Archive | 7 février 2018

En lieu sûr de Wallace Stegner

Présentation de l’éditeur :

Deux couples d’enseignants à l’âge de la retraite, amis de longue date, passent leurs vacances dans une maison isolée en pleine forêt. Les uns étaient modestes, les autres mondains, mais l’amour de la littérature, le partage des bonheurs et des épreuves de l’existence ont forgé entre eux un lien aussi indissoluble que nécessaire. Au fil des retours sur le passé, Stegner évoque avec force et émotion le flot de la vie et la puissance du souvenir, tandis que s’invite la promesse de la mort.

Mon avis : 

Ce roman est un livre rare, parce qu’il nous parle d’un sujet rarement traité en littérature, celui d’une amitié de quarante ans. Nous commençons par la fin: nous savons qu’une des protagonistes de cette amitié est en train de s’éteindre. Fidèles jusqu’au bout, l’autre couple est venu l’accompagner, parce que pour eux, c’était le seul comportement possible.
Alors le narrateur, Larry, nous fait revivre le début de leur amitié. Lui et sa jeune épouse Sally ne roulaient pas sur l’or, il venait de décrocher son premier poste universitaire, elle attendait leur premier enfant, et ils ont rencontré Sid et Charity. Lui enseigne depuis quelques années déjà, elle est plutôt extravertie, surtout, elle adore prendre les choses en main, et le fera pour le jeune couple. Ce qui m’a frappé dans la première partie du roman est à quel point la vie pouvait être difficile dans cette Amérique des années trente, cette Amérique qui se relevait péniblement de la crise de 1929. Il suffit de lire les pages consacrés à l’accouchement de Sally, et aux soins qu’elle et sa fille devront subir, ou encore l’aide que devront leur apporter Sid et Charity quelques temps après. Le narrateur ne garde pas que les moments heureux dans son récit, mais il montre comment les épreuves ont pu être surmontées, comment être soutenus est important et l’amitié, la vraie, n’est pas à sens unique et qu’après les épreuves peuvent survenir de vraies périodes d’apaisement, comme leur séjour en Italie.
Charity/Sally, ou le contraste entre deux amies, devenues amies peut-être parce qu’elles étaient très différentes. Sally représente la sérénité, en dépit des épreuves traversées. Elle vit avec, pas de place pour les lamentations ou les regrets. Charity planifie tout de manière obsessionnelle, y compris la carrière de son mari, qui n’a jamais pu devenir le poète qu’il aurait rêvé d’être. Cela donne lieu à des dialogues savoureux avec Charity :

– Enfin, Sid, le monde a besoin de gens qui fassent des choses, pas de gens qui fuient la réalité. 
– Je ne suis pas d’accord. La poésie n’est pas une fuite. Mais qu’est-ce que vous me suggereriez à la place.
– D’enseigner. 
– D’enseigner quoi ?
– Ce que vous étudiez. Ce que vous connaissez. 
– La poésie.

Larry, lui, écrit, est devenu un écrivain reconnu, et s’interroge aussi sur l’écriture, pas en temps qu’universitaire (le milieu universitaire américain des années 30 semble parfois bien puéril), mais en temps qu’auteur qui se demande si ce qu’il écrit peut convenir ou plaire aux lecteurs. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce livre qui nous racontent des existences paisibles, sans drame passionnel ou tragique violence.

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Qui veut la peau de Barack et Angela ? de Guillaume Nail ?

Présentation de l’éditeur :

Une enquête ! Avec des moutons ! Dans le Cotentin ! Pour ses vacances, Léa avait peur de mourir d’ennui avec ses parents. C’est raté. Après avoir assisté à un étrange kidnapping, elle décide de mener sa petite enquête mais les apparences sont parfois trompeuses. Sans le savoir, elle vient de mettre les deux pieds dans une mystérieuse affaire d’enlèvement de moutons à l’échelle… locale ! Un polar presque bio à partir de 9 ans ou plus !

Mon avis :

Oui, non mais franchement, qui ? Qui peut en vouloir à un charmant mouton légèrement coloré prénommé Barack ? Qui ? Léa va mener l’enquête.

Soyons précis : Léa mène l’enquête parce qu’elle s’ennuie dans le Cotentin, cette belle région de Normandie où, selon elle, il ne se passe jamais rien. Elle s’ennuyait ferme, avait tout tenté pour culpabiliser ses parents, ce qui s’était terminé par une gifle retentissante. Note : je ne comprends pas ces méthodes pédagogiques d’un autre temps (ce n’était même pas le mien !) et qui détonnent dans ce polar presque bio, ainsi qu’il est qualifié. Oui, cela me dérange que donner une gifle soit une pratique presque normalisée dans un roman de littérature jeunesse. Il est des auteurs qui recourent à d’autres méthodes, même quand leurs jeunes personnages (qu’ils ont eux même crées) sont exaspérants.

De quoi s’agit-il, finalement ? D’une guéguerre entre agriculteurs qui veulent absolument préserver la pureté de leur race de moutons. Ils sont près à utiliser des moyens peu conventionnels pour y parvenir, sûrs qu’ils sont de leurs bons droits. Ils se donnent donc aussi le droit de stresser des moutons en les kidnappant et en les enfermant – sans oublier une petite tonte gratuite. Non, finalement, ce que j’ai préféré dans ce roman, ce sont les dessins qui les accompagnent : pour capturer un mouton au lasso, mieux vaut s’y connaître.

Il est question aussi, de manière sous jacente, de racisme. Cependant, l’intrigue reste légère, un peu longue à démarrer aussi. Parce que nous sommes dans le Cotentin ou parce que le livre appartient au genre de la littérature jeunesse ? Bref, un livre normand, qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable.