Archive | février 2018

Cadavre, vautours et poulet au citron de Guillaume Cherel

Présentation de l’éditeur :

Jérôme Beauregard, « détective public » dilettante, passe son temps dans son appartement parisien à rêver de voyages, jusqu’au jour où il reçoit un coup de fil de Pat, un ami parti s’installer en Mongolie pour faire fortune dans les mines d’or. Englué dans une sordide affaire de gros sous à la suite du meurtre accidentel d’un Chinois, celui-ci lui propose d’enquêter dans la capitale mongole, où plane encore le fantôme de Gengis Kahn.

Merci à Netgalley et aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Mon avis : 

Quand j’associe « polar » et « Mongolie », je pense désormais irrésistiblement à Ian Manook et à Yerruldelger. Ce polar-ci est différent, ce qui, bien sûr, ne veut pas dire qu’il n’est pas intéressant, loin de là.
Prenons notre narrateur/personnage principal Jérôme. Comme le récit est rétrospectif, nous avons une certitude : il s’en sortira vivant. Ce que nous ne savons pas, c’est dans quel état. Ce détective public -il y tient – a eu des envies d’aventures, il a donc accepté de rejoindre un ami en Mongolie pour lui donner un coup de main.
La Mongolie n’est pas une destination touristique – ou alors, je ne m’y connais pas en tourisme. Jérôme aura de très saines occupations au début de son séjour : bagarre, alcool, alcool, bagarre (les deux en même temps, c’est mieux). Quelques femmes, aussi. Il prend très vite le rythme, c’est tout juste s’il ne sombre pas dans la routine, quand survient enfin, à ses yeux, l’action qui lui avait été promise. Et quelle action !
Pauvre Jérôme qui, face à tout ce qui survient, fait toujours preuve, non, pas de sang froid, mais d’un humour certain. Humour noir, oui, le seul possible dans certaines situations – à moins de transformer Jérôme en un être naïf et innocent, ce qui n’est pas le cas, heureusement pour lui et pour nous.
La peinture qui est faite de la Mongolie n’est pas non plus très réjouissante, entre corruption et extrême pauvreté. Plutôt qu’un polar traditionnel, Cadavre, vautours et poulet au citron est un roman noir, dans lequel même les femmes fatales ne sont pas absentes. Le tout est de leur échapper, n’est-ce pas Jérôme ?

Bienvenue en Amérique de Linda Boström Knausgård

Présentation de l’éditeur :
Ellen vient d’avoir onze ans. Elle a prié Dieu pour que son père meure, elle a souhaité de tout son cœur qu’il disparaisse et qu’il cesse de venir à la maison. Ses parents étaient divorcés mais les visites de son père alcoolique, colérique, se faisaient de plus en plus menaçantes. Avant cela pourtant, la famille avait été heureuse, sa mère était l’une des comédiennes les plus célèbres de Suède. Puis son père avait changé et elle avait commencé à prier.
Son père est mort. « C’est de ma faute » avait-elle immédiatement pensé, son souhait le plus cher s’était réalisé. Depuis ce jour elle ne parle plus. Personne n’entend le son de sa voix, elle s’est murée dans le silence. Son frère s’enferme lui aussi – dans sa chambre dont il cloue la porte pour que personne n’entre – alors que sa mère répète à longueur de journée que leur famille est lumineuse. Comme pour faire revivre un passé glorieux, lorsque sa fille venait assister à ses spectacles et qu’elle l’applaudissait quand elle déclamait sur scène : « Bienvenue en Amérique ».

