Archive | 29 juin 2018

Crime et déluge de MC Beaton

Mon avis : 

Cette fois-ci, c’est vraiment la fin entre Agatha et James. Le divorce a été prononcé, et Agatha part noyer son chagrin loin, très loin, sur une île quasiment déserte. Comme elle n’est pas (encore) une détective privée mais une enquêtrice amateur, aucun crime ne sera commis pendant ses vacances. Après, je ne dis pas – un meurtre peut survenir n’importe où, même dans un décor presque pas paradisiaque.

A son retour, une catastrophe l’attend, un déluge noie sa région de l’Angleterre, et une jeune mariée est retrouvée noyée. Il n’en faut pas plus pour qu’Agatha enquête à nouveau, parce que la mort de cette douce et pure jeune femme n’est pas liée à la catastrophe naturelle qui s’est abattue dans les Costwold, elle a été entièrement causée par la main de l’homme – ou de la femme, ne présumons pas d’entrée de jeu l’identité du coupable.

Kylie, la défunte, était aimée de tous. Son fiancé la pleure, sa mère, Freda, qui adorait son innocente et unique enfant, la pleure, et elle charge même Agatha Raisin d’enquêter – officieusement – sur la personne qui a ôté la vie à une enfant si adorable, si innocente.

Les méthodes d’enquêtrice d’Agatha sont un peu farfelues. Pour ne pas dire énormément. Il ne lui faut cependant pas tant de temps que cela pour se rendre compte que la douce Kylie n’avait rien d’une jeune fille innocente, plutôt une jeune femme opportuniste, qui savait parfaitement où était son intérêt (financier) et comment obtenir des personnes qui l’entouraient ce qu’elle désirait. Les pistes se révèlent presque trop nombreuses pour Agatha, plus sèche que jamais, presque mal embouchée. On peut légitimement se demander comment elle parvient à enquêter en étant si imbuvable, même avec celle qui jusque là était sa meilleure amie.

Un nouvel homme a débarqué dans sa vie. Exit James, perdu dans son monastère en France. Exit Charles, qui s’est marié avec une française. Voici John Armitage, auteur de romans policiers à succès, qui cherche le calme dans ce charmant village anglais. Il écrit, sans véritablement connaître, d’après Agatha qui en est issue, le monde des bas-fonds dans lequel il situe ses romans. Il n’a surtout aucune envie d’être sollicité par les femmes qui viennent en nombre lui souhaiter la bienvenue. C’est ça aussi, être un écrivain à succès – ou un homme célibataire et séduisant dans un village. Il reste assez incolore cependant, parce qu’il ne se rend pas compte de ce que les femmes projètent sur lui, et n’est pas prêt à entendre non plus ce que d’autres ont à lui dire – comptez sur la femme du pasteur pour lui dire sincèrement ce qu’elle pense de son attitude.

Au passage, chaque tome d’Agatha Raison égratigne un peu la société contemporaine. Ici, ce sont les relations homme/femme qui en prennent pour leur grade, notamment le rôle des magazines, qui ont fait des femmes des êtres jetables, des êtres ne peuvent vivre et être heureuses que sous le regard d’un homme. Ces mêmes hommes d’ailleurs ne se fient qu’aux apparences et sont incapables de dire qui est vraiment la femme dont ils pensent être amoureux, s’appuyant sur ses attraits, et ignorant superbement sa personnalité. Tout miser sur l’apparence : les jeunes femmes issues des classes très moyennes ne rêvent que de s’extraire de leur milieu d’origine, parce qu’elles valent mieux (slogan publicitaire en vue) et pensent qu’elles sont trop belles pour y vivre. Aucune n’utilise la solution d’Agatha, en son jeune âge, pour s’élever dans la société : le travail. Trop compliqué.

Une piste s’ouvre à la fin du tome 12 quand à l’avenir d’Agatha. Reste à savoir si elle la suivra.