beau jour de la vie d’Agatha complètement gâché : elle aurait dû vérifier avant que son mari, Jimmy, était bel et bien mort.
Pour moi, ce livre est un des plus réussis de la série. Presque toute l’intrigue, mis à part de courtes incursions à Londres, se passe à Carsely ou dans la campagne anglaise, ce qui donne à Agatha l’occasion de se frotter à d’autres villages, tout aussi pittoresque que le sien et de découvrir des habitants qui n’ont rien à envier aux meilleurs villageois de Carsely. Bref, nous faisons une jolie promenade policière en sa compagnie. Oui, Agatha et James, unis pour prouver leur innocence, remuent des faits qui aurait dû rester secrets – et le ne sont pas restés. Il aurait fallu presque rien pour cela ! Dans les petits villages, tout se sait très vite, et il est toujours des personnages truculents pour répondre les nouvelles.
Malgré les circonstances, malgré les apparences – le front uni James/Agatha ne l’est que pour l’enquête, Agatha continue presque de mener une vie ordinaire dans le cottage de James – avec ses chats. Elle peut compter sur ses véritables amis, même si elle semble en doute parfois et même si les cadavres semblent fleurir sous ses pas. Chacun ses talents de jardinière.
Une enquête remplie de rebondissements, drôle, pleine de danger en plein coeur de la campagne anglaise : que demander de plus ?

 

Le monstre nounou de Tuitikki Tolonen

Présentation de l’éditeur :

Il y a des nounous rigolotes, des nounous trop sévères, d’autres qui vous laissent faire les 400 coups, et puis il y a… le monstre nounou !
En l’absence de leurs parents, Halley, Koby et Mimi vont être gardés par cette étrange créature poilue et poussiéreuse qui sent fort le renfermé. Voilà qui promet des vacances pas comme les autres…

Mon avis :

On dirait que les monstres sont vraiment des créatures familières aux finlandais. En effet, alors que les mères de famille gagnent toutes le premier prix d’un voyage et une cure de remise en forme, des monstres sont envoyés pour les remplacer, et personne ne s’étonne. Halley, l’aînée, est pourtant la plus rationnelle des trois enfants ! Ce n’est pas le cas de Mimi, qui converse avec sa robe de chambre bleue, et est tout à fait prête à s’entendre avec le gros monstre poilu qui les garde.

Très vite, un autre mystère apparaît : d’autres monstres sont là, et d’autres créatures aussi ! Bienvenue aux fééstiques qui piquent les monstres comme les moustiques les humains ! Par contre, les sorcières, qui se présentent comme les « propriétaires » des monstres ne sont pas du tout, mais alors là pas du tout sympathiques.

En dépit (ou grâce à) leur grande soeur, Mimi et Koby vont chercher à en savoir plus sur les monstres, leur manière de vivre, et ne pas se contenter de leur feuille de route très injonctive. Qui sait vraiment ce qui est bon pour les monstres ? Peut-être un certain Runnar, qui a écrit un livre sur eux, que Koby s’empresse d’emprunter à la bibliothèque, et de lire, même si ce n’est pas toujours très bien ordonné.

Deux mondes se télescopent, en fait, celui des adultes qui est presque rationnel – voir les articles de journaux qui, même avec une photo à l’appui, ne veulent pas croire à l’existence des monstres – et celui des enfants, qui est encore ouvert au merveilleux – jusqu’à ce que les adultes les amènent consulter. Il faut dire aussi que certains adultes sont singulièrement absents, tel le père de nos trois héros, surnommé « la voix invisible ». Combien sont-ils de père à se rendre compte que leurs enfants ont grandi et qu’ils n’ont rien vu ?

Le monstre nounou est un livre très agréable à lire, avec des illustrations absolument superbes. A recommander pour les enfants et pour les adultes qui ne sont pas insensibles au merveilleux.

 

Albums avec crocodile, bouc, ours et tigres !

Présentation de l’éditeur : 

Recueilli et élevé par une cane, Bili-Bili pense être un canard, comme ses frères et sœurs. Mais que se passera-t-il lorsqu’il apprendra qu’il est un méchant crocodile qui adore manger les canards ?

Mon avis : 

Cet album est un coup de coeur pour moi, pas seulement à cause de ses illustrations, mais par la richesse de l’histoire qui est racontée. L’auteur nous raconte d’ailleurs à la fin pourquoi il a écrit cette histoire.