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est un paradoxe à lui tout seul puisque tout au long de ces pages, nous entendons Ellen, une toute jeune fille qui ne parle plus. Elle ne communique même plus, puisqu’elle n’utilise pas le cahier que lui donne sa mère pour qu’elle écrive. Ellen tient bon, Ellen ne cède pas, quel que soient les circonstances.
Ce qu’elle nous raconte, c’est sa vie au milieu d’une famille qui est qualifiée de « lumineuse » par la mère. C’est d’elle que vient la lumière, et je n’ai pas besoin de dire que la lumière peut éblouir et brûler aussi. Elle peut empêcher de voir ce qui entoure – et la mère de ne pas voir la violence de son fils, d’ignorer son mal être, tout comme elle feint de ne pas voir les souffrances de sa fille. Vivre le plus normalement possible, maintenir la famille à flot, pas si facile.
Ellen observe ce qui l’entoure, malgré son silence. Elle se souvient aussi, des moments heureux, de ceux qui le sont moins, de ceux aussi qui étaient source de désespoir. Ce qu’elle a vu ? Ce que je qualifie de « dépression » du père, dépression vu à hauteur de cette gamine de onze ans qui a subi le comportement de son père. Bienvenue en Amérique est peut-être, finalement, l’histoire d’une enfant qui ne parle plus parce que tous les mots n’ont pas été dits dans sa famille, parce que les mots qui ont été dits n’ont pas forcément été compris, parce que les mots qu’elle a pensé étaient indiscibles.
Bienvenue en Amérique, ou une variation sur le langage et ses limites.

Maria d’Angélique Villeneuve

Présentation de l’éditeur :

Dans le cœur de Maria, il y a d’abord Marcus, son petit-fils de trois ans. Ensemble, ils guettent les oiseaux, collectionnent les plumes et s’inventent des mondes. À l’arrivée d’un deuxième enfant, les parents de Marcus font un choix radical. Nul ne saura le sexe du nouveau-né.  Ni fille, ni garçon, leur bébé sera libéré des contraintes de genre.
Maria est sous le choc. Abasourdie, abandonnée, elle se débat pour trouver sa place et ses mots. Reste ’éblouissement de l’amour pour Marcus, restent les oiseaux dont les ailes les abritent. Mais pour combien de temps  ?

Mon avis :

J’ai commencé ce livre lors d’une pause, et j’ai regretté de devoir le reposer.

Maria est une femme simple. Shampouineuse, elle a élevé seule sa fille Céline après son veuvage. Aujourd’hui grand-mère heureuse, elle a tissé des liens très forts avec Marcus, son petit-fils. Elle s’apprête à être à nouveau grand-mère et subit de plein fouet le choix de sa fille et de son beau-fils Thomas : ne pas révéler le sexe du bébé nouveau-né.

J’avais déjà lu un livre qui exploitait ce thème de manière secondaire (le mois le plus cruel de Louise Penny). Ici, le sujet est central : le genre, et la parentalité. Ce livre m’a questionnée sur les questions liées au genre, mais aussi sur la réception de ceux qui décident d’élever leurs enfants autrement. Oui, Thomas et Céline font des choix différents, qui heurtent parfois. Cependant, ces choix ne mettent pas en danger la santé de leurs enfants. Les réactions qu’ils provoquent sont violentes, parce que tout ce qui sort de la norme dérange, parce que chacun a des idées toutes faites sur ce qui est bon pour les enfants, parce que l’on a une forte tendance à reproduire ce qui nous a été transmis, sans véritablement s’interroger si c’était bon, ou bien ou pas. Prenez William, par exemple. Le compagnon de Maria, père de deux fils qu’il n’a pas élevé, qui vivent désormais loin de lui, ne supporte pas de voir Marcus élever différemment. Lui souhaite le voir ressembler à un garçon, ou plutôt à l’idée qu’il se fait d’un garçon.

Ce roman est court, et plutôt que de le regretter, je vois les avantages puisqu’il permet à chacun de se questionner, et non d’imposer une vision des choses. Un fossé est creusé entre Maria et sa fille, ces difficultés à se comprendre n’empêchent pas l’amour, il entrave simplement son expression. Pour toujours ? Pas nécessairement.

