Archive | 24 août 2018

La vérité sort de la bouche du cheval

Présentation de l’éditeur :

Jmiaa, prostituée de Casablanca, vit seule avec sa fille. Femme au fort caractère et à l’esprit vif, elle n’a pas la langue dans sa poche pour décrire le monde qui l’entoure : son amoureux Chaïba, brute épaisse et sans parole, ou Halima, sa comparse dépressive qui lit le Coran entre deux clients, ou encore Mouy, sa mère à la moralité implacable qui semble tout ignorer de l’activité de sa fille. Mais voici qu’arrive une jeune femme, Chadlia, dite «Bouche de cheval», qui veut réaliser son premier film sur la vie de ce quartier de Casa. Elle cherche une actrice…

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour ce partenariat.

Mon avis :

Ceci est quasiment le journal intime de Jmiaa. C’est sa voix, et sa voix seule, que nous entendrons tout au long de ce roman, qui s’étend de 2010 à 2018. Comme un journal intime, les dates y sont notées, la chronologie est respectée, et le lecteur n’en sait pas plus que Jmiaa elle-même. Parfois, cependant, nous nous replongeons avec elle dans son passé, pour comprendre, avec elle, comment elle en est arrivée là.
Jmiaa est une prostituée. Une parmi d’autres. Elles sont toutes solidaires, ou presque : il est toujours des exceptions à la règle. Elle nous raconte sa vie quotidienne, sans pathos, mais avec beaucoup de gouaille. Tout n’est pas tout rose quand on est une femme seule, à Casa. Pour la protéger, elle a confié sa fille aux bons soins de sa mère, qui ne se doute pas de ce que fait véritablement sa fille pour lui envoyer de l’argent, payer loyer et nourriture. Mouy, terme affectueux pour désigner sa mère, vit dans un autre monde, dans une maison où vivent aussi deux de ses fils et les familles qu’ils ont fondées.
L’histoire de Jmiaa est celle d’une jeune fille qui, au début, a cru à un conte de fée puisqu’elle a épousé l’homme qu’elle aimait et qu’elle trouvait magnifique.  Rien n’a pu la protéger, ensuite, des coups, sans oublier les conséquences de sa paresse et de sa capacité à profiter de ce qu’il avait comme moyen de subsistance : sa femme. Et même si Jmiaa nous apparaît comme une battante, il n’y a pas grand chose qu’une femme sans appui masculin peut faire au Marcoc.
Le conte de fée, finalement, revient dans sa vie quand elle est engagée pour tourner dans un film. Elle devient Candide dans un tournage, montrant aussi l’envers du décor, les difficultés – et le public. Difficile de tourner à Casablanca sans attirer des spectateurs. Difficile aussi de se retrouver déracinée, quasiment du jour au lendemain, dans un quotidien qui n’est pas le sien. La vie de Jmiaa, c’était la survie, les passes, la protection d’un souteneur en cas de mauvais payeur ou de clients violents. En cas de problèmes, la responsable est toujours la femme. L’alcool aussi, l’ivresse, pour tenir le choc. Chacune tient comme elle le peut, de manière à pouvoir trouver le nombre quotidien de clients qui lui permet d’avoir une vie… j’allais dire descente, je crois que « supportable » convient mieux. Mais Jmiaa a de grandes facultés d’adaptation, et l’esprit vif – l’aptitude à être heureuse aussi.
La vérité sort de la bouche du cheval est une manière de découvrir le Maroc autrement. Il est surtout un beau portrait de femme.