Il était une fois un oeuf, qui roula sur une pente, et se retrouva dans le nid des canards. La cane couva tous les oeufs, les siens, et ce quatrième oeuf qui était arrivé là par hasard. Les oeufs éclosent et oh ! l’un des petits parle, il dit « Bili-Bili », ce sera son nom. Elle les élève tous les quatre de la même manière. Un jour, pourtant, Bili-Bili rencontre des crocodiles, qui le renvoient à sa « nature » de crocodile et lui demandent de se comporter comme tel. Que faire quand vous sentez profondément que vous n’êtes pas ce que l’on vous dit que vous êtes ?

Oui, l’album répond à la question dans le cas de Bili-Bili, et cette réponse est tout sauf conventionnelle. Je pense que les enfants se poseront beaucoup de questions à leur tour à la lecture de cet album, qui nous parle de l’adoption, de l’éducation, de l’amour maternelle et fraternelle. Il nous parle de loyauté aussi, et des capacité que certains ont à vous influencer – ou pas. Un bel ouvrage plein d’humour aussi, par ses illustrations. A faire découvrir.



Mon avis :

Un album comme je les aime, sans doute parce que, comme M. Tigre, je ne suis pas très conventionnelle. Le monde dans lequel M Tigre vit est très conventionnel, très géométrique, presque effrayant. Pas de couleurs, sauf la fourrure du tigre. Toutes les maisons sont identiques. Tout le monde est très poli, très policé. Oui, c’est une bonne chose de s’exprimer avec courtoisie, s’en est une autre de masquer ses véritables sentiments, ses désirs, ses aspirations. M. Tigre, peu à peu, se libère, et, aux yeux de la société qui l’entoure, va trop loin. Mais est-ce vrai ? N’est-il pas un tigre, et n’est-il pas possible de trouver un équilibre ? Bien sûr que si !

Présentation de l’éditeur :
L’herbe de la montagne est si haute, si bonne que Poilu, Velu et Barbu, les trois boucs, décident d’aller la goûter.
Mais voilà, pour y arriver, il faut franchir un pont sous lequel habite le plus horrible des trolls….
Barbu, le plus grand des boucs, et assurément le plus malin, trouve une idée pour se débarrasser de l’horrible créature.

Mon avis :

Cet album est inspiré par un conte populaire norvégien, et montre trois boucs, du plus fluet au plus replet en train d’affronter un troll. S’ils parviennent à s’en sortir, c’est grâce à leur ingéniosité et à la gourmandise du troll.
Les couleurs sont très marquées, vives, de larges traits noirs entourent les personnages qui sont tous attachants – sauf le troll.
Une histoire très amusante à partager.

 

Le suivant sur la liste – tome 1 de Manon Fargetton

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Je commencerai par un conseil : ne faites pas comme moi, ne vous plongez pas dans le livre avant de vous endormir, en vous disant : « je lis le début, je verrai bien ce que cela donne ». Pour ma part, je me suis retrouvée à lire le livre d’une traite, en le terminant à 23 h 45.
Pourquoi ce livre est fort ? Déjà, il commence là où d’autres l’auraient terminé : par la mort d’un des personnages-clefs de l’intrigue. Il fallait oser cette « vraie » mort dès le début, en montrer les conséquences et la cause véritable. Un livre de littérature jeunesse qui ne cède pas à la facilité, et court le risque que les jeunes lecteurs le referment très vite, c’est rare.
Les personnages survivants, si j’ose dire, sortent aussi de l’ordinaire. Morgane, de prime abord, semble la plus banale : elle est la reine du collège ! Tout lui réussit, que ce soient les études ou les loisirs. Sa vie est cependant bien plus compliquée qu’elle ne le laisse voir. Izia et Samuel sont élèves dans le même collège, mais eux sont plutôt les moutons noirs, les impopulaires, et ils ne s’en portent pas plus mal. Reste Timothée, cousin de Nathan, l’adolescent décédé, qui est un personnage à part, dans tous les sens du terme.
L’intrigue se passe à Saint-Malo, ville que j’apprécie particulièrement et brasse des thèmes très importants. Je ne parle pas seulement de l’usage des nouvelles technologies, ou du rôle de l’intelligence artificielle, non. Il s’agit aussi, et surtout, de ce que l’on veut pour ses enfants. « Le meilleur », entend-on toujours dire. il est nécessaire de s’interroger sur ce que signifie vraiment cette expression.
Un thriller scientifique jeunesse très réussi!!!!