Tombé du Ciel – une nouvelle de Craig Johnson

Présentation de l’éditeur : 

Walt Longmire est le shériff d’un comté du nord du Wyoming qui a du mal à surmonter le décès de son épouse. Le 1er janvier 2000, lendemain d’un cuite mémorable, il se met en tête de déposer son chèque de paye à son adjoint le plus éloigné. Le voilà partit à l’aube dans son véhicule de service, en peignoir dans un état franchement négligé. Arrivé sur place, il répond à un coup de fil et le voilà embarqué dans une étrange affaire. On lui signale une femme armée qui attendrai Jésus, dans sa voiture sur le parking d’une station-service…

Mon avis : 

Cette courte nouvelle est l’occasion de découvrir Walt Longmire dans un état rare c’est à dire non pas complètement bourré, mais au lendemain d’avoir été complètement bourré. Il lui reste encore quelques séquelles – comme le fait de se rendre chez son adjoint en peignoir pour lui payer son dû. Ce n’est pas seulement par altruisme qu’il agit ainsi, non, c’est également parce qu’il en veut à la charmante administration du Wyoming. Las ! A peine arrivé, le voilà plongé dans une affaire… nan, pas une affaire criminelle (encore que) mais une affaire surprenante et légèrement sordide quand on y réfléchit bien.

Moralité : pas rasé, pas trop dégrisé, pas vraiment coiffé, Walt Longmire parvient tout de même à mettre de l’ordre dans de sérieux gâchis.

Le crime de l’Orient express d’Agatha Christie

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Hercule Poirot devait faire un voyage tranquille, banal, ordinaire dans un train. Et pourtant, dès le début, il avait relevé des faits qui avaient éveillé sa curiosité. On ne se refait pas, et Hercule Poirot est détective à plein temps.
Un meurtre est commis, et le train est bloqué par la neige. Il doit donc enquêter, et mettre à jour, dans cet univers feutré, en apparence, les liens qui unissent les personnes présentes.
Le crime de l’Orient express est un roman qui se lit tout seul, tant on veut savoir comment le détective belge parviendra à résoudre ce crime. En dépit de la gravité de certains faits (et je ne parle pas du meurtre), des touches d’humour parsèment le récit, tant le crime semble un casse-tête à résoudre. Le dénouement est assez unique dans l’historique des Hercule Poirot, c’est aussi ce qui en fait son originalité.
Une des meilleures enquêtes écrite par Agatha Christie.

Cicatrices de Ian Rankin

Présentation de l’éditeur :

Les mains ébouillantées – accident domestique, prétend-il -, l’inspecteur Rebus ne peut ni conduire, ni téléphoner, ni allumer sa cigarette. Et il a les Affaires internes sur le dos : un truand notoire est mort dans l’incendie criminel de sa maison ; or, ce soir-là, John Rebus a été vu en sa compagnie… A South Queensferry, petite ville côtière au nord d’Edimbourg, deux adolescents sont abattus par un ancien du SAS qui retourne ensuite son arme contre lui. Il se trouve que l’une des jeunes victimes est un neveu de Rebus, qui va devoir gérer l’ambiguïté de la situation.

Mon avis :

Revoilà l’inspecteur Rebus, malheureuse victime d’un accident domestique. Oui, cela arrive même au meilleur. Les deux mains brûlées, ce n’est vraiment pas de chance, pour de nombreuses activités du quotidien, encore moins pour mener une enquête. Deux enquêtes, pour dire les choses : celle qui sera dirigée contre lui, et celle qu’il devra mener un temps.

Deux adolescents ont été tués par un ancien militaire, un troisième, fils de député, a été seulement blessé mais reste choqué – on le serait à moins. L’enquête vise surtout à déterminer les motivations du coupable, un ancien militaire qui a retourné l’arme contre lui. Le passé de Rebus ressurgit alors : lui n’a pas été dans les SAS, il a failli être dans les SAS et la nuance est de taille, surtout pour la police militaire qui arrive juste après. Plus on est d’enquêteurs, plus l’affaire devient embrouillée. Et si Rebus est suspendu, ce n’est pas tant parce que l’une des victimes était un parent – personne n’a encore fait le rapprochement, et Rebus lui-même reconnaît qu’il aurait dû être plus proche de son cousin – mais parce que Rebus est soupçonné d’avoir tué un truand qui ennuyait un peu trop Siobhan.

