Archive | 13 mars 2018

Un amour de Swann de Marcel Proust

Présentation de l’éditeur :

Dans le premier volume de la Recherche,  » Un amour de Swann  » constitue un récit singulier et autonome, celui de la passion amoureuse qui lie un esthète à une  » cocotte « . Tous deux évoluent au sein de la société parisienne bourgeoise de la fin du XIXe siècle, dans un univers imprégné de peinture et de musique. Mais l’amour de Swann pour Odette, un temps volupté, connaît bientôt l’angoisse et la jalousie.

Merci aux éditions Folios et au forum livraddict pour ce partenariat.

Mon avis : 

Savez-vous quel est le problème majeur avec l’oeuvre de Proust ? Ouvrir le livre ! Si, comme moi, vous avez été étudiante en lettres, vous avez peut-être croisé des professeurs qui vous ont dit que vous aurez du mal à comprendre Proust, voire même que cela vous arrivera que bien plus tard. Soit. Cependant, même si des milliers de livres d’analyse existent, voici mon avis personnel sur cette deuxième partie de « Du côté de chez Swann », partie qui, comme dans cette édition, peut être lu indépendamment des autres parties.

Nous avons donc Swann qui est un personnage plutôt insupportable. Oui, il va souffrir à cause de son amour pour Odette, à croire que le véritable amour ne peut que faire souffrir, mais son amour pour elle n’est qu’une de ses histoires parmi tant d’autres. Assouvir ses désirs amoureux est le passe-temps préféré de Swann, qui n’a aucun préjugé en matière d’amours, toutes les femmes peuvent le séduire, toutes les femmes peuvent se retrouver ensuite négligées, abandonnées par lui. Il en est de même pour ses amitiés, qu’il n’hésite pas à faire jouer pour parvenir à ses fins. Amour et jalousie, parce que l’amour de Swann est aussi volonté de possession, d’emprisonnement, jalousie d’autant plus grande que certains lieux où se rend Odette deviennent inaccessibles pour Swann – les disgrâces existent pour lui également.

Un amour de Swann est aussi une histoire de mondanité et de mondains, ou qui se veulent tels, ridicules. Le narrateur éprouve-t-il de la tendresse pour madame Verdurin, pour les membres de son salon bourgeois dont il montre l’étroitesse d’esprit, le manque de culture, les obsessions, les manies et les préventions (pour ne pas dire les préjugés) ? Je n’en suis pas sûre. Du coup, je n’ai pas éprouvé de tendresse non plus pour eux, dont la moindre pensée est aussitôt analysée et commentée. Je n’ai garde bien sûr de parler des très longues phrases, remplies de subordonnées de toute sorte qui les expriment, ces périodes que l’on relit pour être sûr de ne rien avoir laissé de côté. Pourtant, il est aussi question d’art, du bonheur que la musique peut procurer, la musique qui se retrouve associée, de façon indélébile, à l’amour ressenti, vécu. Amour qui peut d’autant plus s’épanouir que les personnages vivent en dehors des aléas et des bouleversements de la société.

Un amour de Swann est un roman qui permet de découvrir un pan de la recherche du temps perdu, sans pour autant tout lire de cette somme littéraire.

Pars, le vent se lève de Han Kang

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé le dernier roman d’Han Kang, aussi me suis trouvée fort dépourvue quand j’ai fait un blocage à la lecture de ce roman. Je me suis sentie perdue par ses atermoiements. La narratrice, auteur et traductrice, a perdu sa meilleure amie, et un biographe affirme qu’elle s’est suicidée. Je pensais que l’on entrerait dans le vif du sujet, mais les descriptions, parfois hors sujet (l’astronomie) m’ont déjà bloquée. La narratrice se souvient, oui, de son amie, de l’oncle de son amie, qui l’a élevée, des tableaux qu’il peignait de sa technique – autant vous dire que je suis totalement hermétique à l’art pictural coréen.
Je me suis donc mis à analyser le livre. Nous voyons tout à travers les yeux de la narratrice, à travers ce qu’elle veut bien nous révéler, peu à peu, au sujet d’In-Ju et de leurs relations. Son amie a des réactions compliquées à des situations ordinaires. Artiste comme son oncle, elle a perdu un temps la garde de son fils, thème que l’on retrouve dans Leçons de grec. Jeong-Hee n’est pas plus simple. Ses histoires d’amour sont compliquées, inachevées, fugaces ou fugitives, comme si elle choisissait toujours de se placer dans une situation inconfortable.
Son enquête, parce qu’il faut bien nommer ce qu’elle fait ainsi, n’est pas plus simple. Ses démarches nous sont montrées, et aboutir, avoir un interlocuteur au bout du fil ou en face de soi est compliqué. Jeong-Hee a son idée, que tous ne partagent pas. Et la violence est omniprésente. Violence exercée contre Jeong-Hee, violence du régime dictatorial de la Corée, avant qu’il ne cède, dont nous pouvons avoir des exemples. Violence que les personnes s’infligent à elles-même, Jeong-Hee en tête, elle qui a tenté trois fois de se suicider, et sait donc, intuitivement, que son amie n’a pu le faire.
Seulement, connait-elle vraiment In-Ju ou ne sait-elle que ce que cette dernière a bien voulu lui montrer ? Lisant ce roman coréen avec mes yeux d’occidentale, j’ai pensé à la psycho-généalogie, puisque c’est en vertu du comportement de sa propre mère que certains pensent que Jeong-Hee s’est suicidée, même si elle était une artiste, même si elle avait un enfant. Je vois dans ce livre une absence d’espoir – personne ne semble en avoir gardé, personne, sauf Jeong-Hee envers In-Ju ne cherche à remettre l’autre sur pieds, à lui donner l’impulsion qui lui permettra de s’en sortir, quand on n’a pas cherché à enfoncer l’autre. Pulsion de destruction, en plus de l’auto-destruction.
J’aimerai terminer sur une note positive, pour vous donner envie de découvrir ce livre – certains lecteurs ont été bien plus sensibles que moi à son écriture. Le dénouement, peut-être ? Peut-être.
Merci à Babelio et aux éditions Decrescenzo pour ce partenariat.