Archive | 6 janvier 2018

Paysage perdu de Joyce Carol Oates

Présentation de l’éditeur :

C’est avec un mélange d’honnêteté brute et d’intuition acérée que Joyce Carol Oates revient sur ses jeunes années. Son enfance pauvre dans une ferme de l’État de New York fourmille de souvenirs : ses parents aimants, ses grands-parents hongrois, les animaux, la végétation, le monde ouvrier, l’école.
Ces années lui offrent à la fois un univers intime rassurant, mais un univers limité, cerné par des territoires inaccessibles, propices à enflammer l’imagination de la jeune fille qui trouve là ses premières occasions de fiction. Des territoires où la mort rôde et où les êtres souffrent : cette maison dans la forêt où les enfants sont battus par un père ivrogne qui y mettra le feu ; sa camarade Cynthia, ambitieuse élève qui se suicidera à l’âge de dix-huit ans ; sa soeur cadette autiste, Lynn Ann, qui deviendra violente au point de déchirer littéralement les livres de son aînée…

Merci à Léa pour ce livre !

Mon avis :

« Les mots sont comme des oiseaux sauvages – ils viennent quand ils veulent, non quand on les appelle« . p.287.

Ainsi Joyce Carol Oates parle-t-elle de l’écriture, ou plutôt de l’impossibilité d’écrire après la mort de Raymond Smith, son mari. Oates est pour moi l’une des plus grandes auteurs contemporaines, et, dans Paysage perdu, c’est sa vie qu’elle déroule devant nous. Ce n’est pas à proprement parler une autobiographie, ce sont des moments importants de sa vie qu’elle retrace, au cours de textes qui s’articulent autour d’un thème, d’un souvenir.

L’un des plus poignants est le poème qu’elle consacre à sa mère, qui souffrait encore de l’abandon de sa propre mère, soixante ans plus tôt. Mais parler de celui-ci, c’est faire l’impasse sur les autres, tout aussi intéressant. Joyce Carol Oates nous parle de son enfance, dans un milieu pauvre, mais aimant, de sa scolarité dans la classe unique de la petite école où sa mère avait été scolarisée. Elle parle de la douleur aussi – le suicide d’une amie de faculté, le handicap de sa soeur Lynn Ann, la mort de ses parents. Autant de moments d’une vie qu’elle (r)écrit, avec, parfois, une colère intacte, comme lorsqu’elle parle de tous ces médecins qui mettent encore et toujours le handicap de l’enfant sur le compte exclusif de la mère. (Note : tout est toujours de la faute de la mère pour certains médecins).

Joyce Carol Oates nous montre aussi comment et pourquoi elle est devenue écrivain, quels événements lui ont permis d’écrire, loin des chercheurs, des universitaires qui, finalement, rendent la littérature presque morte et oublient le plaisir de lire. Par rapport aux romans de Oates, j’ai trouvé un certain apaisement, des notes très positives, telle que la citation suivante : « Il n’y a peut-être pas de valeur plus élevée, quand on y pense, que la bonté« , p. 403.

J’aime aussi beaucoup le chapitre sur la nourriture, qui tranche avec l’orthorexie ambiante :

Comment avons-nous pu manger une nourriture aussi lourde et aussi peu diététique ?
Avec plaisir, dans l’ensemble, p. 348.

Paysage perdu, un superbe voyage au pays d’un écrivain.

Publicités