Etre suspendu n’a jamais empêché un enquêteur d’aller au bout de ses enquêtes, surtout pas Rebus qui tient à ce que justice soit rendue. Quitte à être suspendu, voir jugé, autant l’être pour quelque chose que l’on a véritablement commis.Mettre un peu le nez, aussi, dans le mal être de la jeune génération, ces adolescents qui ne sont pas plus heureux parce qu’ils vont dans un établissement bien comme il faut, ces adolescents qui survivent à leurs camarades tant bien que mal, et prennent parfois des décisions surprenantes.

Rebus n’est pas le seul à se pencher sur son passé, ou sur son absence de vie privée. Siobhan montre des failles, des faiblesses que l’on ne lui connaissait pas forcément.

 

Journal d’un louveteau garou – 14 février

Cher journal

Oui, je sais, cela fait longtemps que je ne t’ai pas parlé – mais que d’événements ont survenu au pensionnat des louveteaux. Je ne sais pas par où commencer (et j’aimerai que mon petit frère ne me souffle pas : par le début).

Le Pouic nouveau est arrivé, je crois l’avoir déjà écrit, et ce n’est pas vraiment un bon cru de Pouic, sauf pour le rugby. Il ne veut absolument pas lâcher le ballon, et les autres joueurs, vus sa petite taille et sa minceur, hésitent à lui sauter dessus et à l’aplatir. Il faut dire que la seule et unique fois où s’est arrivé, il a fallu le désincruster totalement du terrain. Le match a donc été interrompu, parce que les autres joueurs l’avaient vraiment trop enfoncé dans le terrain.

– Et la boue, ça colle vachement sur le maillot ! est-il parvenu à dire malgré tout.

Nous n’avons pas pu avoir des rencontres de football parce qu’à cause des inondations, le terrain était littéralement sous l’eau. Des mouettes avaient même élu domicile là où d’habitude, nous tentions mollement de nous passer le ballon. Notre professeur a même dit qu’elles étaient presque plus dynamiques que nous ce qui, vu notre état, n’était pas très difficile.

En effet, il n’y a pas que le terrain qui était inondé, nos chambres aussi l’étaient et nous dûmes nous réfugier dans les dortoirs collectifs sis à la sortie du pensionnat et qui ne servaient qu’en cas de grand rassemblement.

– Comme ça, en cas de problème, on se barrera plus vite.
– Oui, mais nous sommes plus éloignés de la forêt.

Après la pluie, la neige et non le beau temps. Mis à part quelques énergumènes, enfin, une majorité d’énergumène qui a suivi une initiation au ski (on en a racheté pour refaire le jumelage), nous n’appréciâmes que modérément ce temps. Certes, le verglas ne fait pas peur quand on a des griffes, mais il faut pour cela maîtriser la métamorphose partielle volontaire, et ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Je te laisse, cher journal, Valère, mon petit frère, vient d’être transporté à l’infirmerie. Il a accidentellement enfoncé la porte de la salle de classe de madame Cobert. Il voulait lui faire coucou. Si quelqu’un trouve la maturité de mon petit frère, je prends !

@bientôt
Anatole Sganou.

Fatou Diallo, détective privée d’Emmanuel Trédez

Présentation de l’éditeur : 

Moi, c’est Fatou Diallo, 9 ans et demi. Avec mon associé, Max (oui, bon, c’est un hamster, on fait comme on peut !), bref, avec Max, nous avons créé l’agence. De détectives FDD. Dès qu’il y a une enquête à mener, un mystère à élucider, on m’appelle. Pour me trouver, c’est simple : Cité des Violettes, Bâtiment D, à côté de l’escalier !

