Archive | 30 janvier 2018

Mémoires secrets d’un valet de coeur de Brigitte Aubert

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1910. La ravissante Dédée, née André vingt ans plus tôt, officie dans le très huppé et fort discret hôtel Sélignac, claque pour messieurs qui apprécient les travestis. Tout roule pour ces « dames », à l’abri des violences du monde extérieur grâce à des protections en haut lieu, jusqu’au jour où l’on découvre l’une d’elles la gorge tranchée, émasculée.

Mon avis : 

Lire ce livre m’a légèrement déprimé. Nous savons que ce roman est rétrospectif, puisqu’il s’agit des mémoires de Dédée, travesti aujourd’hui octogénaire. Nous savons donc que Dédée s’en sortira à peu près indemne – mais les autres ? Il n’est toujours pas facile d’être différent de nos jours, il ne l’était pas du tout de l’être en 1910. Dédée est presque une privilégiée, elle qui se prostitue dans un hôtel très particulier. Ou comment résoudre un problème, parler de la prostitution, du travestissement et de pratiques peu courantes sans sombrer dans le voyeurisme, ou l’auto-apitoiement.
Non, ce qui m’a attiré au début et m’a fait déprimé à la mi-lecture est la présence d’Albert Feclas, médecin légiste, prestidigitateur et ami de Louis Denfert, l’un des héros de Brigitte Aubert. Douze ans se sont écoulées depuis la dernière enquête parue de Louis (y en aura-t-il d’autres ?) et, au détour d’un souvenir, j’ai cru comprendre que la vie d’Albert ne s’était pas vraiment terminée de façon heureuse. Le sujet d’un prochain roman ? Oui, je me répète un peu, c’est une habitude.
Dans ce roman, ce sont des travestis qui sont assassinées, la première victime se prénomme Nina (les Nina se font souvent assassiner dans les romans, je proteste). Elle n’est pas LA première victime dont entend parler Dédée, puisqu’elle a la chance, l’honneur et l’avantage d’avoir comme pratique un charmant commissaire de police qui adore se faire mener à la baguette (ou presque). Elle apprécie les confidences qu’il peut lui faire, au sujet des enquêtes en cours, il lui en révèle toujours bien plus que les journaux qu’elle lit. Elle a donc très envie de mener des enquêtes de son propre côté – elle avait commencé à le faire quand Nina a été assassinée, première sur une liste qui s’allongera plus vite que prévu.
Enquêter n’est pas facile quand sortir de son hotel est compliqué, pas seulement parce que Dédée est né homme, mais parce qu’elle n’est pas libre de ses mouvements. Il est important d’être à la disposition des visiteurs. Quand Dédée éprouve un certain béguin pour Maurice, dont la tante a été assassinée (décidément,
Paris est tout sauf une ville sûre), elle sait que c’est quasiment sans espoir. Quasiment. Maurice est un homme à femmes, et l’état civil de Dédée est sans appel.
Un peu déprimée,oui, mais j’ai aimé lire ce livre, j’ai aimé son intrigue et son attachante narratrice. Et je n’ai pas toujours des lectures policières qui me permettent un tel verdict.

Nous ne sommes pas encore dans le mois du polar, mais je propose le logo de notre Belette en avance :