Un dossard pour l’enfer de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur : 

Passionné par les défis, Alex, 17 ans, participe à un trail en haute montagne. Cette compétition de l’extrême est réservée aux plus endurants, dotés d’un mental d’acier ! Stessy, son amie, l’encourage sur le parcours.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce livre devrait plaire aux jeunes lecteurs sportifs. En effet, j’ai souvent entendu des plaintes de leurs parts quand ils lisent des romans parlant de sport puisqu’ils n’y retrouvaient pas les sensations qu’ils avaient éprouvées. Ce n’est pas du tout le cas dans ce livre : le lecteur est parfaitement dans la peau du sportif.
Il répond d’abord à une question implicite : pourquoi se lance-t-on dans une telle épreuve ? Le récit met en avant l’envie de mesurer ses limites mais aussi de se dépasser soi, plutôt que de dépasser les autres. L’importance de la préparation physique, de la manière de gérer le trail, pas à pas, fait partie intégrante du récit, tout comme la notion de préparation mentale, et ce en quoi elle consiste réellement – développant la capacité de l’athlète à s’adapter au fur et à mesure de la compétition. Le soutien des proches est aussi important, comme celui de Stessy, amie d’Alex qui comprend ses désirs et connaît l’importance d’être là pour lui quand il le faut
Seulement… pratiquer un sport n’est que rarement solitaire, et certains faits viennent polluer les compétitions : l’appât du gain, le dopage, le racisme. Croire que cela n’existe plus n’aide personne à lutter contre ces phénomènes.
Du coup, j’en oublie presque l’intrigue policière, bien construite : c’est parce qu’elle s’imbrique parfaitement avec les pratiques sportives qui sont décrites.
Un roman policier sportif, qui peut être apprécié même par quelqu’un comme moi (c’est à dire une adepte du « no sport »).

Sale temps pour les sorcières de MC Beaton

edition Albin Michel – 297 pages

Présentation de l’éditeur :

Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse. N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée … Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?

Mon avis : 

A la fin du tome 8, Agatha Raisin avait été victime d’une coiffeuse vengeresse et avait perdu beaucoup de cheveux, à cause d’une crème dépilatoire. Aussi s’est-elle réfugiée loin, loin de son village, en attendant que sa chevelure repousse. Après quelques déboires – ils arrivent très vite avec Agatha – elle se décide à consulter la voyante locale, qui fabrique de plus quelques philtres, le classique filtre d’amour, bien sûr, mais aussi un philtre pour faire repousser les cheveux. Elle n’y croit pas trop, mais qui ne tente rien, n’a rien. Agatha n’avait pas prévu que la voyante serait assassinée pourtant elle n’a jamais pu se rendre dans un endroit sans qu’un assassinat soit commis. Bien sûr, c’est elle qui a découvert le corps, et les ennuis ont pu à nouveau commencer. Non, parce qu’expliquer qu’elle voulait une potion pour ses cheveux, pourquoi pas ? Avouer qu’elle avait demandé un filtre d’amour, non.

On aurait pu penser que cette neuvième enquête serait un tournant dans l’existence d’Agatha. En effet, elle semble, pour la première fois, un peu moins s’intéresser au meurtre, oublier un peu James. Elle fait ce qu’elle fera dans d’autres tomes – tenter de faire bouger les choses. Accepter son âge, aussi, un peu. Juste un peu. Pendant ce temps, la vie continue à s’écouler dans son petit village, et certains pensent toujours – un peu- à elle. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont toutes bâties sur le même schéma ou presque, et l’on sait fort bien qu’Agatha ne se contentera pas d’une existence paisible, alternant scrabble, soirée dansante et découverte des joies de se rendre à un spectacle sans arrière-pensée. Il ne faut pas oublier qu’Agatha n’a pas eu une enfance paisible, elle s’est « faite toute seule » et n’a guère eu le temps de penser à des distractions.