Mon avis : 

Après un livre de littérature jeunesse que je n’ai pas aimé (non, ne suivez pas mon regard, je ne l’ai pas chroniqué), voici un livre qui fait du bien, un livre que les parents peuvent mettre dans les mains de leurs enfants sans problème même s’il parle de sujets qui fâchent.
L’action se passe dans une cité, pas celles qui font la une des journaux pour cause de violence, non, une cité ordinaire et colorée, une cité dont les immeubles portent de jolis noms et dans laquelle on trouve encore des concierges pour faire régner un tantinet l’ordre. Monsieur Robert est bien connu, et a bien du souci : quelqu’un s’amuse à mettre des bouteilles en verre dans la poubelle papier ! Et des locataires s’en sont aperçus, faisant un de ses foins ! Il charge donc Fatou de trouver qui peut agir ainsi – et les personnes sont bien plus nombreuses que prévu. Bien sûr, cela peut ne pas plaire à tout le monde. Quoi ! Une gamine qui nous espionne ! Quoi ! Une gamine qui se permet de faire la leçon à des  adultes ! Comme le dit Fatou : Beaucoup de gens prétendent vouloir sauver la planète, mais dès qu’il faut faire un effort, il n’y a plus personne !
Les trois autres enquêtes (ce qui est parfait pour fractionner la lecture pour les enfants) parlent aussi de sujets qui fâchent, de ses petites incivilités qui, minent de rien, nous pourrissent un petit peu la vie chaque jour. Il est question aussi de prendre soin des animaux, chien ou chat, tout en faisant aussi des clins d’oeil à la culture populaire, ou aux parents qui donnent des surnoms bizarres à leurs enfants.
Une toute jeune détective privée (de télé) à découvrir pour s’initier au genre policier.

L’écarlate de Venise de Maria Luisa Minarelli

Présentation de l’éditeur :

Venise, 1752. Par une glaciale nuit de décembre, un homme est retrouvé étranglé dans une ruelle. Il est la première victime d’une série de meurtres auxquels Marco Pisani, haut magistrat de la République de Venise, se trouve mêlé.
Idéaliste et passionné, Pisani est un précurseur des Lumières qui a compris depuis longtemps que ce qui est légal n’est pas toujours juste. Amoureux de sa ville, il la voit avec tristesse sombrer dans la décadence. Ses enquêtes ne font que renforcer ce sentiment en levant définitivement le voile sur la part d’ombre d’une société en proie aux conflits familiaux, aux rumeurs destructrices et au vice.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon Crossing pour ce partenariat.
Livre lu le 12 octobre 2017 en avant-première.

Mon avis :

Ce qui m’a attiré dans ce roman est d’abord la couverture, énigmatique, certes, mais bien choisie une fois que le livre a été lue.
J’aime les romans policiers, j’aime aussi les romans historiques réussis, et ce livre réunit les deux qualités. Il présente d’abord un héros fort sympathique. Marco Pisani est noble, riche, il est bien décidé à faire régner la justice à Venise, et ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Si tant est que cela a pu être simple à un moment ou à un autre.
Un meurtre, puis un second : Pisani veille à ne pas emprisonner injustement un innocent, et surtout à ne pas conclure très rapidement une enquête de manière à assurer la tranquillité d’esprit des gentils vénitiens. Je parle bien sûr de ceux qui sont très riches, pas du petit peuple jugé quantité négligeable voire méprisable.
Ce roman nous permet de plonger au milieu de la république de Venise, de découvrir sa diversité et sa richesse culturelle. Il nous permet aussi de découvrir des personnages attachants, Zen, le meilleur ami de Marco, qui le comprend parfaitement tout en ayant lui même un petit secret ou encore Chiara, personnage de femme indépendante en un temps où rares étaient les femmes qui veillaient à garder leur indépendance, ou qui pouvaient se permettre de le faire. Il en est d’autres aussi, que je voudrais citer, mais ce serait dévoiler un peu trop l’intrigue. Je peux tout de même préciser que l’auteur a su semer des fausses pistes et maintenir le suspens jusqu’au bout.
Une nouvelle auteur et un nouveau héros à découvrir.

Blue light Yokohama de Nicolas Obregon

 

Présentation de l’éditeur :

Difficile d’intégrer la crim de Tokyo quand on vient d’une petite ville nippone, et qu’on est chargé de remplacer un flic qui s’est suicidé. Pourtant, Iwata, officier solitaire au passé trouble, reste de marbre. Lorsqu’il ne rend pas visite à son épouse américaine mystérieusement enfermée dans un HP, il dévoue chaque minute de son temps à sa première enquête tokyoïte : le massacre d’une famille coréenne dans un quartier malfamé.
Épaulé par la jolie Sakai, sujet de terribles humiliations en tant que seule femme flic de sa division, Iwata comprend vite que ce meurtre ressemble à un étrange sacrifice humain : le cœur du père a été arraché, et un soleil noir dessiné sur le plafond. Bientôt, la veuve d’un grand juge est retrouvée morte dans les mêmes circonstances. Il devient évident qu’un tueur en série est aux manettes – le tueur au Soleil Noir. Mais qui peut-il bien être?

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Mon avis :

Le roman s’ouvre sur une scène saisissante. Nous saurons les tenants et les aboutissants de cette scène d’ouverture bien plus tard puisque nous rebasculons dans un présent qui n’est pas des plus réjouissants. Une famille coréenne a été assassinée. Je suis tentée d’ajouter « dans des circonstances sordides » mais le fait qu’une famille entière soit assassinée est déjà suffisamment sordide ainsi. Problème : le plus brillant enquêteur de la criminelle de Tokyo vient de se suicider et pour le remplacer, l’on fait appel à Iwata, que peu d’enquêteurs du service pensent de taille à remplacer Akeshi, le collègue suicidé. De plus, une toute jeune star de la chanson a été tuée elle aussi, et la police piétine. Sale temps pour les flics (expression très française que je me fais un plaisir de caser).

Ce qui peut surprendre le lecteur (et tant mieux) est que ce roman est inclassable. L’auteur est européen et l’intrigue se déroule au Japon. Pas un Japon de carte postale, très kawai, non, un Japon dans lequel le suicide est courant, pas banalisé, non, mais si fréquent que les politiques se demandent comment faire baisser son taux. Le racisme est bien présent. Quant aux sectes, elles se développent largement, en un mécanisme bien huilée. Non, ce tableau n’est pas réjouissant, surtout que les policiers, mis à part Shindo, Itawa et Sakai ne font pas grand chose pour résoudre l’enquête.

Je me suis parfois un peu perdue dans les retours en arrière qui montrent le passé d’Itawa, sa jeunesse, si particulière, son histoire d’amour avec Cléo, sur laquelle je ne m’étendrai pas pour des raisons d’homonymie. J’aurai aimé que l’on en sache encore plus sur lui, et peut-être aussi que son histoire soit agencée différemment dans la construction de l’intrigue : il aurait presque mérité un livre à lui tout seul. A l’opposée, sa collègue Sakai, pour laquelle je n’ai pas vraiment ressenti d’empathie, semble constamment « dans l’ombre » – par la construction même du récit là aussi. Si Itawa n’en a cure de sa carrière – et pour cause – cela ne paraît pas être le cas de Sakai. Paraît. Il faut toujours se méfier des apparences.

Il reste que j’ai tout même trouvé la fin de l’intrigue un peu précipitée. J’aurai aimé que la fin, et les motivations du tueur, trouve plus de temps pour se développer, mieux connaître, finalement, les motivations des coupables, et les ramifications de leurs « activités ». Oui, j’utilise beaucoup de guillemets dans cet avis. Le tueur n’est d’ailleurs pas le seul dont je n’ai pas perçu toutes les motivations, ni tous les liens avec les personnages de l’intrigue.

Il est tout de même des personnages attachants, même s’ils ne sont pas des personnages principaux, mais des personnages qui auraient dû être dans la lumière et se retrouvent dans l’ombre. Je pense à Jennifer ou à Kei.

Blue light Yokohama est un roman policier qui plaira à ceux qui aiment faire des découvertes littéraires.