Pourtant, j’ai toujours un peu l’impression qu’elle se saborde elle-même, avec sa volonté d’enquêter, de vouloir que les choses aillent plus vite, et son incapacité à choisir. Sa vie sentimentale est toujours aussi chaotique et rares sont les personnes qui la trouvent véritablement sympathiques. Quand Agatha est avec la femme du pasteur, je ne peux m’empêcher de penser à Miss Marple, et son amitié pour Griselda, la femme du pasteur de St Mary Mead. Lui non plus n’appréciait guère Jane Marple, mais il changera d’avis. Qu’aurait-il fait avec Agatha Raisin comme voisine ?

Une nouvelle enquête d’Agatha, pas très différente des autres même si elle est loin de Carsely.

Nuit sans lune au Waziristan de S. Mauloof

Présentation de l’éditeur :

Lorsqu’un entrepôt est réduit en cendres au Waziristan (entre le Pakistan et l’Afghanistan), l’inspecteur d’assurances Cash est envoyé sur place pour examiner les dégâts. Il arrive à Tank, une ville provinciale frappée par la pauvreté, et découvre un projet de détournement de fonds qui met ses patrons et la police secrète pakistanaise dans une situation délicate. Alors qu’il s’efforce de trouver un compromis entre deux idéologies opposées, Cash est hanté par le souvenir de sa femme décédée et par les devoirs qui lui incombent en tant que père d’une adolescente particulièrement douée. La corruption du monde dans lequel il évolue et les soupçons unanimes finissent par triompher de lui : Cash est persécuté, menacé et finalement kidnappé par des talibans, qui réclament une rançon…

Mon avis : 

Ne lisez pas ce livre si vous chercher un roman policier qui puisse vous divertir, parce que vous vous tromperez grandement. Rien n’est simple, et encore moins simpliste dans ce récit, qui se passe dans un pays que nous, occidentaux, ne connaissons quasiment pas, et encore, uniquement de notre point de vue.

Le Waziristan existe bel et bien, et n’a pas une très bonne réputation. Il est plutôt vu comme un lieu de recrutement pour terroristes. Pour les habitants de cette région du Pakistan, c’est avant tout leur nation, et ceux qui les menacent viennent d’Afghanistan, du Pakistan, mais aussi des Etats-Unis. Si j’ai été frappée par une scène (entre autres), c’est celle qui nous montre l’effroi provoqué par l’apparition d’un drone américain. D’ailleurs, les américains ne sont peut-être pas étrangers à cet l’entrepôt qui a été réduit en cendres…  Les raisons ne sont peut-être pas à chercher du côté de l’accident pur et simple.

Sayyid Qais Ali Qureshi, c’est le vrai nom de Cash, l’agent d’assurance qui a une mission compliquée. Elle lui a été confiée par son amie Sonia, pour laquelle il a éprouvé plus que de l’amitié. Ce n’est pas seulement pour  elle qu’il accepte cette mission, c’est surtout pour sa fille, pour qu’elle puisse faire les études qu’elle désire. Je n’ai garde d’oublier la mère de Cash, qui a aussi une grande importance pour son fils.

Nous serions en France, Cash n’aurait aucun mal à faire son travail. Je connais peu de personnes qui refusent le dédommagement proposé par leur assurance. Ce n’est pas le cas ici, pour des raisons complexes, qui nous sont bien expliquées, en un conflit entre tradition, religion et envie de vivre à son époque. Cash n’est pas au bout de ses peines, lui qui est enlevé et ne voit franchement pas de quelle manière il va pouvoir s’en sortir.

Ce qui nous est raconté est dur, pas forcément agréable à lire. Etre otage est tout sauf une partie de plaisir, et les conséquences sont rudes. Il ne s’agit pas tant de vivre que de survivre – dernier qualificatif valable également pour les populations locales. Ne plus être un otage n’est pas facile non plus. Plus qu’un roman policier, ce livre pourrait être qualifié de « romans d’espionnage » ou de « roman de guerre ». Il est cependant un des rares romans noirs que je connais écrit par un auteur pakistanais.

Je terminerai par quelques citations :

« Je cessai de regarder cette scène horrible et mémorisai des détails qui n’avaient de sens que pour un inspecteur d’assurance. J’avais passé vingt ans de ma vie à reconstituer les circonstances des sinistres qui avaient détruit des usines ou des entrepôts, et voilà que je me trouvais sur les lieux d’un bombardement au moment où il se produisait. A la différence que le camp de Ghazigar n’était pas assuré et que les gens ne déposeraient pas plainte contre Dieu ni le gouvernement ».

« Voilà donc ce qu’est une zone de combat. Un endroit où les sociopathes peuvent enfin socialiser« .

Poules, renards, vipères, tome 3 : Célis

Présentation de l’éditeur :

Les trois royaumes des poules, des renards et des vipères savent désormais qu’ils habitent sur une île et que la montée des eaux les menace. Alors que les trois peuples œuvrent de concert pour construire une digue, Grinoir et Hagard aident Griffsec à s’échapper de la prison des Trois Crêtes pour mettre au point leur vengeance. Grâce à leurs forces combinées, ils reprennent rapidement le contrôle du Triangle sans Nom. Mais Célis, Zora, Albin et leurs amis ne s’avouent pas vaincus et préparent une contre-attaque.

Mon avis :

Voici la fin et l’épilogue d’une trilogie jeunesse tout sauf gnan-gnan. Nous retrouvons avec plaisir les héros des tomes précédents en un moment crucial : les trois espèces ont décidé de s’unir pour lutter contre la menace commune. Je ne parle pas seulement des coups bas faits par certains dissidents  du côté des poules et des renards, mais de la menace naturelle qui pèse sur le territoire des trois espèces. Nous vivons tous sur la même terre, c’est une évidence que certains ont tendance à oublier, alors il vaut mieux s’entraider avant qu’il ne soit trop tard.
Le danger, ou plutôt les dangers sont bien réels, et ce ne sont pas de simples blessures que risquent les personnages. Leurs ennemis ne sont pas des tendres, et c’est bien leur élimination pure et simple qui est souhaitée.
L’intrigue est bien conçue et contient un nombre certain de rebondissement. S’adapter à la situation, oser ce que l’adversaire n’avait pas prévu, voici les clefs de leur réussite. Tout n’est pas figé, et l’on peut changer – ou pas.
Une belle conclusion.

Les clowns sacrés de Tony Hillerman

Présentation de l’éditeur :

Un professeur d’atelier de l’école de Thoreau a été mortellement frappé à la tête. C’est un meurtre extrêmement important selon les critères de la réserve. Chee, récemment muté dans le service du lieutenant Joe Leaphorn, espère retrouver un écolier en cavale au pueblo de Tano, le jour des cérémonies annuelles. Après la danse des kachinas, c’est le moment des koshares, les clowns sacrés des habitants des pueblos. Avec leur corps zébré de rayures noires et blanches, leur visage peinturluré de blanc, fendu d’un immense sourire noir, ils gesticulent en tous sens, provoquent de fausses bagarres, avec force chutes et maladresses. Mais ce qu’un des clowns fait ce jour-là fige le rire des spectateurs. On va le retrouver assassiné dans une ruelle adjacente…

Mon avis :

J’ai lu ce livre voici presque un mois, j’étais persuadée d’avoir rédigé un avis, et puis je me suis aperçue que non. Pas grave : me voici lancé dans la rédaction d’un avis en mode « c’était il y a un mois, et je n’ai pas pris de note ».
Dans ce roman, nous sommes vraiment en plein dans les traditions navajo puisque l’action prend place au cours d’une cérémonie -l’action, et bientôt deux meurtres. Fait rare dans l’univers du roman policier, les deux hommes qui ont été tués étaient des hommes bien, des hommes qui n’avaient pas d’horribles secrets dans le placard. Qui a voulu supprimer ces hommes ?
Jim Chee se retrouve à enquêter sous les ordres de Joe Leaphorn, et pour quelqu’un qui ne respecte quasiment jamais les règles, cela n’indique pas forcément un tournant dans la carrière, non. Pourquoi faudrait-il qu’il change, puisque ses méthodes fonctionnent ? Enfin, jusqu’à un certain point, et Jim Chee va causer un sacré imbroglio, avec sa manie de n’en faire qu’à sa tête. Heureusement, Tony Hillerman n’est pas un auteur qui délaie inutilement ses intrigues: prendre son temps ne signifie pas faire perdre son temps à ses lecteurs.
Dans ce volume, l’on voit Joe Leaphorn se rapprocher de Louise, une professeur d’université qu’il a rencontrée lors d’une précédente enquête. Se rapprocher ne signifie pas forcément nouer une nouvelle histoire d’amour : Emma est toujours bien présente pour le lieutenant.
J’aime toujours autant passer du temps du côté des Four Corners